Le Cléac’h, nuit blanche et Pot-au-Noir

La Montagne (Vichy) - - Sports Voile - Ar­naud Clergue Twit­ter : @ar­naud_­clergue

Nous avons joint, hier mi­di, Ar­mel Le Cléac’h en di­rect de son ba­teau Banque Po­pu­laire VIII, au large du Bré­sil. L’ac­tuel lea­der du Ven­dée Globe se veut po­si­tif mal­gré la fa­tigue, les dif­fi­cul­tés liées à l’ab­sence de vent et la perte de sa confor­table avance sur son pour­sui­vant Alex Thom­son. Le Bre­ton veut tout mettre en oeuvre pour bas­cu­ler en tête au fa­meux Pot-au-Noir. ■ Vous en­ta­mez votre 54e jour en mer. Pre­mière ques­tion… Com­ment va le mo­ral ? Le mo­ral ça va. On a eu ef­fec­ti­ve­ment cin­quante jours en mer. On a ef­fec­tué les deux tiers du par­cours, on se rap­proche donc main­te­nant des Sables d’Olonne. C’est bon signe. On est dans la re­mon­tée de l’Atlantique donc le mo­ral va bien. Même si ces der­niers jours n’ont pas été fa­ciles en termes de mé­téo d’une part mais aus­si à cause d’une avance que j’avais construite dans les mers du Sud et qui a qua­si­ment dis­pa­ru. Main­te­nant j’es­père en re­prendre un peu.

Le Pot­au­Noir et l’an­ti­cy­clone des Açores… les der­niers pièges

■ La perte de cette avance de 800 milles que vous aviez en­core il y a une se­maine sur Alex Thom­son, n’est-ce pas trop dif­fi­cile à ac­cep­ter ? C’est sûr que c’est dif­fi­cile à ac­cep­ter. Mais j’avais com­pris la si­tua­tion il y a quelques jours dé­jà. C’est plus à ce mo­ment­là où ce­la a été dur. C’était com­pli­qué de vivre ça. Au prix de beau­coup d’ef­forts, j’avais réus­si à ga­gner ces 800 milles d’avance avant le Cap

Horn. Et main­te­nant de voir la mé­téo qui n’est pas du tout pour moi… C’est dur à ac­cep­ter mais bon il faut faire avec. La course ne s’ar­rête pas là. Il ne faut pas res­ter les bras croi­sés et at­tendre que ça se passe. On se re­mo­tive à force de pe­tites choses, de pe­tites avan­cées. Il y a vrai­ment moyen de re­prendre l’avan­tage. L’ob­jec­tif étant tou­jours d’ar­ri­ver 1 aux Sables d’Olonne. Pour le mo­ment, je ne suis pas der­rière. Il faut res­ter po­si­tif. ■ Ce ven­dre­di ma­tin (hier), vous êtes sor­ti de cette zone an­ti­cy­clo­nique sans vent, après avoir ma­noeu­vré toute la nuit, il y a donc du mieux… Oui exac­te­ment. C’était ef­fec­ti­ve­ment un peu com­pli­qué. Je n’ai pas beau­coup dor­mi. Là, j’étais en train de dor­mir pour es­sayer de ré­cu­pé­rer de ces der­nières heures. C’était très fa­ti­gant. Il a fal­lu en ef­fet sor­tir de cette zone de ma­rasme sans vent. J’ai es­sayé d’avan­cer mètre par mètre et de pro­gres­ser vers le nord pour échap­per à cette zone. Ça m’a per­mis de ga­gner de pré­cieux milles pour pou­voir ré­cu­pé­rer du vent. Et

de­puis ça avance pas mal. On va pas­ser main­te­nant à l’étape sui­vante avec des condi­tions de vents contraires. Ça va être un autre mode de vie. On va beau­coup « pen­cher » et avan­cer à 10­12 noeuds. ■ Le Ven­dée Globe est-il en train de se jouer ? En tout cas ce qui est dé­ci­sif, c’est ce qu’il se passe en ce mo­ment. Ce­la va dé­pendre pen­dant com­bien de temps Hu­go Boss (le ba­teau de son concur­rent di­rect Alex Thom­son) va res­ter coin­cé dans la bulle. Ce­la va être un élé­ment im­por­tant. Il y au­ra aus­si le cap Frio (état de Rio de Ja­nei­ro, Bré­sil) dans quelques jours. On ver­ra les écarts qu’il y au­ra entre lui et moi dans cette route de vi­tesse. C’est un pre­mier pas­sage stra­té­gique en vue de la fin de course.

