La Dame et le loup de Mu­rat-le-Quaire

La Montagne (Vichy) - - Festivités -

Un étrange couple ap­pa­raît les nuits de lunes d’hi­ver, ac­com­pa­gné d’un grand loup blanc. C’est pas loin du vil­lage de Mu­rat-le-Quaire près du ro­cher le bien nom­mé de La Roche des Fées.

La nuit tom­bait sur ce pe­tit coin d’Au­vergne, près du vil­lage de Mu­rat­le­Quaire, au­des­sus de la haute val­lée de la Dor­dogne, où « il » avait dé­ci­dé de faire une re­traite pour y écrire son pro­chain livre.

C’était la pé­riode de Noël, les pay­sages tour­men­tés, sau­vages, dont le temps avait figé les contours, l’ai­de­raient à re­trou­ver son ins­pi­ra­tion. En face de lui, les hautes col­lines se re­dres­saient jus­qu’à La Roche Ven­deix et plus à droite jus­qu’aux bois d’épi­céas de Char­lan­ nes. C’était la veille de Noël, l’air était ren­du vif d’une bise mor­dante, le brouillard bai­gnait les sous­bois ; au loin, les mon­tagnes blan­chies veillaient, le clo­cher ve­nait de son­ner, c’était l’heure mauve qui ac­com­pagne le cré­pus­cule des nuits sans nuage. La Banne d’Or­danche se dres­sait, sen­ti­nelle sombre, au­des­sus du vil­lage.

« Il » s’en­ga­gea sur un sen­tier étroit, sans doute un layon an­tique, au­jourd’hui ra­re­ment em­prun­té par les trou­peaux quand ils partent avant l’été, en­core, mon­tant pour les es­tives du pla­teau du Gué­ry. « Elle » était là. « Elle » dan­sait, son éclat de rire s’es­qui­vait en échos dans la fo­rêt de hêtres et jusque dans la val­lée.

« Il » s’im­mo­bi­li­sa, fit si­ lence, bouche bée. « Elle » vo­le­tait comme une dan­seuse d’opé­ra sur la pointe des pieds, elle sem­blait ne pas tou­cher terre.

Là­haut, vers le col de la Croix Mo­rand la lune se le­vait. Rê­vait­il ? Il fit un pas, « elle » l’aper­çut. « Elle » n’était pas seule. Une bête blanche, agile, puis­sante, me­na­çante… un loup l’ac­com­pa­gnait.

« Elle » glis­sa vers « lui », avan­ça un bras pour le tou­cher. « Lui », figé, sé­duit, sous le charme, ne bou­gea pas. D’ailleurs, il en était bien in­ca­pable… Le loup aux aguets trous­sa ses ba­bines et grom­me­la. « Elle », d’un geste vif, lui in­ti­ma le si­lence.

Le temps sem­blait im­mo­bile, des feux fol­lets dan­saient à l’orée de la hê­traie, là­haut la lune, ha­lot lu­mi­neux éclai­rait le col, un chat­huant rom­pit le si­lence. « Lui » était là comme pris sous l’en­voû­te­ment d’une sor­cière ou d’une fée ? À moins qu’il ne s’agisse de la fa­meuse Dame Blanche qui, dit­on, hante les nuits d’hi­ver dans nos contrées d’Au­vergne et du Li­mou­sin. « Elle » se lais­sa al­ler à nou­veau à rire, un rire joyeux, un rire pa­reil à une cas­cade, qui cou­rut dans la nuit, par­tit en échos dans la fo­rêt, rou­la loin, loin, jus­qu’à la ri­vière et jus­qu’à d’autres cas­cades et no­tam­ment celle du Ros­si­gno­let.

« Il » prit sa main et ils par­tirent, sans bruit, se fon­dant dans la brume, es­cor­tés par une sa­ra­bande de feux fol­lets et pré­cé­dés d’un grand loup blanc.

Si vous pas­sez du cô­té de Mu­rat­le­Quaire une nuit d’hi­ver, entre Noël et l’An neuf, ne soyez pas in­quiets. Sur­tout si, du cô­té du lieu­dit La Roche des fées, un ma­me­lon gra­ni­tique qui do­mine la val­lée de la Dor­dogne, sous la lune bien ronde, vous aper­ce­vez un couple en­la­cé, veillé par un grand loup blanc silencieux et par un cor­tège de lu­cioles qui dansent, qui dansent, c’est « lui », l’écri­vain qui a trou­vé son ins­pi­ra­tion. ■

“Elle” dan­sait dans un grand éclat de rire qui cou­rait en fo­rêt

La Banne d’Or­danche se dres­sait, sen­ti­nelle sombre au­des­sus du vil­lage

➔ De­main. À lire un nou­veau conte d’hi­ver dans nos co­lonnes. Tous les contes pu­bliés sont des adap­ta­tions de contes et lé­gendes tra­di­tion­nels d’Au­vergne et Li­mou­sin.

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