LIBRES PRO­POS

La Montagne (Vichy) - - Jeux -

La der­nière mi­nute du 31 dé­cembre 2016 du­re­ra 61 se­condes. Une his­toire de se­conde in­ter­ca­laire, ajus­te­ment pour te­nir compte du ra­len­tis­se­ment de la ro­ta­tion de la terre.

Un truc com­pli­qué que les ex­perts ont du mal à ex­pli­quer. Mais II y au­ra bien une se­conde de plus avant de pas­ser à l’an­nee sui­vante. Une se­conde, c’est rien, mais mieux que rien. Le temps de res­pi­rer. De re­te­nir des re­grets, des voeux, des sou­ve­nirs, des es­pé­rances. Un es­pace pour se sou­ve­nir de ce que l’on a fait et de ce qui reste à faire. C’est très court une se­conde mais ça suf­fit pour prendre le pouls du monde, s’in­ter­ro­ger sur les chan­ge­ments qui s’an­noncent, sur les dan­gers nou­veaux, sur ces puis­sants, élus ou tou­jours au pou­voir, en train de chan­ger l’équi­libre des forces, pour s’aper­ce­voir que notre pays va mieux, que le Pré­sident qui va s’en al­ler est un hon­nête homme qui a es­sayé de faire bou­ger les lignes dures d’une so­cié­té qui parle de ré­vo­lu­tion, mais s’ac­croche à des chi­mères, qui hurle contre les conser­va­teurs mais peut se lais­ser sé­duire par des ré­ac­tion­naires.

Une se­conde ! Pen­sez­y. C’est ce qu’il faut pour dire « Je t’aime » ou « Je te hais », c’est un souffle qui passe et qui per­met de rê­ver à des len­de­mains plus justes. Une se­conde, c’est ce qu’il faut pour appuyer sur une gâ­chette nu­cléaire. C’est un laps de temps pour dire non ou oui, pour être ce­lui qui se bat ou ce­lui qui se met en re­trait, ce­lui qui com­mente et ri­cane.

D’une an­née à l’autre, le pas­sage est fac­tice se­lon les fu­seaux ho­raires, se­lon les nuits étoi­lées de l’océan In­dien ou les jours sans lu­mière du ciel des fo­rêts de Fin­lande.

Nous ve­nons de vivre une an­née plus une se­conde, de choses tristes, de mo­ments gais, de morts et de naissances, une an­née de pa­roles et de dis­cours, trois cent soixante­cinq jours égre­nés par des ré­seaux mé­dia­tiques où la rumeur équi­vaut à la réa­li­té. Nous avons une simple se­conde en trop, mais c’est suf­fi­sant pour se don­ner la pos­si­bi­li­té de trier in ex­tre­mis entre I’éphé­mère et le du­rable. Pour se convaincre que de­main les jours peuvent être do­mi­nés par des idées re­ve­nues du pas­sé où l’étran­ger est l’en­ne­mi, où l’égoïsme na­tio­nal conduit à l’élé­va­tion des murs et des bar­be­lés.

La pla­nète a be­soin d’une se­conde de plus pour ajus­ter son temps uni­ver­sel mais elle a plus que ja­mais be­soin que les peuples qui la com­posent ré­sistent à ses chefs me­na­çants qui font des armes et des conquêtes mi­li­taires san­glantes une pers­pec­tive si noire pour les gé­né­ra­tions à ve­nir tan­dis que la Terre en son cli­mat montre des signes ac­ca­blants.

En­core une se­conde, s’il vous plaît, pour ré­flé­chir et pré­pa­rer les choix à faire pour de­main… ■

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