La ca­brette concer­tante

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités La Bourse - Pierre-Oli­vier Feb­vret

Ren­contre du clas­sique et du tra­di­tion­nel, Au­vèrn­ha, concer­to pour ca­brette et or­chestre à cordes de Thier­ry Pé­cou, se­ra créé le 10 juin, à Cler­mont, par Jacques Puech et l’Or­chestre d’Au­vergne.

At­ta­ché à ses ra­cines, l’Or­chestre d’Au­vergne rend un nou­vel hom­mage à la mu­sique tra­di­tion­nelle de sa ré­gion. Il don­ne­ra un concert sa­me­di 10 juin, en col­la­bo­ra­tion avec l’Agence des mu­siques des ter­ri­toires d’Au­vergne (Am­ta). L’oc­ca­sion d’en­tendre, en créa­tion mon­diale, Au­vèrn­ha, concer­to pour ca­brette et or­chestre à cordes de Thier­ry Pé­cou, nou­veau com­po­si­teur en ré­si­dence de l’Or­chestre d’Au­vergne. ■ Com­ment s’est pas­sée votre ren­contre avec la ca­brette ? Ce fut une grande et belle dé­cou­verte. J’ai pas­sé deux jours en to­tale im­mer­sion avec An­dré Ri­cros et Jacques Puech, le so­liste qui crée­ra la pièce. Ils m’ont mon­tré l’ins­tru­ment sur le plan or­ga­no­lo­gique, son fonc­tion­ne­ment et dé­voi­lé son his­toire pas­sion­nante et fas­ci­nante. Ce n’est pas un ins­tru­ment stric­te­ment po­pu­laire à son ori­gine : c’est une sorte d’hy­bride entre la cor­ne­muse et la mu­sette de cour. C’est un ins­tru­ment qu’on uti­lise pour dan­ser, pour des chants très po­pu­laires mais avec un grand raf­fi­ne­ment dans l’or­ne­men­ta­tion qui vient di­rec­te­ment de la mu­sique sa­vante. J’ai trou­vé cette po­si­tion très in­té­res­sante. JACQUES PUECH. En so­liste dans Au­vèrn­ha, concer­to pour ca­brette et or­chestre à cordes.

■ Quelles idées sont ar­ri­vées tout de suite ? L’en­jeu dès le dé­part du pro­ces­sus de créa­tion, au­de­là de l’ins­tru­ment même, c’était d’ar­ri­ver à trou­ver un point de contact entre ce qui se­rait de la tra­di­tion orale et la tra­di­tion d’écri­ture sym­pho­nique. On s’adresse à des mu­si­ciens qui ont des pra­tiques très dif­fé­rentes. Jacques Puech sait par­fai­te­ment lire la mu­sique mais son ins­tru­ment a tout un ré­per­toire trans­mis de ma­nière orale. Ce que j’ai cher­ché c’est donc, avec l’or­chestre, de créer un uni­vers mu­si­cal as­sez éla­bo­

ré dans les tex­tures et les har­mo­nies ; et d’y in­cor­po­rer des oeuvres tra­di­tion­nelles pour le so­liste. Je lui laisse une grande li­ber­té d’in­ter­ven­tion dans le flux mu­si­cal. ■ Vous avez choi­si l’hom­mage ou la rup­ture avec les mu­siques tra­di­tion­nelles ? C’est un mé­lange sub­til entre les deux. Je ne suis pas al­lé contre – c’est en ce­la que je vou­lais qu’il y ait cette li­ber­té du so­liste, pour qu’il soit dans ses ré­flexes tra­di­tion­nels. Et en même temps, il fal­lait créer un en­vi­ron­ne­ment so­nore qui soit per­son­nel et qui ouvre

un es­pace poé­tique et so­nore vrai­ment in­édit pour l’ins­tru­ment. J’ai eu en­vie de rendre hom­mage à l’ins­tru­ment mais plus lar­ge­ment à l’Au­vergne, à ses pay­sages et à l’at­mo­sphère… Mais en bous­cu­lant un peu les choses. ■ Vous avez été sur­pris par le po­ten­tiel de l’ins­tru­ment ? Il y a une spé­ci­fi­ci­té idio­ma­tique. Il m’a sur­pris ef­fec­ti­ve­ment dans la va­rié­té de l’or­ne­men­ta­tion. Il y a des per­son­na­li­tés im­por­tantes dans l’his­toire de la ca­brette qui ont vé­ri­ta­ble­ment im­pri­mé leur style de jeu, au point de don­ner leur nom à ces styles tou­jours en usage. Je connais­sais d’autres types de cor­ne­muses uti­li­sées en Es­pagne ou bien sûr en Ir­lande, mais je ne m’at­ten­dais pas à ce­la avec la ca­brette. Je trouve aus­si in­té­res­sant la va­rié­té d’ac­cords liée à la va­rié­té de tailles de l’ins­tru­ment. J’ai uti­li­sé ce­la dans ma par­ti­tion : le so­liste va chan­ger de ca­brettes au cours de l’exé­cu­tion. ■ La ca­brette a aus­si des li­mites face à un en­semble à cordes ? Ce qui est dif­fi­cile à maî­tri­ser, c’est la mo­da­li­té et l’ac­cord du fait de l’ab­sence de tem­pé­ra­ment

égal. Il a fal­lu trou­ver des as­tuces pour har­mo­ni­ser avec l’en­semble à cordes. Et aus­si au ni­veau de l’ex­pres­si­vi­té : c’est une cor­ne­muse et on ne peut pas en­trer dans des dis­cours très ex­pres­sifs. On est ici dans la vir­tuo­si­té, même si il y a des mo­ments plus ex­pres­sifs, mais c’est da­van­tage l’or­chestre qui est alors à contri­bu­tion. Il a fal­lu trou­ver un équi­libre entre la ca­brette dont le timbre perce, tranche et l’or­chestre qui en­robe. ■ Un mot sur l’Or­chestre d’Au­vergne… C’est ma pre­mière col­la­bo­ra­tion avec lui. Il a dé­jà joué ma mu­sique mais mal­heu­reu­se­ment je n’avais pas pu être pré­sent. Je ne connais pas en­core per­son­nel­le­ment les mu­si­ciens. Ce que j’ai sen­ti à tra­vers le pre­mier contact, c’est leur grande mo­ti­va­tion, leur grand en­ga­ge­ment. J’ai ex­ploi­té cet as­pect dans ma par­ti­tion : j’ai uti­li­sé pas mal de di­vi­sions de pu­pitre, ce qui sup­pose que chaque ins­tru­men­tiste, in­di­vi­duel­le­ment, soit in­ves­ti, ne se cache pas der­rière les autres. Et ce­la, c’est tout à fait re­mar­quable pour les pos­si­bi­li­tés de cou­leurs. ■

PHO­TO YANN CABELLO

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