Ar­thur Itur­ria, pe­tit il était dé­jà géant

Les re­cru­teurs du centre de for­ma­tion de l’ASM se sont in­té­res­sés au deuxième ligne basque alors qu’il n’avait que 14 ans. Et ce, grâce à un édu­ca­teur au­ver­gnat, Gilles Pe­tit, ex­pa­trié à Pau entre 2006 et 2010.

La Montagne (Vichy) - - Tsop P Or1t4s Friungabley - Ch­ris­tophe Bu­ron

Il était une fois... la (belle) his­toire d’Ar­thur Itur­ria, qui illustre bien le des­tin de cha­cun. À quoi ça tient ! Le par­cours d’un homme, les che­mins qu’il em­prunte, les ter­ri­toires qu’il dé­couvre alors que, au fond de lui, le deuxième ligne de Cler­mont est un ca­sa­nier qui ne se voyait pas quit­ter son pays Basque ché­ri.

Il a suf­fi qu’un pas­sion­né et édu­ca­teur de rug­by ayant fait ses classes à Is­soire et en Au­vergne prenne la di­rec­tion spor­tive d’un club de Fé­dé­rale au coeur du Béarn. Gilles Pe­tit tra­vaillait à Pau, avec le père d’Ar­thur Itur­ria, quand il est de­ve­nu, pen­dant quatre ans à la fin des an­nées 2000, res­pon­sable des équipes de Mor­laàs dans les Py­ré­nées­At­lan­tiques. Très vite, il re­marque un « grand da­dais » de 13 ans, plu­tôt co­or­don­né et pas mal­adroit du tout de ses mains.

« Étant proche de son père, j’ai eu un oeil par­ti­cu­lier pour Ar­thur quand je su­per­vi­sais les en­traî­ne­ments des équipes de jeunes. Je sa­vais qu’il jouait beau­coup à la pe­lote basque et j’ai tout de suite per­çu, dans ses at­ti­tudes, les gestes qui font qu’un jeune, mal­gré sa grande taille, est à l’aise du haut du corps. Pour moi, c’était une évi­dence que son po­ten­tiel était grand », ra­conte l’ac­tuel en­traî­neur des moins de 26 ans du Co­mi­té d’Au­vergne.

Gilles Pe­tit parle du « pe­tit » phé­no­mène à Sam Che­rouk, une des che­villes ou­vrières du centre de for­ma­tion de l’ASM. Cette dis­cus­sion a lieu dans le Béarn, un peu par ha­sard.

Che­rouk se sou­vient. « J’étais sur un tour­noi de jeunes à Tar­ ÉNORME. Sa­me­di der­nier face au Ra­cing, Ar­thur Itur­ria a très sou­vent pla­né au-des­sus de la mê­lée.

bes quand Gilles Pe­tit m’a in­vi­té à boire l’apé­ro à Mor­laàs. J’ai ain­si as­sis­té à un en­traî­ne­ment de jeunes. Gilles m’a dit “re­garde bien ce ga­min”. Au bout de 5 mi­nutes, j’ai com­pris qu’il avait quelque chose. Ar­thur avait juste 14 ans et il s’en­traî­nait avec des gar­çons qui avaient un an de plus. Il était dé­jà très grand, il se dé­pla­çait bien et il était su­per­doué avec le bal­lon ».

La pre­mière im­pres­sion de Gilles Pe­tit est donc va­li­dée par Sam Che­rouk qui, dès lors, n’au­ra qu’un ob­jec­tif. « L’in­vi­ter avec son père à Cler­mont pour vi­si­ter le centre de for­ma­tion. On a conve­nu qu’il de­vait faire le Sport Études à Bayonne et qu’il vienne en­suite chez nous à 17 ans. »

Ar­thur ar­rive donc en Au­vergne, fait ses classes en Es­poirs puis goûte aux pros, la sai­son

der­nière, avec une pre­mière et unique ti­tu­la­ri­sa­tion pour dix feuilles de matchs. Le po­ten­tiel est évident, il res­tait à ce joueur au ga­ba­rit un peu aty­pique à confir­mer tous les es­poirs pla­cés en lui.

