LE FEUILLETON

La Montagne (Vichy) - - Au Quotidien -

Ce se­rait pas équi­li­bré. L’ave­nir… L’ins­tal­la­tion du jeune mé­nage. Qu’on est loin de la plainte, de la mai­son de cor­rec­tion et de la honte d’une fille mère ! Émile res­pire mieux. – Je vais t’ar­ran­ger une ren­contre. Je m’en oc­cupe. Le chien d’Émile est cou­ché dans l’herbe près de la faux. – Re­garde, dit Lo­riot, il a fait son pe­tit tour et il t’at­tend. On ju­re­rait qu’il a com­pris qu’on al­lait re­ve­nir ici. Le chien se lève et vient se frot­ter contre les jambes de son maître en un geste af­fec­tueux. Main­te­nant que l’af­faire est dé­nouée, Lo­riot éprouve le be­soin de se li­vrer à quelques con­fi­dences : – Tu sais, Ma­rie, c’est ma fille, j’l’aime bien. J’ai pas l’air comme ça, mais elle compte beau­coup pour moi. J’ai pas tel­le­ment su la com­prendre, c’est vrai, sur­tout quand elle s’est mis en tête de se pla­cer dans un com­merce. C’est sûr, j’au­rais pré­fé­ré qu’elle reste à la ferme. Une fille, ça peut aus­si prendre la suite. L’his­toire de la bou­lan­ge­rie, ça m’a pas fait plai­sir et j’t’en ai vou­lu. Mais j’ai ré­flé­chi de­puis. Que veux-tu, c’est la roue qui tourne. Si sa vie c’est comme ça… Et puis c’est comme tu le di­sais tout à l’heure : il y au­ra le pe­tit, et pour peu que ce soit un gar­çon… Les deux hommes sont sur le point de se sé­pa­rer. Lo­riot se baisse et re­dresse le manche de sa faux. Il re­de­vient pay­san, crache dans ses mains et dit dans un sou­pir qui tra­hit le grand sou­la­ge­ment qu’il éprouve : – C’est pas le tout, le tra­vail va pas se faire tout seul. Les femmes viennent tan­tôt pour fa­ner. Faut que je fi­nisse avant mi­di. – Je fais au plus vite. Compte sur moi. Au mo­ment où Émile amorce son dé­part, Lo­riot le rat­trape par le bras. – Oh, j’ou­bliais. Si tu vois Clé­mence, c’est pas la peine de la mettre au cou­rant de nos pe­tites af­faires. J’lui di­rai que c’est pour évi­ter des frais de justice que je re­tire ma plainte. Émile lui adresse un clin d’oeil. – C’est ça… Pas la peine de je­ter l’ar­gent en frais de justice… Puis il tourne le dos et monte en di­rec­tion de la Du­che­rie. Le Dr Fabre a eu une ma­ti­née éprou­vante. Son pas­sage quo­ti­dien à l’hô­pi­tal ru­ral s’est pro­lon­gé de fa­çon im­pré­vue en rai­son de l’ad­mis­sion d’un ou­vrier cou­vreur qui, à la suite d’une chute, pré­sente une frac­ture du ti­bia qu’il a fal­lu ré­duire en ur­gence. Du coup, les vi­sites à do­mi­cile dans La Loupe ont été dé­ca­lées de une heure et, à cause de cette fi­chue épi­dé­mie de gas­tro-en­té­rite qui sé­vit de­puis quelques jours, elles ne se sont ter­mi­nées qu’à mi­di. En ren­trant chez lui, le doc­teur es­père, sans trop se faire d’illu­sions, pou­voir s’ac­cor­der un mo­ment pri­vé avec Mme Fabre en sa­vou­rant le bon pe­tit plat pré­pa­ré par leur bonne, une re­mar­quable cui­si­nière qui n’a pas sa pa­reille pour mi­ton­ner des ris de veau aux mo­rilles ou du boeuf en co­cotte. XII Une pro­messe d’ave­nir

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