Bug dé­mo­cra­tique

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - BRU­NO MÈGE bru­no.mege@cen­tre­france.com

Trois mil­lions de non­ins­crits, en France, sur les listes électorales ; plus de 6 mil­lions de « mal­ins­crits », qui ne peuvent vo­ter là où ils ha­bitent parce qu’ils ont dé­mé­na­gé et que c’est à eux – le savent­ils ? – de faire la dé­marche pour être ra­diés, puis ré­ins­crits au bon en­droit. Comme le disent des so­cio­logues, il y a là un vrai « bug dé­mo­cra­tique ». Et il ne faut rien de moins qu’une pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle pour sus­ci­ter un cou­rant d’ins­crip­tions qui bat son plein en cette fin dé­cembre.

Mais si, au me­nu de 2017, il n’y avait eu « que » les élec­tions lé­gis­la­tives, y au­rait­il au­jourd’hui des files d’at­tente dans les mai­ries ? C’est bien la pers­pec­tive d’élire « le grand chef » – le « mo­narque ré­pu­bli­cain », disent les po­li­to­logues – qui mo­bi­lise (au moins en par­tie) les pas ou mal­ins­crits. Les­quels, de­ve­nus élec­teurs en avril­mai (la pré­si­den­tielle), risquent de se trans­for­mer en abs­ten­tion­nistes en juin (les lé­gis­la­tives), comme le montrent les chiffres de 2012 : 19,66 % d’abs­ten­tion au se­cond tour de la pré­si­den­tielle, 44,59 % au se­cond tour des lé­gis­la­tives…

Dans un fu­tur proche (pour les mu­ni­ci­pales de 2020), il se­ra pos­sible, grâce à des lois vo­tées en juillet, de s’ins­crire jus­qu’à 36 jours avant un scru­tin. C’est un pro­grès. Mais ce qui se­rait une meilleure so­lu­tion sans doute, sur­tout pour les ma­lins­crits, c’est de pro­cé­der comme en Al­le­magne, au Royau­meU­ni ou en Es­pagne, où les listes électorales sont au­to­ma­ti­que­ment re­mises à jour grâce aux dé­cla­ra­tions do­mi­ci­liaires obli­ga­toires. Une pe­tite contrainte au dé­part, une ga­ran­tie dé­mo­cra­tique à l’ar­ri­vée.

Ce­la dit, même lors­qu’est uti­li­sée une mé­thode plus ou moins im­pa­rable pour abou­tir à l’ins­crip­tion sur les listes de tous ceux qui y ont droit, c’est un autre « bug dé­mo­cra­tique » qui ap­pa­raît alors : l’abs­ten­tion. Ce re­fus de vote a, en théo­rie, beau­coup plus de si­gni­fi­ca­tion po­li­tique que la « mal­ins­crip­tion » qui re­lève, elle, du dys­fonc­tion­ne­ment tech­ni­co­ad­mi­nis­tra­tif. Oui, mais com­bien de non­ins­crits ou de mal­ins­crits sont en fait des abs­ten­tion­nistes convain­cus qui ont choi­si la so­lu­tion la plus ra­di­cale ? Et là, le pro­blème po­sé est bien ce­lui de l’offre po­li­tique et de la crise du sys­tème re­pré­sen­ta­tif.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.