« Fran­çois le Juste »

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - BRU­NO MÈGE bru­no.mege@cen­tre­france.com

Le mo­narque ré­pu­bli­cain, usant d’un droit qui est une sur­vi­vance de l’An­cien Ré­gime, vient de mettre un terme au dis­cret bras de fer qui l’op­po­sait aux juges dans l’af­faire Jac­que­line Sau­vage. Et non seule­ment la classe po­li­tique ne s’in­digne pas, mais elle sa­lue avec une belle una­ni­mi­té une « très bonne nou­velle ». L’opi­nion pu­blique, elle aus­si, de­vrait ap­plau­dir. Seule la prin­ci­pale or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale de ma­gis­trats marque net­te­ment son désac­cord. Le contraire eût été éton­nant.

Au pied de la lettre, ce que vient de faire Fran­çois Hol­lande hier est tout sim­ple­ment un coup de force. Cons­ta­tant que sa grâce par­tielle ac­cor­dée en jan­vier n’avait pas suf­fi à convaincre les juges concer­nés de faire le reste du che­min de­vant conduire à la li­bé­ra­tion de Jac­que­line Sau­vage, le pré­sident a sor­ti l’ar­tille­rie lourde : la grâce to­tale. Telle est sa dé­ci­sion – on n’ose dire « son bon plai­sir » – et, en l’es­pèce, il n’a de comptes à rendre à per­sonne. Adieu le « Cul­bu­to », voi­ci « Fran­çois le Juste », qui a bien fait d’user du droit de grâce qu’il vou­lait sup­pri­mer il y a dix ans ! En­core un ou deux coups d’éclat de ce genre, et sa cote de po­pu­la­ri­té va re­trou­ver un ni­veau à lui faire re­gret­ter sa re­non­cia­tion du 1er dé­cembre…

Bien sûr, il se trouve des es­prits cha­grins, es­sen­tiel­le­ment dans la ma­gis­tra­ture et chez les spé­cia­listes du droit pé­nal, pour ex­pli­quer que le pré­sident vient de ba­fouer à la fois la sé­pa­ra­tion des pou­voirs et deux ver­dicts suc­ces­sifs de ju­rys po­pu­laires, et que cette grâce to­tale est une in­ci­ta­tion pour les femmes bat­tues à oc­cire leur tor­tion­naire. Mais cette vi­sion­ là place la lo­gique « ju­ri­diste » au­des­sus de tout, et no­tam­ment au­des­sus des ter­ribles ta­bas­sages in­fli­gés par les ma­ris ou conjoints vio­lents.

« Jac­que­line Sau­vage n’a pas agi en état de lé­gi­time dé­fense au sens de la loi, elle est donc une meur­trière », ex­pliquent peu ou prou de doctes pé­na­listes. Alors, puisque les po­li­ciers ont ob­te­nu que soient chan­gées les règles ré­gis­sant « leur » lé­gi­time dé­fense, pour­quoi ne pour­rait­il pas en être de même pour les femmes bat­tues, via la ju­ris­pru­dence ou la loi ? Il est grand temps que la peur, dans ces af­freuses af­faires, soit aus­si dans le camp du bour­reau. La dé­ci­sion d’hier y contri­bue.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.