Ka­bi­la veut pas­ser en force L’in­té­ri­maire

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Alexandre Mo­rel

Des vio­lences ont écla­té hier à Kin­sha­sa et dans plu­sieurs villes de la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, où l’op­po­sant his­to­rique Étienne Tshi­se­ke­di a ap­pe­lé à ne plus « re­con­naître » le pré­sident Jo­seph Ka­bi­la.

Le nou­veau Pre­mier mi­nistre, Sa­my Ba­di­ban­ga, qui a pris ses fonc­tions hier, a lan­cé à la po­pu­la­tion « un ap­pel au calme » et ex­hor­té les forces de l’ordre à la « re­te­nue ». La date du 20 dé­cembre 2016 hante la vie po­li­tique congo­laise de­puis des mois. Elle marque la fin du man­dat de Jo­seph Ka­bi­la, à qui la Consti­tu­tion in­ter­dit de se re­pré­sen­ter.

Coups de feu

Mais Jo­seph Ka­bi­la, 45 ans et au pou­voir de­puis 2001, compte se main­te­nir en poste jus­qu’à une pas­sa­tion de pou­voir avec un pré­sident élu. Comme lun­di, la plu­part des 10 mil­lions d’ha­bi­tants de Kin­sha­sa sont res­tés chez eux hier.

Des groupes de jeunes ont ma­ni­fes­té dans plu­sieurs quar­tiers, où po­li­ciers et mi­li­taires sont dé­ployés en nombre. Peu après mi­nuit, des coups de feu ont été en­ten­dus MA­NI­FES­TA­TION. Ici, à Kin­sha­sa, où des jeunes ont brû­lé des pneus et ont mon­té des bar­ri­cades.

dans plu­sieurs quar­tiers de Kin­sha­sa pour faire taire des concerts po­pu­laires de sif­flets et cas­se­roles en signe de pro­tes­ta­tion contre le pou­voir.

La Mis­sion de l’ONU au Con­go (Mo­nus­co) en­quête sur des in­for­ma­tions cré­dibles fai­sant état d’une ving­taine de tués dans la ca­pi­tale. La Mo­nus­co s’est éga­le­ment in­quié­tée d’une « vague d’ar­res­ta­tions » ayant tou­ché 113 per­sonnes de­puis le 16 dé­cembre.

À Lu­bum­ba­shi (sud­est), deuxième ville du pays et fief de l’op­po­sant en exil Moïse Ka­tum­bi, des af­fron­te­ments ont écla­té dans la ma­ti­née entre po­

li­ciers ar­més et ma­ni­fes­tants.

Dans une vi­déo sur YouTube – in­vi­sible en RDC où le conte­nu des ré­seaux so­ciaux est fil­tré de­puis di­manche soir – la fi­gure his­to­rique de l’op­po­si­tion Étienne Tshi­se­ke­di a ap­pe­lé à « ne plus re­con­naître l’au­to­ri­té » de Jo­seph Ka­bi­la. Af­fai­bli, l’op­po­sant de 84 ans, a ex­hor­té les Con­go­lais à « ré­sis­ter pa­ci­fi­que­ment au coup d’État » ac­com­pli se­lon lui « avec la bé­né­dic­tion de la Cour consti­tu­tion­nelle », qui a ren­du en mai un ar­rêt au­to­ri­sant Jo­seph Ka­bi­la à res­ter en fonc­tion au­de­là du terme de son man­dat. ■ « Le pou­voir use ; il faut sa­voir s’ar­rê­ter. » Ces pro­pos d’une sa­gesse exem­plaire ont été te­nus en 2007 par Jo­seph Ka­bi­la. Le même qui, au­jourd’hui, se fait prier pour quit­ter le fau­teuil pré­si­den­tiel dans le­quel il avait été ins­tal­lé dé­but 2001 afin d’as­su­rer l’in­té­rim de son père as­sas­si­né. L’in­té­rim au­ra du­ré seize ans. Et le ten­dron sans am­bi­tion s’est mué en un re­dou­table sau­rien ayant réus­si à éli­mi­ner un à un les amis de son père qui l’avaient pla­cé là en pen­sant le ma­ni­pu­ler à leur guise. Car ce pays conti­nent qu’est la RDC est une source in­épui­sable de ri­chesse pour ceux par­ve­nant tant bien que mal à le contrô­ler. Ar­ri­vé au terme des deux man­dats au­to­ri­sés par la Consti­tu­tion, Jo­seph Ka­bi­la n’est pas pres­sé de rendre des comptes sur les cent vingt per­mis d’ex­ploi­ta­tion mi­nière dé­te­nus en per­sonne ou par ses proches. Alors il joue la montre, af­fir­mant as­su­rer… l’in­té­rim jus­qu’à la pro­chaine pré­si­den­tielle ren­voyée en fait aux ca­lendes grecques.

PHO­TO AFP

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