SI C’EST VOTRE AN­NI­VER­SAIRE AU­JOURD’HUI

La Montagne (Vichy) - - Au Quotidien -

Vous avez du pain sur la planche et vous de­man­dez l’aide de vos proches pour tout bou­cler. Les en­fants nés ce jour se­ront pas­sion­nés d’avia­tion ! Je ne suis pas au cou­rant de tous les dé­tails de votre conver­sa­tion avec M. le maire mais il m’a dit que vous ac­cep­tez de re­voir les choses. – Faut voir, ré­pond Lo­riot. Tout dé­pen­dra si on tombe d’ac­cord ou pas. – Entre gens de bonne vo­lon­té, on fi­nit tou­jours par s’ar­ran­ger… – Ve­nez dans la mai­son. Ils ont pas be­soin d’en­tendre. Sur la grande table, Clé­mence a pré­pa­ré un tas de ga­melles et de mar­mites des­ti­nées à re­cueillir les abats et les mor­ceaux de viande. Pour elle, l’abat­tage d’un co­chon re­pré­sente un sur­croît de tra­vail im­por­tant. Dès que son homme entre dans la cui­sine, elle re­marque son oeil contra­rié. Sans doute se pas­se­rait-il vo­lon­tiers de sa pré­sence, mais elle ne l’en­tend pas de cette oreille. Elle sa­lue l’ins­pec­teur, re­pousse quelques cas­se­roles et avance l’unique chaise qui se trouve dans la pièce. – Le temps de lui griller la couenne et de le grat­ter, dit-elle en poin­tant le men­ton en di­rec­tion du co­chon, ils en ont bien pour une de­mi­heure. J’ai le temps. Je peux res­ter avec vous. – Ce­la me semble nor­mal que la mère de la jeune fille par­ti­cipe à la dis­cus­sion, ap­prouve M. Ca­mize. Ils prennent place, Lo­riot sur un banc, sa femme sur le banc op­po­sé et l’ins­pec­teur sur la chaise, en bout de table, entre eux deux. La pré­sence de Clé­mence oblige Lo­riot à mo­di­fier sa tac­tique. Il tousse, se racle la gorge et dé­clare en guise de pré­am­bule : – Si on est là, c’est pas tel­le­ment pour cau­ser de ma fille. C’est plu­tôt pour sa­voir si je dois dé­po­ser ma plainte ou pas. – Comme si qu’on n’al­lait pas cau­ser du ma­riage, le contre Clé­mence en haus­sant les épaules. – On cau­se­ra peut-être du ma­riage aus­si… re­prend Lo­riot. Mais faut d’abord voir si c’est pos­sible du cô­té du gars. C’est qu’avec l’As­sis­tance on sait pas comment que ça peut se gou­piller. – Nos deux jeunes sont al­lés un peu vite en be­sogne, es­saie de tem­po­ri­ser M. Ca­mize en pre­nant grand soin d’as­so­cier d’em­blée le gar­çon et la fille, de fa­çon à dis­cu­ter sur un pied d’éga­li­té. Je sais que votre fille est très ap­pré­ciée par ses pa­trons qui confirment qu’elle est sé­rieuse, tra­vailleuse et très mûre mal­gré ses seize ans. De mon cô­té, je peux vous as­su­rer que mon pu­pille Lu­cas Sil­vère fait preuve de­puis des an­nées des mêmes qua­li­tés. Il a été deuxième du can­ton au cer­ti­fi­cat d’études… – Deuxième du can­ton… ré­pète Lo­riot. M. Ca­mize parle. Il ra­conte tout : l’école, le pla­ce­ment, l’ap­pren­tis­sage, in­siste sur le mot ty­po­graphe qui classe son pu­pille dans la ca­té­go­rie des gens qui ont un mé­tier un peu plus haut que pay­san dans l’échelle so­ciale, fait res­sor­tir ses qua­li­tés mo­rales. Clé­mence do­de­line de la tête, re­ce­vant les bons points dé­cer­nés au gar­çon comme des ar­gu­ments sup­plé­men­taires qui vont dans son sens. Lo­riot écoute, les traits du vi­sage ten­dus parce que M. Ca­mize a la pa­role fa­cile et s’ex­prime dans un lan­gage qui n’est pas le sien. – Tout ça, c’est des pa­roles, fi­nit-il par dire. Faut aus­si voir les choses concrètes. Se ma­rier, se ma­rier, faut des sous.

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