En­suite il y au­ra deux points clé pour moi : le pas­sage du Pot­au­Noir en dé­but d’an­née et l’an­ti­cy­clone des Açores que l’on ren­con­tre­ra dans l’Atlantique Nord. Se­lon sa po­si­tion, il dé­ter­mi­ne­ra la stra­té­gie des der­niers jours. Ce se­ra le der­nier élé­ment com­pli­qué en vue du clas­se­ment.

■ Cette bataille que vous li­vrez ac­tuel­le­ment avec Alex Thom­son rap­pelle celle que vous aviez eue avec Fran­çois Ga­bart lors de l’édi­tion 2012 (Ar­mel Le Cléac’h avait ter­mi­né 2e à seule­ment 3 heures de Fran­çois Ga­bart). Estce que vous re­pen­sez à scé­na­rio ? C’est un pe­tit peu dif­fé­rent de ce que j’ai vé­cu avec Fran­çois. On était ef­fec­ti­ve­ment vrai­ment com­pact pen­dant deux mois de course. On était tout le temps sé­pa­rés seule­ment de 40 à 50 milles. On al­ter­nait la tête de course. Là, j’ai me­né la course ces trois der­nières se­maines. J’avais une avance confor­table au Cap Horn. On ne vit pas la même course à ce mo­ment­là. On a moins de pres­sion, moins de stress quand un concur­rent est as­sez loin der­rière.

Là c’est vrai que ces der­nières heures sont un peu com­pli­quées. On ver­ra quels sont les écarts. Mais il va fal­loir se battre vrai­ment. Chaque mille ga­gné va être im­por­tant. Main­te­nant je ne re­fais pas le scé­na­rio d’il y a quatre ans. J’es­saye d’avan­cer au jour le jour. Pen­dant quatre ans, j’ai fait l’ef­fort

de ne pas res­sas­ser les mau­vais choix que j’avais pu faire en 2012. Il faut avan­cer. C’est im­por­tant pour al­ler cher­cher la vic­toire. On va es­sayer de construire ce­la dans les pro­chains jours. Et ça com­mence au­jourd’hui, puis de­main, puis les jours sui­vants... ■ Ce scé­na­rio à cou­teaux ti­rés avec Alex Thom­son vous oblige à res­ter sur le qui-vive 24 heures sur 24... Les pro­chains jours vont être un peu plus in­tenses, c’est cer­tain. Les écarts se sont res­ser­rés. À l’échelle du par­cours il nous reste une tra­ver­sée de l’Atlantique. Au fond, nous avons dé­jà

fait des courses comme ce­la, entre le Bré­sil et l’Eu­rope dans le sens oues­test. C’est comme si l’on fai­sait une « Tran­sat’» fi­na­le­ment. On part pour une nou­velle course. On va faire les choses les unes après les autres, mais plus en mode « Ven­dée Globe », mais plu­tôt en mode ré­gate. ■

➔ Le point sur la course. Ar­mel Le Cléac’h (Banque po­pu­laire VIII )a re­pris du ter­rain sur son pour­sui­vant Alex Thom­son (Hu­go Boss) et dis­po­sait de plus de 130 milles d’avance hier soir, alors que Jean-Pierre Dick (St Mi­chel-Vir­bac), Jean Le Cam (Fi­nis­tère Mer Vent) et Yann Eliès (Qué­gui­nerLeu­cé­mie Es­poir) ont fran­chi le Cap Horn.

PHO­TOS VINCENT CURUTCHET/BPCE

MA­NOEUVRES. Ar­mel Le Cléac’h n’a pas énor­mé­ment dor­mi ces der­niers jours. Il a tout ten­té pour se sor­tir d’une cel­lule an­ti­cy­clo­nique qui l’em­pê­chait d’avan­cer. Hier ma­tin, au prix de gros ef­forts, le Bre­ton a pu à nou­veau creu­ser l’écart avec son pour­sui­vant di­rect Alex Thom­son.

« Ce qu’il se passe en ce mo­ment est dé­ci­sif ». AR­MEL LE CLÉAC’H.

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