Une conteuse et des lé­gendes

La Montagne (Vichy) - - Actualité - Da­vid Al­li­gnon da­vid.al­li­gnon@cen­tre­france.com

La ré­édi­tion des « Contes et lé­gendes d’Au­vergne », de Ma­rie-Ai­mée Mé­ra­ville, en­ri­chie de contes et do­cu­ments in­édits, est le fruit d’une ren­contre entre l’his­to­rien Joël Fouil­he­ron et l’au­teure, il y a de ce­la cinquante-six ans.

«La pre­mière chose que l’on re­mar­quait chez Ma­rieAi­mée Mé­ra­ville était son re­gard ca­ché der­rière d’épaisses lu­nettes. Elle avait un re­gard de myope, et vous re­gar­dait sans vous re­gar­der, ce qui était tout à fait su­blime, parce qu’on sui­vait plu­tôt la voix que les yeux. » L’uni­ver­si­taire spé­cia­li­sé dans l’his­toire des croyances et des men­ta­li­tés Joël Fouil­he­ron, alors étu­diant en khâgne, ren­contre, à la toute fin des an­nées 1950 à Saint­Flour, celle qui va à ja­mais mar­quer sa vie. Ma­rie­Ai­mée Mé­ra­ville, ins­ti­tu­trice pas­sion­née de lit­té­ra­ture, va lui ré­vé­ler des au­teurs jus­qu’alors in­con­nus. « En khâgne, on ne par­lait pas de Ka­the­rine Mans­field, ni de Ni­co­las Go­gol. »

Pleine de vie, d’éner­gie, elle par­ta­geait sa soif de lec­ture et dis­tri­buait des livres à ses élèves et aux per­sonnes qui ve­naient la voir. Après sa mort en 1963, il s’in­té­resse à son oeuvre im­mense et col­la­

bore à la pu­bli­ca­tion d’un nu­mé­ro spé­cial de la « Revue de la Haute Au­vergne », puis à deux édi­tions suc­ces­sives des Contes et lé­gendes d’Au­vergne.

En 2005, une ré­édi­tion de l’ou­vrage ma­jeur de

l’au­teure can­ta­lienne est mise en chan­tier. Da­nielle Mé­ra­ville, nièce de Ma­rieAi­mée, lui confie le soin de s’en oc­cu­per. Le tra­vail est co­los­sal et ras­semble la to­ta­li­té de son oeuvre eth­no­gra­phique (té­moi­ gnages de la vie ru­rale d’au­tre­fois, re­cherche sur la langue et sur les contes). « Tout est là, ré­sume l’uni­ver­si­taire, nous sommes pas­sés de 26 contes au dé­part à plus de 44 à pré­sent. » Les Contes et lé­gendes d’Au­vergne, pa­rus en 1956, comp­taient 200 pages. L’édi­tion de 2016 en ad­di­tionne 664 !

Le sens de l’anecdote

En conteuse aguer­rie, Ma­rie­Ai­mée Mé­ra­ville adapte le ré­cit à l’au­di­toire. Des dé­tails changent bien que l’in­trigue gé­né­rale et le ré­cit soient iden­tiques. Elle re­nou­velle le conte. L’ou­vrage ras­semble toute une part d’in­édits, les sources écrites des contes et les ver­sions suc­ces­sives de l’au­teure. Dont les sources d’ins­pi­ra­tion sont par­fois in­at­ten­dues. « À Saint­Flour, elle avait une coif­feuse at­ti­trée nom­mée Ma­ri­nette. C’était une fief­fée langue. Elle ra­con­tait beau­coup de pe­tites his­toires sur les dames et les hommes de Saint­Flour (rires). Ma­rieAi­mée sa­vait, à par­tir d’une anecdote, faire vivre les per­son­nages, l’his­toire pour cap­ti­ver son au­di­toire. D’un rien, elle fai­sait quelque chose qui in­té­res­sait, pas­sion­nait et re­te­nait l’at­ten­tion. C’était une conteuse née. »

Ou­vrir ces Contes et lé­gendes d’Au­vergne, et lire à haute voix l’une des his­toires nées sous la plume de Ma­rie­Ai­mée Mé­ra­ville, c’est lui rendre un peu de ce qu’elle a don­né. ■

INS­TI­TU­TRICE. Ma­rie-Ai­mée Mé­ra­ville, éprise des livres.

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