1989, an­née noire sur la place Rouge

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Yves.car­roue@cen­tre­france.com

Yves Car­roué MI­KHAÏL GOR­BAT­CHEV. Le der­nier di­ri­geant com­mu­niste du Krem­lin.

Même le noyau so­vié­tique s’émiette, per­dant la Rus­sie qui passe aux mains de Bo­ris Elt­sine en juin 1990, la Li­tua­nie qui se li­bère dans le sang, puis neuf ré­pu­bliques qui se dé­clarent in­dé­pen­dantes en août et sep­tembre 1991. Une ten­ta­tive de putsch des conser­va­teurs com­mu­nistes a échoué le 19 août. Le 8 dé­cembre, les di­ri­geants russe (Bo­ris Elt­sine), ukrai­nien (Leo­nid Kravt­chouk) et bé­la­russe (Sta­ni­slav Chou­ch­ke­vitch) signent l’acte de dé­cès de l’URSS.

La no­mi­na­tion, en 1985, de Mi­khaïl Gor­bat­chev à la tête de l’URSS, un homme jeune pour le poste (54 ans), la per­es­troï­ka, vaste plan de ré­formes d’un sys­tème à bout de souffle pour ten­ter de sau­ver une éco­no­mie plom­bée par la chute des prix du pé­trole, la pé­nu­rie chro­nique de biens de consom­ma­tion et une dette d’État crois­sante, le tout équi­li­bré par la fa­meuse glas­nost (trans­pa­rence) qui li­bé­ra­li­sait le ré­gime, lais­saient croire à une ou­ver­ture en dou­ceur du bloc so­vié­tique. La for­te­resse bâ­tie après le pas­sage du bull­do­zer so­vié­tique sur l’Eu­rope de l’Est et cen­trale, afin de re­pous­ser les troupes hit­lé­riennes, était en réa­li­té de­ve­nue un co­losse aux pieds d’ar­gile.

Vue comme la fin de la guerre froide, la mort de l’URSS et de son em­pire com­mu­niste a vite lais­sé en­tre­voir les dif­fi­cul­tés éco­no­miques aux­quelles de­vraient faire face les pays « li­bé­rés ». Les re­trai­tés russes ré­duits à bra­der leurs maigres pos­ses­sions pour sur­vivre ont ra­pi­de­ment fait par­tie du pay­sage. Quant à la dé­mo­cra­tie, elle semble se faire en­core at­tendre. Et ce n’est pas la poigne de Pou­tine, au pou­voir de­puis 1999, qui en est la meilleure ga­ran­tie.

Au point que les Russes re­grettent à 56 %, se­lon un ré­cent sondage, la chute de l’URSS, ou­bliant même l’ab­sence de li­ber­té, les pé­nu­ries, voire les mas­sacres de l’ère sta­li­nienne, qui, des an­nées 1920 à 1953, ont fait peut­être 20 mil­lions de morts, pri­son­niers, exé­cu­tés ou af­fa­més. Les gé­né­ra­tions les plus jeunes gran­dissent même dans une sorte de nos­tal­gie folk­lo­rique en­tre­te­nue par les plus âgées.

Le com­mu­nisme n’a pas dis­pa­ru du globe et il sur­vit, no­tam­ment dans le pays le plus peu­plé du monde, la Chine (1,5 mil­liard d’ha­bi­tants), ou à Cu­ba, au Viet­nam et au Laos, dans des formes at­té­nuées, en par­ti­cu­lier pour ce qui re­garde l’éco­no­mie et le tou­risme. Et il y a le fan­tôme, ou plu­tôt la ca­ri­ca­ture des ré­gimes com­mu­nistes, la Corée du Nord où per­sistent l’af­freuse ty­ran­nie, la mi­sère et la pa­ra­noïa sous la poigne de la « dy­nas­tie Kim ».

PHO­TO AFP

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