Au­jourd’hui, le con­trat est plus que rem­pli puis­qu’il au­ra joué tous les matchs de phases fi­nales de l’ASM, Coupe d’Eu­rope et Top 14. La pré­sence d’Ar­thur Itur­ria dans le quinze de dé­part de l’ar­ma­da cler­mon­toise ne se dis­cute plus. Et sa pres­ta­tion, sa­me­di der­nier à Mar­seille, a com­plè­te­ment ré­glé la ques­tion. « On a vu, no­tam­ment sur ce match, que tout ce qu’il touche se trans­forme en or. Il a deux gestes for­mi­dables sur les ac­tions des deux pre­miers es­sais de Pe­naud et Lo­pez », sou­ligne, ad­mi­ra­tif, Gilles Pe­tit.

Ar­thur Itur­ria a néan­moins connu quelques mo­ments dif­fi­

ciles. En fi­nale de Coupe d’Eu­rope, il a sem­blé phy­si­que­ment un peu « lé­ger » face aux Saracens. Mais pour l’homme qui l’a dé­cou­vert à Mor­laàs, « ce match l’a fait mû­rir. Ça l’a confor­té, alors qu’il a un peu su­bi aux im­pacts, sur ce qu’il de­vait faire dans l’af­fron­te­ment. Ar­thur ca­pi­ta­lise dans la dif­fi­cul­té, c’est une force men­tale in­té­res­sante ».

« Il suit une courbe d’évo­lu­tion nor­male, ob­serve Che­rouk. Ar­thur sait tout faire, il plaque, il est bon en l’air et il met de la den­si­té où il faut. Et puis, chose très im­por­tante au haut ni­veau, il pos­sède une très haute ré­sis­tance à la dou­leur. »

Re­pé­ré à 13 ans par un Au­ver­gnat ex­pa­trié à Mor­laàs « Ar­thur ca­pi­ta­lise dans la dif­fi­cul­té » Gilles Pe­tit

À 23 ans, Itur­ria semble donc bien par­ti pour une car­rière ma­jus­cule. Le gar­çon a su aus­si gar­der la tête sur les épaules, sans ou­blier d’où il ve­nait. Il y a quelques se­maines, à la de­mande de Gilles Pe­tit, il a ac­cep­té de don­ner un coup de main aux Ba­lan­drade du club d’Is­soire qui étaient en dif­fi­cul­té en touche. « Il m’a dit oui tout de suite, se ré­jouit l’édu­ca­teur au­ver­gnat. Il ne se­rait pas ve­nu pour une ré­cep­tion avec des par­te­naires, mais pour faire pro­fi­ter des ju­niors de sa pe­tite ex­pé­rience, il n’a pas hé­si­té ».

Di­manche, Ar­thur Itur­ria va vivre sa pre­mière fi­nale de Top 14. Pour­tant, en deuxième ligne, un scep­ti­cisme avait vu le jour concer­nant sa di­men­sion ath­lé­tique. Gilles Pe­tit, à ce pro­pos, en­voie une sup­plique. « Bien sûr que c’est un joueur aty­pique, mais il ne faut sur­tout pas le “bo­dy­buil­der”. Qu’il reste comme il est, qu’il conti­nue à se dé­pla­cer et à lire le jeu comme il le fait. Ar­thur sent les zones de frac­ture dans le jeu, il a ça en lui. Et ça ne s’ap­prend pas ».

Très jeune, Itur­ria avait tout dé­jà du géant qu’il de­vien­drait en­core plus, di­manche soir face à Tou­lon, s’il ré­édi­tait son im­mense per­for­mance de la de­mi­fi­nale. ■

PHO­TO R. BRU­NEL

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