Un TGV ap­pe­lé « dé­sir » dans le Mas­sif cen­tral

La Montagne (Vichy) - - Médias - Mi­chel Fillière mi­chel.filliere@cen­tre­france.com

Sur cer­taines lignes, on conti­nue­ra à mon­ter dans le TGV qui s’ap­pel­le­ra « inOui » pour « ras­sem­bler ses ser­vices ». Un coup de com’ qui dé­plaît en Au­vergne et en Li­mou­sin où le train à grande vi­tesse n’est pas en­core pour de­main !

Sou­vent her­mé­tiques au fran­glais, nos lec­teurs nous adressent ré­gu­liè­re­ment des mes­sages nous gron­dant d’uti­li­ser « des mots ou des ten­dances ré­cu­pé­rés ou­treManche ». Mais s’ils tirent la son­nette d’alarme cette se­maine, c’est qu’ils s’étouffent d’ap­prendre que la SNCF va chan­ger le nom des TGV. Dé­jà que les trains à grande vi­tesse sont pri­vés de pas­sage en Au­vergne et en Li­mou­sin, alors ils fichent leur billet de sa­voir que l’un des plus beaux trains s’ap­pel­le­ra « inOui » le 2 juillet. Et peut leur chaut si le grand pa­tron de l’en­tre­prise fer­ro­viaire pu­blique donne dans la com­mu­ni­ca­tion

fa­cile pour « bap­ti­ser un ser­vice qui au­jourd’hui n’a pas de nom. » (sic).

« Tout fout le camp ! », s’émeut De­nise : « Quand on a une marque his­to­rique des trains à grande vi­tesse qui font la ré­pu­ta­tion de la France dans le monde en­tier, on ne fait pas n’im­porte quoi. Le TGV est em­blé­ma­tique. Is­sue d’une fa­mille de che­mi­not, j’es­time qu’on dé­truit une iden­ti­té très forte de l’his­toire in­dus­trielle de notre pays com­men­cée en 1965. Croyez­vous qu’un com­mu­ni­cant au­rait choi­si de dé­bap­ti­ser le Con­corde ? On de­vrait ré­flé­chir à deux fois avant de chan­ger le nom d’une prouesse fran­çaise. Et qu’on ar­rête de nous faire croire que c’est pour “pas­ser un cap de qua­li­té de ser­vice”. Une baisse des ta­rifs se­rait pré­fé­rable. »

« Moi », té­moigne Marc, « la qua­li­té de ser­vice, je suis en droit de l’at­tendre quand je cir­cule entre Pa­ris et Cler­mont et que ré­gu­liè­re­ment le train n’est ja­mais à l’heure, comme l’autre nuit, avec onze d’heures de re­tard pour un pro­blème tech­nique en gare de Ne­vers ! Et puis, com­bien ça coûte cette plai­san­te­rie ? Prendre un « inOui » pour ar­ri­ver plus vite en re­tard, c’est juste pas pos­sible. Sur­tout qu’il ne cir­cu­le­ra pas chez nous… On n’ar­rive dé­jà pas à faire rou­ler les In­ter­ci­tés nor­ma­le­ment, comme ce pro­chain week­end puis­qu’au­cun train n’est pré­vu (en rai­son de tra­vaux pré­vus). Alors, pas la peine de se faire mous­ser avec ce TGV soi­di­sant plus mo­derne que le low­cost « oui­Go » qui ignore su­per­be­ment le grand centre de la France. »

Là, nos lec­teurs ont de la mé­moire. Comme Jacques : « En 1993, on nous avait pro­mis le TGV en Au­vergne pour 1988. Une blague po­li­tique. » Comme Mar­cel : « Vous vous sou­ve­nez de la pro­messe de Fran­çois Hol­lande le 12 avril 2012 ? Can­di­dat à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique il avait an­non­cé : “Je sais ce que vous vou­lez : une ligne TGV dans nos ré­gions. Vous l’au­rez !” Les Au­ver­gnats et Li­mou­sins risquent d’at­tendre long­temps. » Sur­tout que la com­mi­sion « Mo­bi­li­té 21 » après avoir avan­cé la date de 2030 parle main­te­nant de 2035…

De quoi rire jaune, comme Pierre se sou­ve­nant de cette for­mule de Brice Hor­te­feux en 2005 (qui ne par­lait pas for­cé­ment de che­min de fer) : « Quand le train est pas­sé, on ne le rat­trape pas. »

Mieux, comme le di­sait Jules Re­nard : « Le train, l’au­to­mo­bile du pauvre. Il ne lui manque que de pou­voir al­ler par­tout. » ■

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