SI C’EST VOTRE AN­NI­VER­SAIRE AU­JOURD’HUI

La Montagne (Vichy) - - Au Quotidien -

– Je suis cer­tain que Ma­rie et Clé­mence se­ront les pre­mières à t’en être re­con­nais­santes. – Clé­mence aus­si ? Tu crois ? Un homme, un vrai, peut se van­ter de foutre sa femme à la porte. En au­cun cas il ne peut avouer qu’il craint qu’elle ne le quitte. Ques­tion de fier­té de mâle. Ce sont des choses qui ne s’avouent pas. Aus­si, par pu­deur, Émile feint de ne pas

Vous pre­nez une jour­née de re­pos bien

mé­ri­tée et vous en pro­fi­tez pour vous aé­rer. Les en­fants nés ce jour au­ront un don pour les arts. com­prendre l’al­lu­sion à la me­nace de dé­part de Clé­mence. – Et les pro­blèmes avec la mai­rie, le cu­ré ? en­chaîne Lo­riot. – Le cu­ré, on ver­ra. Pour la mai­rie, je m’en charge. – Le mieux, ce se­rait que ça se passe pas à Saint-Éliph. – Si tu veux que ce soit plus dis­cret, le ma­riage peut avoir lieu à La Loupe. Je peux ar­ran­ger le coup. En plus, c’est pas obli­ga­toire de faire un grand ma­riage avec la robe blanche, la cou­ronne de fleurs d’oran­ger et tout le tra­la­la. – J’ai gueu­lé, j’ai gueu­lé, mais n’em­pêche que j’ai pris de ses nou­velles. Pa­raît qu’elle est en­ceinte de cinq mois. Alors, le temps de faire les pa­piers, pour la robe blanche et les fleurs d’oran­ger elle au­ra un ventre de six mois et de­mi ou sept mois, ce se­ra plu­tôt ra­té. – On ar­ran­ge­ra ça. Leurs sou­liers écrasent les chaumes des pieds de lu­zerne et leurs pas ré­sonnent des cra­que­ments pro­duits à ras du sol. Tout en conti­nuant à évo­quer de mul­tiples pe­tits dé­tails de moindre im­por­tance, ils marchent, at­teignent le bout du champ, font de­mi-tour et re­montent vers l’en­droit où la faux a été aban­don­née. Lo­riot se fait ex­pli­quer les for­ma­li­tés pour consen­tir au ma­riage. Il in­ter­roge pour sa­voir comment se fait un re­trait de plainte. – Une fois qu’on a si­gné les pa­piers à la gen­dar­me­rie, est-ce que c’est seule­ment pos­sible ? Le maire es­saie de le ren­sei­gner mais il n’a pas ré­ponse à tout. – Le mieux, ce se­rait de se re­trou­ver après l’école pour que le se­cré­taire de mai­rie donne exac­te­ment la marche à suivre. Autre chose pré­oc­cupe Lo­riot. – Si c’était ar­ri­vé avec un ga­min du pays, j’connaî­trais ses pa­rents. J’pour­rais m’ar­ran­ger avec eux. Mais là, le gars à Ma­rie… – Lu­cas. Il s’ap­pelle Lu­cas. – Si tu veux… Ce Lu­cas donc, j’peux pas dis­cu­ter avec ses pa­rents puis­qu’il en a pas. Il est mi­neur aus­si, et il a pas fait son ser­vice mi­li­taire. Avec qui veux-tu que je dis­cute de l’ave­nir ? Moi, j’sais pas comment que ça va se pas­ser, mais j’ima­gine qu’avec l’Ad­mi­nis­tra­tion c’est for­cé­ment plus com­pli­qué qu’avec Pierre, Paul, Jacques… – Je connais per­son­nel­le­ment l’ins­pec­teur de l’agence de Nogent-le­Ro­trou. M. Ca­mize qu’il s’ap­pelle. C’est lui qui exerce la tu­telle de Lu­cas. Je peux t’ar­ran­ger un ren­dez-vous avec lui si tu veux. – Si c’est son tu­teur, c’est un peu comme si je par­le­rais à son père. Toi, tu me dis que Lu­cas est un gars sé­rieux. Je te crois, mais faut me com­prendre. J’ai be­soin d’avoir des ga­ran­ties. J’peux pas don­ner ma fille sans sa­voir à qui j’ai af­faire. Y a l’ave­nir : un mé­nage qui s’ins­talle avec un bé­bé, faut des sous. Qu’est-ce qu’elle fait, l’As­sis­tance, dans ce cas-là ? J’veux bien payer, mais pas tout.

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