Châ­teau­neuf­du-Pape dé­livre de grands vins rouges di­gestes et fins

Du Vau­cluse à la côte cha­lon­naise, sa­voir­faire et tra­vail mi­nu­tieux des vi­gne­rons : une quête qui en­chante le pa­lais.

La Montagne (Vichy) - - La Une - Jean-Yves Vif jean-yves.vif@cen­tre­france.com

Pre­mière ap­pel­la­tion d’ori­gine contrô­lée de France en 1936, Châ­teau­neuf-du-pape dé­livre dé­sor­mais de grands vins rouges di­gestes et fins. Un suc­cès dû à la maî­trise de l’as­sem­blage des cé­pages et à la quête de fraî­cheur.

On peut être sur un ter­ri­toire bé­ni des papes, entre Avi­gnon et leur ré­si­dence d’été de Châ­teau­neuf, et rompre avec les ha­bi­tudes an­ces­trales pour li­vrer des vins di­gestes et élé­gants que l’on doit à une gé­né­ra­tion res­pec­tueuse de la di­ver­si­té des sols entre les ga­lets rou­lés et les sables. Là, dans le Vau­cluse, entre Orange et Avi­gnon sur cinq com­munes, Châ­teau­neuf­du­pape, Orange, Bé­dar­rides, Sorgues et Cour­thé­zon, 320 vi­gne­rons sur 3.200 hec­tares s’éver­tuent à domp­ter le mis­tral et le so­leil. Exer­cice dé­li­cat d’au­tant qu’ils doivent com­po­ser avec la com­plexi­té du ter­ri­toire et des ex­po­si­tions d’une ap­pel­la­tion dont l’ori­gi­na­li­té ré­side dans ses treize cé­pages, huit en rouge et cinq en blanc, cou­leur mar­gi­nale mais par­fois re­mar­quable.

En rouge, le gre­nache lar­ge­ment ma­jo­ri­taire (80 %) as­so­cié à la sy­rah et au mour­vèdre donne cette cou­leur sou­te­nue « marque de fa­brique » de la CH­TEAU­NEUF. Des vins di­gestes et élé­gants que l’on doit à une gé­né­ra­tion res­pec­tueuse de la di­ver­si­té des sols. bou­teille ar­moi­rée qui a sé­duit l’ex­port (50 % de la pro­duc­tion). Cin­sault, mus­car­din, cou­noise, ter­ret noir et vac­ca­rèse dis­til­lés à faible dose af­finent la pa­lette des arômes. « L’équi­libre des as­sem­blages donne l’ori­gi­na­li­té et l’iden­di­té » confirme Vincent Avril, fa­meux vi­gne­ron du Clos des papes qui, avec Laurent Char­vin, re­jette le par­cel­laire en pro­po­sant une cu­vée unique. « Nos vignes sont évi­dem­ment tra­vaillées en fonc­tion des par­celles et de plu­sieurs cri­tères, en­so­leille­ment où na­ture et âge des ceps, mais je veux li­vrer une ap­proche ho­mo­gène. L’ob­jec­tif et le dé­fi sont de re­trou­ver la ty­pi­ci­té de l’an­née dans le verre » ex­plique Laurent Char­vin, fa­rouche op­po­sant à la concen­tra­tion et au boi­sé. Comme à toute mo­dé­li­sa­tion !

Mais comme tou­jours, l’ex­cep­tion existe ! Pas d’as­sem­blage à Châ­teau Rayas, un 100 % gre­nache mon­dia­le­ment re­cher­ché, pro­duit par Em­ma­nuel Rey­naud sur des sables. Rayas bé­né­fi­cie de toutes les at­ten­tions : rai­sins ré­col­tés très durs, vi­ni­fi­ca­tion en foudre pour des cu­vées qui dé­fient le temps. Un peu à l’image de Beau­cas­tel qui pro­duit à par­tir d’une ma­jo­ri­té de mour­vèdre de grandes cu­vées.

Clos des papes et Char­vin au top

Dé­gus­tés, dans une am­biance re­cueillie, mais pro­fane, sous la voûte étoi­lée du pa­lais des papes d’Avi­gnon, les vins à com­men­cer par les 2007 de Char­vin et du Clos des papes af­fichent l’élé­gance gus­ta­tive. Avec les éclai­rages avi­sés de Gilles Ozel­ lo, som­me­lier du res­tau­rant l’Ous­teau de Bau­ma­nière (Bauxde­Pro­vence), ex­pert des vi­gne­rons qui se jouent des abus du so­leil, on boit la ri­chesse de la tex­ture, puis on avance sur le ve­lou­té sans l’ex­cès de truf­fé de cer­tains crus taillés dans la ro­bus­tesse. Pour un vin, épa­noui, de près de dix ans, la fraî­cheur per­dure, chez Char­vin. Le fruit est en­core là avec des ac­cents de com­pote de fruits rouges. La même per­sis­tance du Clos des papes au­gure des ca­pa­ci­tés de longue garde. Ne re­trouve­t­on pas dans les dif­fé­rents mil­lé­simes, le ca­rac­tère pro­fond et char­nel, une pointe d’épi­cé en plus ? Le raf­fi­ne­ment s’im­pose avec ces vi­gne­rons de plus en plus nom­breux à sor­tir Châ­teau­neuf­du­pape de sa bulle. ■ Do­maine d’Eriane, cu­vée Les Ber­mudes 2014. Les nuits fraîches en al­ti­tude des Cé­vennes confèrent à ce vin rouge d’ap­pel­la­tion lan­gue­doc des ta­nins plus fins. Il est très fluide, cro­quant, ra­fraî­chis­sant et ac­com­pagne très bien un jo­li ma­gret de ca­nard poê­lé. 9,95 €. Do­maine Fran­çois Chi­daine, Clos du Breuil 2014. Ce 100 % che­nin dé­bouche sur un blanc très pur, cris­tal­lin, très brillant, comme une eau de gla­cier. Pour un tou­cher de bouche très pur qui se ma­rie à mer­veille avec une cui­sine au cur­ry. 16,95 €. Do­maine Comte Abat­tuc­ci, cu­vée Faus­tine 2014. Vi­gne­ron en bio­dy­na­mie, il nous sort un blanc 100 % ver­men­ti­no à plu­sieurs fa­cettes. D’abord très mûr, frui­té, flo­ral. Puis la ma­tière s’af­fine pour don­ner de la clar­té, du dy­na­misme, de la fraî­cheur et ter­mi­ner sur une note gra­ni­tique. La tex­ture a beau­coup de re­lief. À l’apé­ri­tif ou sur un foie gras. 23,50 €.

© MI­CHEL BLANC /COLL. FÉ­DÉ­RA­TION DES PRO­DUC­TEURS DE CH­TEAU­NEUF-DU-PAPE

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