Ren­con­trer, écou­ter et ac­com­pa­gner !

Les édu­ca­teurs de rue de la pré­ven­tion spé­cia­li­sée sillonnent Vi­chy de­puis plus de 35 ans. Ils sont quatre et pour­tant, leur mis­sion et leur pré­sence res­tent in­con­nues pour un grand nombre d’ha­bi­tants.

La Montagne (Vichy) - - Vichy Vivre Sa Ville - Ni­co­las Jac­quet

Rompre avec l’iso­le­ment et res­tau­rer le lien so­cial au­près des jeunes de 11 à 25 ans. Voi­ci la mis­sion confiée aux membres de la pré­ven­tion spé­cia­li­sée, en France, à par­tir des an­nées 60. À Vi­chy, les édu­ca­teurs de rue ont fait leur ap­pa­ri­tion à la fin des an­nées 80. Ils sont quatre ac­tuel­le­ment pour cou­vrir une zone com­prise sur trois villes, Vi­chy, Cusset et Bellerive.

« Notre mis­sion est d’al­ler au contact des po­pu­la­tions, en se concen­trant sur les quar­tiers prio­ri­taires, confie Cy­rille Mo­rand, édu­ca­teur de rue de­puis plus de 10 ans, à Vi­chy. Ces zones sont les Ailes et coeur d’ag­glo, c’est­à­dire de Presles à la gare, donc sur Vi­chy et Cusset à la fois. Mais pas seule­ment. »

La mis­sion de la pré­ven­tion spé­cia­li­sée re­pose sur trois pi­liers fon­da­teurs : l’ano­ny­mat, la libre adhé­sion des per­sonnes et l’ab­sence de man­dat in­di­vi­duel ad­mi­nis­tra­tif et ju­di­ciaire.

« Notre mé­tier, c’est d’al­ler à la ren­contre des jeunes. Les pa­rents peuvent nous contac­ter mais dans 95 % des cas, on va à la ren­contre des en­fants nous­même. Ce qui nous in­té­resse, si

les pa­rents nous ap­pellent, ce n’est pas de par­ler avec eux, on va à la ren­contre du jeune. C’est créer un lien. »

Cette étape est pri­mor­diale mais, se­lon les édu­ca­teurs, elle peut prendre des jours, des se­maines.

« Au fil du temps, les ren­contres se font. Il faut que le jeune réus­sisse à for­mu­ler une de­mande d’aide sur tel ou tel as­

pect de sa vie. Mais ce n’est pas simple. À force de grat­ter, cer­taines pro­blé­ma­tiques ré­vèlent de vrais po­ten­tiels. Notre so­cié­té re­tient les dys­fonc­tion­ne­ments, pas les souf­frances si­len­cieuses. »

Le tra­vail des édu­ca­teurs n’est pas de faire à la place de. Au contraire, ils sont là pour orien­ter, re­mettre le pied à l’étrier. C’est une mis­sion d’ac­com­pa­ gne­ment. Il peut abor­der la sco­la­ri­té, l’em­ploi, l’édu­ca­tion et la pa­ren­ta­li­té, le lo­ge­ment, les soins, les de­mandes ad­mi­nis­tra­tives…

Ac­com­pa­gner vers une au­to­no­mie

« On est là pen­dant quelques se­maines, quelques mois, pour per­mettre à la per­sonne d’évo­luer. On tra­vaille par sé­quences dans la vie des gens. Notre but est d’ac­com­pa­gner vers une au­to­no­mie. La plus belle ré­com­pense, c’est que la per­sonne puisse faire ses dé­marches toute seule. On joue un rôle de mé­dia­teur entre des jeunes qui pensent être mal ac­cueillis par les ins­ti­tu­tions et, des ins­ti­tu­tions qui par­fois peinent à les com­prendre. On les met éga­le­ment en re­la­tion avec des em­ployeurs. Cer­taines fois, ce­lui qui n’était pas ca­pable de se fixer trois jours dans une en­tre­prise peut tis­ser un lien avec un pa­tron et s’épa­nouir. Dans ce cas, on se re­tire sur la pointe des pieds. »

Cette si­tua­tion n’est pas quo­ti­dienne mais, sans l’ac­tion de ces édu­ca­teurs, elle n’au­rait ja­mais lieu. C’est un com­bat per­ma­nent afin de rat­ta­cher des jeunes aux wa­gons d’une so­cié­té dans la­quelle ils ne trouvent pas leur voie.

« Ce se­rait illu­soire de pen­ser qu’on aborde la pro­blé­ma­tique de fond. On par­tage des mo­ments avec des per­sonnes qui, par­fois, vont nous par­ler de leur si­tua­tion. » ■

« Cer­taines pro­blé­ma­tiques ré­vèlent des vrais po­ten­tiels »

PHO­TOS EMERIC ENAUD

PAR­TAGE. Jo­na­than Foix (deuxième en par­tant de la droite) est édu­ca­teur à Vi­chy de­puis un an. Dans le quar­tier de Presles, il a ins­tau­ré une com­pli­ci­té avec des jeunes dont l’en­vie de réus­sir ne fait pas de doute.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.