Une femme tuée tous les trois jours

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

Le cas de Jac­que­line Sau­vage de­vra se tra­duire par une am­pli­fi­ca­tion de la lutte contre les vio­lences faites aux femmes, plaident les fé­mi­nistes à l’ap­proche des échéances élec­to­rales.

« On en­tend dire à lon­gueur de jour­née qu’elle n’avait qu’à par­tir et por­ter plainte, mais c’est avoir une mé­con­nais­sance forte de ce que sont les vio­lences », sou­ligne la porte­pa­role d’« Osez le fé­mi­nisme ».

La psy­chiatre Mu­riel Sal­mo­na, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion « Mé­moire trau­ma­tique et vic­ti­mo­lo­gie », sou­ligne l’im­por­tance des « phé­no­mènes psy­cho­trau­ma­tiques et d’em­prise ».

« Les vio­lences sont à l’ori­gine d’un phé­no­mène neu­ro­bio­lo­gique, qui en­traîne si­dé­ra­tion et dis­so­cia­tion », ex­plique­t­elle. Il y a une « dé­con­nexion émo­tion­nelle » qui « anes­thé­sie » la vic­time et l’em­pêche de se pro­té­ger en al­lant cher­cher de l’aide à l’ex­té­rieur.

220.000 vic­times

Dans un rap­port adop­té en fé­vrier 2016 par la dé­lé­ga­tion aux Droits des femmes de l’As­sem­blée, la dé­pu­tée PS Pas­cale Cro­zon a PRÉ­VEN­TION. Cam­pagnes d’in­for­ma­tion, édu­ca­tion à l’éga­li­té femmes/hommes dès le plus jeune âge.

re­com­man­dé de mieux prendre en compte cette no­tion d’em­prise. C’est éga­le­ment l’ob­jet d’une pro­po­si­tion de loi dé­po­sée en mars par la dé­pu­tée LR Va­lé­rie Boyer.

Un autre frein au dé­part est la dé­pen­dance éco­no­mique dans la­quelle se trouvent sou­vent les vic­times vis­à­vis de leur conjoint violent.

Chaque an­née, 220.000 femmes sont vic­times de vio­lences conju­gales. En 2015, 122 femmes sont dé­cé­dées, vic­times de leurs conjoints, com­pa­gnons ou « ex », soit une tous les trois jours.

Le 5e plan de lutte contre les vio­lences faites aux femmes, pré­sen­té par la mi­nistre Lau­rence Ros­si­gnol en no­vembre, a pré­vu de dou­bler, à en­vi­ron 125 mil­lions d’eu­ros sur trois ans, les moyens consa­crés à la pré­ven­tion des vio­lences et à l’ac­com­pa­gne­ment des vic­times.

« Ce plan est très am­bi­tieux mais les vio­lences sont d’une telle am­pleur qu’il faut dé­blo­quer beau­coup plus de moyens », es­time la porte­pa­role d’« Osez le fé­mi­nisme », af­fir­mant que « rien qu’à Mon­tréal, il existe plus de places d’hé­ber­ge­ment pour les femmes vic­times de vio­lences que dans la France en­tière ». De plus, ce plan por­tant sur la pé­riode 2017­2019, il reste à voir s’il se­ra bien do­té des fonds an­non­cés après l’élec­tion pré­si­den­tielle.

« Au­cun can­di­dat ne fait de la ques­tion de la lutte contre les vio­lences un en­jeu de cam­pagne », re­grette­t­elle. « Con­crè­te­ment, com­bien les po­li­tiques sont­ils prêts à mettre sur la table pour lut­ter contre les vio­lences? »

Des avan­cées

Ces der­nières an­nées, l’ar­se­nal a été ren­for­cé: or­don­nance de pro­tec­tion en 2010, évic­tion du conjoint violent du do­mi­cile ou en­core gé­né­ra­li­sa­tion des té­lé­phones grand dan­ger pen­dant le quin­quen­nat Hollande.

La for­ma­tion des pro­fes­sion­nels a aus­si été amé­lio­rée. Le doc­teur Sal­mo­na re­grette ce­pen­dant que les mé­de­cins, qui sont « en pre­mière ligne » pour dé­tec­ter les vio­lences, ne soient « pas for­més pen­dant leurs études ini­tiales en psy­cho­trau­ma­to­lo­gie, réa­li­té des vio­lences et leurs consé­quences sur la san­té ». ■

PHOTO AFP

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