Tré­sor per­du dans la nuit du la­by­rinthe

La Montagne (Vichy) - - L'image Du Jour -

Là-haut sur la crête des monts du Fo­rez, les ber­gers vivent dans les jas­se­ries. Une vieille tour cache dans ses en­trailles un la­by­rinthe qui ren­ferme un tré­sor à ja­mais per­du de­puis une cer­taine nuit de Noël.

Ja­dis la vieille reine Ber­tilde avait la ré­pu­ta­tion d’être très, très riche. Elle ha­bi­tait dans les tours de la for­te­resse éri­gée sur un pan de la mon­tagne, au­des­sus du col de Che­min­trand, pas loin de la crête des monts du Fo­rez. Des chaos de ro­chers ponc­tuent les hautes chaumes, puis­sants ga­lets dis­per­sés là par un géant.

Il y avait peu de vi­si­teurs, ra­re­ment des chas­seurs, quelques ber­gers mon­tant à l’es­tive et vi­vant re­clus dans leurs jas­se­ries iso­lées.

Un jour donc, l’un de ces ber­gers s’en­quit du si­lence qui per­du­rait dans la for­te­resse ; les vo­lets de la tour res­taient clos, de­puis long­temps on n’avait aper­çu la reine Ber­tilde. Fi­na­le­ment, c’est un moine vi­vant dans un er­mi­tage de la val­lée de l’Ance qui pous­sa la lourde porte, mon­ta dans la tour et trou­va la reine morte.

La nou­velle cou­rut dans toutes les jas­se­ries de la mon­tagne, et alors tous ceux des vil­lages de la val­lée vinrent pour ex­plo­rer la for­te­resse, une fois les of­fices et les ob­sèques cé­lé­brés. C’est que la reine Ber­tilde avait la ré­pu­ta­tion de pos­sé­der un tré­sor. On al­lait bien se le par­ta­ger !

Mais au fait, qui connais­sait la va­leur du tré­sor ? Ou était­ce une lé­gende puisque per­sonne n’avait ja­mais vu la moindre pièce d’or dans les mains de la dé­funte ? C’est une sor­cière de Vi­ve­rols, un vil­lage construit en ter­rasses sur la pente ouest du Fo­rez, qui fit faire si­lence à la foule em­pres­sée. Elle sa­vait ! « Le tré­sor est fait d’une pluie de pièces d’or, d’un tor­rent de perles et d’une cas­cade de pierres toutes plus pré­cieuses les unes que les autres ! »

Alors, de la foule mon­ta une in­ter­ro­ga­tion que lan­ça Ber­thier, le ma­ré­chal­fer­rant, ve­nu de Saint­ Bon­net­le­Châ­teau : « Mais où est­ce que s’cache le tré­sor, dis, la sor­cière ! Toi tu sais ! »

La sor­cière toute de noir vê­tue, sans âge, eut alors cette ré­ponse : « Il fau­dra être pa­tient. Le tré­sor est ca­ché sous une lourde dalle de pierre noire, dans la cave de la tour du don­jon. Per­sonne ne peut sou­le­ver la dalle, même pas toi Ber­thier ! Elle s’ou­vri­ra elle­même, seule, pen­dant les douze coups de mi­nuit de la nuit de Noël. At­ten­tion, quand au­ra son­né le der­nier coup, elle se re­fer­me­ra aus­si­tôt, pour un an. » Il fal­lut la longue pa­tience ac­com­pa­gnée par le rêve de la pro­chaine nuit de Noël. Fi­na­le­ment c’est Ber­thier, le ma­ré­chal­fer­rant de Saint­Bon­net­leC­hâ­teau qui fut dé­si­gné pour des­cendre dans la ca­verne pour ré­cu­pé­rer le tré­sor.

Ain­si fit­il, quand la pierre s’ou­vrit au pre­mier coup de mi­nuit. Il dé­va­la un es­ca­lier, et alors il dé­ cou­vrit un la­by­rinthe qui ca­chait pro­ba­ble­ment le tré­sor. Ber­thier s’y en­ga­gea et il ou­blia le temps. Au dou­zième coup, la pierre noire se re­fer­ma. Et de­puis, dit­on, elle ne s’est plus ja­mais ou­verte. Elle a gar­dé le ma­ré­chal­fer­rant trop cu­rieux et son se­cret.

On en­tend par­fois, pen­dant les douze coups de mi­nuit de la nuit de Noël des bruits sourds, comme si quel­qu’un frap­pait la pa­roi d’un ro­cher, dans les sous­sol de Che­min­trand. C’est pro­ba­ble­ment le ma­ré­chal­fer­rant condam­né à cher­cher le tré­sor et à er­rer dans le la­by­rinthe pour l’éter­ni­té. ■

La sor­cière de Vi­ve­rols toute vê­tue de noir sa­vait le se­cret

Mais où est­ce que s’cache le tré­sor, dis, la sor­cière ! Toi tu sais ! ”

➔ De­main. Un nou­veau conte se­ra à lire dans nos co­lonnes. Tous les contes et lé­gendes de cette sé­rie sont ex­trait du fonds tra­di­tion­nel des contes et lé­gendes d’Au­vergne et du Li­mou­sin.

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