L‘éton­nante his­toire des dé­cors d’Aï­da en trois actes

La Montagne (Vichy) - - La Une - Pierre Cham­baud vi­chy@cen­tre­france.com DR/MU­SÉE DE L’OPÉ­RA, MON­TAGE FA­BIEN NOBLE

À Vi­chy, une par­tie des dé­cors d’Aï­da, le pre­mier opé­ra don­né dans le nou­veau théâtre il y a 115 ans, existe tou­jours. Un âge ca­no­nique qui les rend unique en France et dans le monde. Une his­toire in­croyable, aus­si, que La Mon­tagne vous ra­conte, en trois épi­sodes. Dans ce pre­mier vo­let, vous dé­cou­vri­rez comment ces dé­cors étaient, dé­jà, le clou du spec­tacle… en 1901.

«Le ta­bleau qui suit mé­rite une men­tion par­ti­cu­lière si nous en ju­geons par l’im­pres­sion de notre vi­site au ma­ga­sin. L’ef­fet se­ra su­perbe lorsque, au mi­lieu de ces su­perbes dé­cors, se dé­ploie­ra le grand cor­tège pré­cé­dé des fa­meuses trom­pettes. »

Le 2 juin 1901, le Jour­nal de Vi­chy ouvre sur une vi­site des ma­ga­sins du chef­dé­co­ra­teur de l’Ope­ra, Louis Con­tes­sa. L’évé­ne­ment du soir est ma­jeur : à 20 heures pré­cises, Aï­da est of­fert par la com­pa­gnie fer­mière de Vi­chy pour étren­ner son nou­veau théâtre, tout neuf.

Un an­cien théâtre trop pe­tit

Le choix de l’oeuvre n’est pas étran­ger à cet en­thou­siasme. Aï­da, de Ver­di, est dé­jà un clas­sique, 30 ans à peine après sa créa­tion. En 4 actes, il ra­conte

l’his­toire d’amour entre Aï­da, es­clave éthio­pienne, et Ra­da­mès, of­fi­cier égyp­tien ­ amour évi­dem­ment im­pos­sible. Grâce au ren­fort des cuivres ­ la cri­tique re­pro­che­ra à Ver­di un ac­cent teu­to­nique, voir wag­né­rien à cette pro­duc­tion ­, l’oeuvre est gran­di­lo­quente, ma­jes­tueuse, spec­ta­cu­laire, jusque dans sa mise en scène. Et c’est im­por­tant, pour la com­pa­gnie fer­miè­

re, en 1901. À ce mo­ment, la salle de spec­tacle est toute neuve, vierge. Elle n’a même pas en­core été peinte. L’an­cien opé­ra n’al­lait pas être re­gret­té par les Vi­chys­sois et les cu­ristes, « dès 1880 les gens se plaignent, il ne pou­vait plus ac­cueillir les foules qui ve­naient à Vi­chy, ex­plique Fa­bien Noble, au mu­sée de l’Opé­ra. En 1901, Ver­di vient de dis­pa­raître, et Vi­chy dis­pose

en­fin d’une grande scène ca­pable d’ac­cueillir tout le ré­per­toire ly­rique et théâ­tral. Donc on donne Aï­da, qui de­mande beau­coup de moyens scé­niques, hu­mains. C’est une ma­nière de dire : “Nous pou­vons main­te­nant re­pré­sen­ter les plus grands opé­ras.” »

Inau­gu­ré deux ans après

Mais pour que la dé­mons­tra­tion de force, c’est bien de ce­la qu’il s’agit, puisse mar­cher à plein, il faut des dé­cors qui ma­gni­fient le nou­veau lieu. Louis Con­tes­sa, Tu­ri­nois, an­cien de La Sca­la de Mi­lan, est choi­si, « la com­pa­gnie fer­mière est al­lée le pê­cher à Monte­Car­lo, pour le ra­me­ner à Vi­chy », ex­plique An­toine Paillet, di­rec­teur du mu­sée de l’Opé­ra. Et sa spé­cia­li­té, ce sont les dé­cors exo­tiques, jus­te­ment. « C’est la rai­son du choix d’Aï­da, et la pos­si­bi­li­té li­vrée au chef­dé­co­ra­teur de lais­ser libre cours à son ta­lent », conclut le di­rec­teur.

« C’est une ma­nière de dire : “Nous pou­vons main­te­nant re­pré­sen­ter les plus grands opé­ras.” »

Après la re­pré­sen­ta­tion, Louis Con­tes­sa res­te­ra 5 ans à Vi­chy. Le temps d’ai­der à la créa­tion des ma­ga­sins de sto­ckage et de l’ate­lier, bou­le­vard De­nière, qui joue­ra un rôle ma­jeur dans la conser­va­tion des dé­cors tout au long du XXe siècle (à lire de­main). Pen­dant la pre­mière moi­tié du siècle, Aï­da se­ra re­joué, plu­sieurs fois, en re­pre­nant les mêmes dé­cors. Mais dans une salle dé­co­rée cette fois : l’opé­ra de Vi­chy a été of­fi­ciel­le­ment inau­gu­ré le 31 mars 1903, presque deux ans après cette gran­di­lo­quente pre­mière. ■

TEMPLE. Voi­ci à quoi res­sem­blaient les dé­cors mon­tés, se­lon une pho­to­gra­phie d’in­ven­taire. En cou­leur, deux pièces re­trou­vées à Chan­telle, en at­tente de res­tau­ra­tion.

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