SI C’EST VOTRE ANNIVERSAIRE AU­JOURD’HUI

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

De­puis que la pe­tite Su­zanne est ar­ri­vée aux Croi­settes, Al­ber­tine dit que c’est « un bé­bé sans vie ». Elle dort, som­nole, reste inerte dans son ber­ceau pen­dant des heures et se montre très in­ex­pres­sive pen­dant ses mo­ments de veille. Au­cune évo­lu­tion. Elle vé­gète dans

Par­ta­gez votre bonne hu­meur et votre

en­thou­siasme. Vos proches en ont be­soin. Les en­fants nés en ce jour se­ront créa­tifs. l’état où elle se trou­vait en quit­tant Pa­ris. – Elle s’est à peu près ha­bi­tuée au sein, mais il faut la ré­veiller à chaque té­tée, mau­grée Al­ber­tine. C’est pas nor­mal. De fait, le poids du bé­bé stagne. Su­zanne sur­vit plus qu’elle ne vit. Jeanne, elle, va mieux. Sa ro­buste consti­tu­tion l’aide à sur­mon­ter l’épreuve. Vingt-quatre heures après les pre­mières prises de mé­di­ca­ments, les diar­rhées di­mi­nuent et les vo­mis­se­ments cessent. En plus des té­tées, elle ac­cepte des bi­be­rons d’eau su­crée si bien qu’elle com­mence à se ré­hy­dra­ter. Ro­sine, que l’in­quié­tude pousse à faire plu­sieurs fois par jour le test du « pli cu­ta­né » in­di­qué par le doc­teur, voit avec sou­la­ge­ment la peau re­ga­gner en élas­ti­ci­té. La soi­rée s’avance. L’hor­loge a son­né 10 heures et de­mie. Pierre dort dans son pe­tit lit ins­tal­lé près de l’al­côve. Al­ber­tine a rac­com­mo­dé des vê­te­ments usés à la lu­mière du jour jus­qu’à la der­nière mi­nute. Il fait main­te­nant nuit noire et elle al­lume la lampe à pé­trole. Ro­sine em­brasse Pierre en­dor­mi et s’ap­prête à don­ner aux deux pe­tites la der­nière té­tée de la jour­née. – Tu peux al­ler au lit, dit-elle à Al­ber­tine. Je leur donne à boire et je me couche. Je n’en peux plus. Al­ber­tine s’en­ferme dans l’al­côve, seul mi­nus­cule en­droit pri­vé dont elle dis­pose. Ro­sine prend la lampe et entre dans la chambre où, main­te­nant que Jeanne va mieux, on a re­mis les deux ber­ceaux. Une fois de plus, la jour­née a été épui­sante pour Ro­sine et la fa­tigue ac­cu­mu­lée rend la soi­rée pé­nible. Elle ne tient plus de­bout. Elle prend Jeanne, s’al­longe sur le grand lit, se cale le dos avec des oreillers et dé­couvre sa poi­trine. Jeanne est ra­pide. Elle boit en dix mi­nutes et à peine a-t-elle lâ­ché le sein qu’elle s’en­dort comme une souche. Se re­le­ver pour la chan­ger et la cou­cher brise la douce quié­tude et coûte à Ro­sine. Elle em­brasse l’en­fant et la couvre soi­gneu­se­ment. « À de­main, mon tré­sor. Toi, tu fais tes nuits de­puis la fin de ton pre­mier mois. Je sais que tu vas me lais­ser me re­po­ser jus­qu’à 6 heures de­main ma­tin. Dors bien. En­suite, il faut en­core faire boire Su­zanne. Une vé­ri­table cor­vée. L’en­fant n’est ni vrai­ment en­dor­mie parce qu’elle en­trouvre les yeux ni fran­che­ment ré­veillée parce qu’elle ne ré­clame pas. Ro­sine l’ex­trait de son ber­ceau. La pe­tite tête roule et Ro­sine prend la pré­cau­tion de sou­te­nir la nuque pour qu’elle ne bas­cule pas en ar­rière lors­qu’elle s’ins­talle à nou­veau sur son lit. Une fois au sein, comme à son ha­bi­tude, Su­zanne som­nole et té­touille avec mol­lesse. Il lui faut du temps, beau­coup de temps. Ac­cro­chée au mur qui lui fait face, il y a la photo de Jo­seph dont le vi­sage ap­pa­raît dans la faible lu­mière dif­fu­sée par la lampe.

(à suivre)

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