La pe­tite guerre froide

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com BER­NARD STÉPHAN

Vla­di­mir Pou­tine im­pose son jeu, le feu et le ces­sez­le­feu. Et jus­qu’à hier en fin de ma­ti­née, avec un pro­jet d’ex­pul­sions ré­ci­proques de di­plo­mates, on croyait à un re­make du Pont des es­pions, le film de Ste­ven Spiel­berg. Mais tout a chan­gé dans l’après­mi­di. Le pré­sident russe, ma­gna­nime, dans un élan de fausse man­sué­tude, ap­pli­quant le vieil adage se­lon le­quel on ne fait pas à son en­ne­mi ce qu’on ne vou­drait pas qu’il vous fasse, a an­nu­lé l’es­prit de ré­ci­pro­ci­té, cet « oeil pour oeil, dent pour dent » qui était bien la marque de la guerre froide au temps de l’Union So­vié­tique.

2016 au­ra bien été l’an­née Pou­tine. Le chef du Krem­lin a don­né le ton dans une zone géo­gra­phique peu ou prou ré­gion d’in­fluence de la Russie. Que ce soit aux fron­tières de l’ex­Em­pire avec l’an­nexion de la Cri­mée, que ce soit chez ses al­liés avec la Sy­rie dont il vient de sau­ver le ré­gime de l’ef­fon­dre­ment. Et, tel un joueur d’échecs, il an­ti­cipe plu­sieurs coups, nouant une al­liance avec l’Iran, avec les pays du Golfe et se ré­con­ci­liant aus­si avec la Tur­quie.

Mais au-de­là de son in­fluence ré­gio­nale, Vla­di­mir Pou­tine pro­fite de l’es­pace li­bé­ré par les États­Unis. Ba­rack Oba­ma avait op­té pour le re­pli et pour l’aban­don de la stra­té­gie d’in­ter­ven­tion­nisme tous azi­muts. Mais la guerre d’in­fluence ap­pelle tou­jours à com­bler les vides. Ce qu’a fait Mos­cou avec un sou­ci de po­li­tique in­té­rieure : re­le­ver la tête, re­don­ner sens à la fier­té russe, flat­ter le na­tio­na­lisme d’une Russie blanche, or­tho­doxe et nos­tal­gique de la gran­deur.

Le maître du Krem­lin a aus­si pro­fi­té d’une se­conde fai­blesse : celle de l’Eu­rope. Celle­ci a été in­ca­pable d’af­fi­cher une po­li­tique étran­gère com­mune, di­vi­sée qu’elle est par le Brexit et par les ten­ta­tions eu­ro­phobes de pays de l’an­cien bloc de l’Est. Dé­sor­mais, Vla­di­mir Pou­tine af­fiche des pos­tures. Il at­ten­dra le chan­ge­ment de pré­sident aux États­Unis pour po­ser un pre­mier jeu sé­rieux sur la table. Et il at­ten­dra les élec­tions en France et en Al­le­magne pour ou­vrir la to­ta­li­té de ce jeu. D’ici là, il do­mine la par­tie, libre de pré­pa­rer l’ave­nir de la Sy­rie et de né­go­cier au plan com­mer­cial avec la Chine et le Ja­pon.

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