LIBRES PRO­POS

La Montagne (Vichy) - - Jeux -

19 mil­lions de ba­gnoles en 2016 ! L’Eu­rope de la construc­tion au­to­mo­bile n’avait ja­mais construit au­tant de voi­tures.

On se frotte les mains du cô­té des di­ri­geants qui en­tre­voient ain­si leurs di­vi­dendes – dé­jà consé­quents voire in­dé­cents – aug­men­tés. On se ras­sure cô­té ou­vriers car le tra­vail est as­su­ré et tout va bien de ce cô­té­là.

Non, tout ne va pas bien, c’est même le contraire… Comment ex­pli­quer que la lutte pour la sur­vie de la pla­nète passe par un chan­ge­ment ra­di­cal de nos pra­tiques de dé­pla­ce­ment et ap­plau­dir une ex­pan­sion de la construc­tion au­to­mo­bile ? Ce « tou­jours plus » d’au­tos sup­pose « tou­jours plus » d’in­fra­struc­tures rou­tières, de par­kings, de consom­ma­tion de car­ bu­rants, d’al­lers et ve­nues in­di­vi­duels ma­tin et soir, d’em­bou­teillages, de dé­penses d’heures in­utiles et de pol­lu­tion. Une as­phyxie douce mais triom­phale éco­no­mi­que­ment.

Il y a de la schi­zo­phré­nie dans l’air in­dus­triel : on constate que dans toutes les grandes villes du monde le tra­fic au­to­mo­bile gé­nère une pol­lu­tion in­sup­por­table au point que les élus, pour­tant sou­cieux de se faire ré­élire, an­noncent qua­si­ment chaque se­maine des cir­cu­la­tions al­ter­nées, des in­ter­dic­tions di­verses, des vi­gnettes dis­tin­guant les pol­lueurs pe­tits ou grands, voire des fer­me­tures to­tales de routes ou grands bou­le­vards…

Pa­ris, après Londres, Ber­lin et Rome, veut fer­mer une bonne par­tie de son centre­ville aux voi­tures. Les chiffres des consé­quences sa­ni­taires (ma­la­dies pul­mo­naires) sont constants et exigent une ré­ac­tion ra­pide. Les pho­to­gra­phies de Pé­kin « en­car­bon­né » sont ter­ri­fiantes.

Et pen­dant ce temps, vi­cié, im­per­tur­bable, le monde au­to pro­duit de plus en plus d’en­gins pol­luants. Pen­dant que les alertes se mul­ti­plient, on as­siste à un dé­fi­lé d’au­to­cars consom­mant du die­sel pour pro­tes­ter contre les res­tric­tions qui les visent.

Et ça va du­rer com­bien de temps, cette plai­san­te­rie mor­telle?

La voi­ture est un moyen de dé­pla­ce­ment qu’il faut d’ur­gence re­pen­ser. La dé­mo­gra­phie des pays dits émer­gents laisse en­vi­sa­ger une sorte d’étouf­fe­ment au­to­mo­bile si cha­cun et tout le monde ne prend pas conscience qu’il faut ré­duire la pro­duc­tion des vé­hi­cules, ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment des trans­ports en com­mun – rail, tram, bus (non pol­luants) –, im­po­ser un plan de bor­nage élec­trique, rendre les vé­hi­cules élec­triques net­te­ment moins oné­reux et plus au­to­nomes, etc.

Bien sûr, ce­la ne peut se faire d’un cla­que­ment de doigt. Bien sûr, ce­la sup­pose des mo­di­fi­ca­tions gê­nantes dans nos ha­bi­tudes. Mais comment peut­on pour­suivre cette course à la pro­duc­tion au­to­mo­bile sans se po­ser la moindre ques­tion sur ses ef­fets pour la pla­nète ? Sans en ti­rer une le­çon de rai­son : moins de voi­tures, ce se­rait une vraie bonne nou­velle ! ■

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