Dans le ventre du loup du Gé­vau­dan

La Montagne (Vichy) - - Festivités -

L’his­toire se passe dans le Gé­vau­dan. Là-haut on sait ce qu’un loup veut dire. Et une fois en­core c’est un pe­tit en­fant qui est dé­vo­ré. Mais il est tel­le­ment pe­tit qu’il sur­vit dans l’es­to­mac de la bête et va se ven­ger.

Plan­pou­gnet est tout pe­tit, il tient dans le creux d’une main. Un jour, son père se déses­père. « Je vais au bois. Si seule­ment j’avais quel­qu’un pour me­ner la char­rette ! »

– « Je peux le faire, père ». – « Tu es trop pe­tit ». – « Peu im­porte. Je vais me ca­cher dans le creux de l’oreille de la ju­ment, je lui don­ne­rai les ordres. »

L’at­te­lage prêt quitte la ferme. En che­min, il croise deux hommes sur­pris de voir la ju­ment avan­cer seule. Ils la suivent pour en per­cer le mys­tère. Plan­pou­gnet mène l’équi­page qui s’ar­rête de­vant les tas de bûches.

Les deux hommes re­pè­ rent le pe­tit. Ils vont trou­ver le père : « Bon­jour bû­che­ron, ven­driez­vous le pe­ti­tou ? »

– « Ja­mais », ré­pond le père.

– « Voyons, chu­chote le pe­tit. Le temps de leur rende ser­vice, je suis sûr qu’ils ac­cep­te­ront de me louer. » Les deux hommes qui n’ont pour seul but que de faire for­tune en ex­ hi­bant Plan­pou­gnet sur les foires, ren­ché­rissent : « Votre fils a rai­son. Nous pro­met­tons de le rendre aus­si vite que bien­tôt ! » Le père n’est pas dupe. Il sait com­bien son fils est ma­lin. Il ac­cepte en échange d’une bourse pleine de pièces.

Plan­pou­gnet pour­suit sa route en com­pa­gnie des deux ma­lan­drins. Et bien­ tôt, il leur crie qu’il veut se dé­gour­dir les jambes. À peine à terre il glisse dans un trou de taupe. Les deux hommes ont beau creu­ser, en vain. De rage, ils re­prennent leur route. Plan­pou­gnet re­monte, et trouve un abri dans une co­quille d’es­car­got.

Pris dans le som­meil, il en est ti­ré par des voix de nou­veaux ai­gre­fins. Re­pé­ ré, Plan­pou­gnet leur lance : « Je passe par­tout, même dans un trou de ser­rure. » Confi­dence qui donne des idées aux che­mi­nots marchant vers une riche de­meure où Plan­pou­gnet n’a au­cun mal à pé­né­trer. De l’in­té­rieur, il hurle, les vo­leurs apeu­rés s’en­fuient. Plan­pou­gnet s’in­tro­duit dans la grange et s’en­dort sur le foin. Au ma­tin, il est en­le­vé dans les airs et je­té avec une four­chée de foin dans la man­geoire d’une vache. Étour­di il se re­trouve dans la panse où il éter­nue et crie : « As­sez de foin, je ne peux plus res­pi­rer ! » La ser­vante qui com­mence juste la traite, est apeu­rée et court cher­cher le maître.

Le loup très gour­mand s’éton­ne­ra d’en­tendre son es­to­mac par­ler

Quand ils re­tournent dans l’étable, la voix de Plan­pou­gnet, ve­nue du ventre de la vache, est en­core forte. Le maître se sou­vient alors que la nuit de Noël les bêtes parlent. Il croit à un mau­vais sort, abat la noi­raude, la dé­pèce et va je­ter les mor­ceaux dans un champ, Plan­pou­gnet tou­jours dans la panse. Ar­rive un loup af­fa­mé, il en­glou­tit la panse… avec Plan­pou­gnet. Ce­lui­ci hurle. Le loup s’étonne d’en­tendre ain­si son ventre qui lui conseille de re­joindre une mai­son. Il obéit, il va se re­trou­ver chez Plan­pou­gnet. Ce­lui­ci lui in­dique comment en­trer dans la pièce au sa­loir ou le car­nas­sier va en­glou­tir sau­cisses, lard, jam­bons.

Plan­pou­gnet alors crie, ameute père et mère. Ceux­ci ar­rivent. Voyant le loup, ils le mas­sacrent. Heu­reux de re­trou­ver leur pe­tit dans l’es­to­mac de l’ani­mal. « Tu nous as fait bien du sou­ci, dit le père. Mais où étais­tu donc pas­sé pen­dant ce temps ? » Père et mère ont tou­jours quelque mal à croire au trou de la taupe, à la co­quille de l’es­car­got et à la panse de la vache. ■

➔ De­main. Lire un nou­veau conte dans nos co­lonnes. Tous les contes pu­bliés pour ces veillées d’hiver, entre Noël et le Jour de l’An, sont des adap­ta­tions de contes tra­di­tion­nels d’Au­vergne et Limousin.

Le père n’est pas dupe. Il sait com­bien son fils est ma­lin. Il ac­cepte en échange d’une bourse pleine de pièces d’or

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.