Un Boxing Day qui n’en a que le nom

Le match du 24 dé­cembre en­ter­ré, il reste une jour­née à dis­pu­ter un soir de ré­veillon. Et l’idée d’un match le 31 dé­cembre est bien plus consen­suelle pour les ac­teurs du rugby.

La Montagne (Vichy) - - Sports Auvergne - Jean-Paul Co­hade (avec Benjamin Pom­mier)

C’est le mot à la mode pour dé­si­gner les matchs joués en pé­riode de fêtes de­puis que la LNR a dé­ci­dé de pla­gier le sport bri­tan­nique. À y re­gar­der de plus près, hor­mis son nom, le Boxing day fran­çais n’a rien à voir avec ce­lui d’outre Manche...

Dans ce vieux pays fâ­ché avec les pri­vi­lèges qu’est l’Hexa­gone on cherche en­core une ex­pli­ca­tion qui ne soit pas pu­re­ment due au mar­ke­ting pour jus­ti­fier cette pra­tique, alors qu’au Royaume­Uni, le Boxing Day cor­res­pond à ce jour ac­cor­dé aux do­mes­tiques, le len­de­main de Noël, pour qu’ils dé­ballent leurs ca­deaux.

Mais en Top 14, qu’est­ce que le Boxing Day, au juste ? Le match de Noël, ou ce­lui du Nou­vel An ? Pas­sées ces ques­tions sé­man­tiques, force est de consta­ter que les deux matchs ne sou­lèvent pas les mêmes in­ter­ro­ga­tions, qu’on soit ac­teur sur le ter­rain, en cou­lisses ou dans les tri­bunes. Ain­si, si le match de Noël fait po­lé­mique, ce­lui de la Saint­Syl­vestre semble être mieux ac­cep­té.

« Il faut dis­tin­guer les deux ren­contres », pointe Gé­rard Ri­sa­cher, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise des sup­por­ters de rugby. Dans son vi­seur, le fait que la 14e jour­née ait eu lieu un jour de se­maine. « Même si ce sont les fêtes, beau­coup de per­sonnes tra­vaillent le ven­dre­di ». Pour le 31, c’est une autre his­toire. « Je ne di­rais pas qu’il est mieux per­çu mais nous es­ti­mons qu’il au­rait pu être mieux pen­sé. Pour per­mettre au plus grand nombre d’al­ler au stade, il au­rait fal­lu ima­gi­ner des der­bys. Ce­la au­rait été l’oc­ca­sion de faire la fête entre sup­por­ters avant de la faire en fa­mille ».

Goze, le père fouet­tard ?

La 15e jour­née, elle, n’a pas sou­le­vé l’ire des joueurs. Aus­si parce qu’elle n’a pas été dé­ci­dée uni­la­té­ra­le­ment par la LNR. Ce qui avait été le dé­clen­cheur du

bras de fer me­né par Pro­vale. « Le pire dans cette his­toire, c’est que des pré­si­dents de clubs m’ap­pe­laient pour me dire de ne rien lâ­cher », alerte Ro­bins Tchale­ Wat­chou, pré­sident du syn­di­cat des joueurs qui sa­lue « l’in­tel­li­gence du coeur de Ca­nal + » qui a su écou­ter les ac­teurs du rugby quand la LNR, seule, vou­lait d’un match le 24 dé­cembre.

À la tête du CA Brive, Si­mon Gill­ham confirme qu’au sein des pré­si­dents de clubs, cette date n’em­bal­lait pas grand monde. Pour le reste, jouer pen­dant les fêtes sé­duit. « On sent un en­goue­ment, avec des gens qui re­viennent dans leur ré­gion, en pro­fitent pour voir leur équipe. Les re­cettes au­tour des matchs et le taux d’af­fluence prouvent que c’est une réus­site ».

De fait, mal­gré l’ho­raire de Brive­ Lyon, le Sta­dium a at­ti­ré près de 10.000 spec­ta­teurs, soit plus que pour la ré­cep­tion de Pau et ses All Blacks. Au Mi­che­lin, ils étaient 17.700 spec­ta­

teurs pour ASM­Pa­ris. Quant aux matches du 31, Si­mon Gill­ham est as­sez confiant. « Le fait que ce soit la veille du jour de l’an, l’après­mi­di, fait que cha­cun peut ren­trer en­suite faire la fête ».

Bon connais­seur de la tra­di­tion ori­gi­nelle du Boxing Day, le Bri­viste d’ori­gine bri­tan­nique se­rait as­sez sé­duit par l’idée d’un vé­ri­table Boxing Day. « Le 26 ou le 27, tout le monde est ren­tré dans sa fa­mille, on n’a fait que man­ger pen­dant deux jours. Et ça ferait du bien à tout le monde de sor­tir prendre l’air, plai­sante­il. Et il y a une vraie

am­biance fes­tive pen­dant ces mo­ments ». Un match à ce mo­ment­là au­rait au moins le mé­rite de s’ins­pi­rer d’une tra­di­tion sans en sa­bor­der une autre. « On est dans un pays ju­déo­chré­tien, non ? Les fêtes de Noël sont sa­crées, in­siste Ro­bins Tchale ­Wat­chou. Si tout le monde pou­vait ne pas tra­vailler la veille de Noël, cha­cun s’en sa­tis­fe­rait, Ce n’est pas pos­sible parce qu’on a be­soin de po­li­cier, de pom­piers… mais le rug­

by ne doit pas se prendre pour ce qu’il n’est pas. Nous ne fai­sons que cou­rir après un bal­lon Si le rugby, qui est un sport de ter­roir, de clo­cher, ne par­vient pas à main­te­nir cer­taines tra­di­tions, à quoi ser­vons­nous ? À vendre des places à 400 eu­ros ? Des maillots ? », in­ter­roge l’an­cien Au­rilla­cois.

Mal­gré tout, un match le 26 ou le 27 dé­cembre po­se­rait une autre ques­tion : que se pas­se­rat­il quand ces jours tom­be­ront un mar­di ou un mer­cre­di ? ■

« Si le rugby, sport de ter­roir, ne par­vient pas à main­te­nir cer­taines tra­di­tions, à quoi ser­vons­nous ? »

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION FRANCK BOILEAU

AUDIENCE. Vou­lue par la Ligue, la pro­gram­ma­tion des matchs de Top 14 du­rant les fêtes est une réus­site en termes d’au­diences té­lé­vi­sées as­sure-t-on du cô­té du dif­fu­seur Ca­nal +.

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