Sur les traces de Franck Azé­ma

Ils ont joué ou en­traî­né avec Franck Azé­ma. Pa­trick Ar­let­taz, Jacques Bru­nel ou Ber­nard Gout­ta le connaissent mieux que qui­conque dans le mi­lieu.

La Montagne (Vichy) - - La Une - Va­lé­ry Le­fort

Qu’ils aient par­ta­gé le même maillot à Per­pi­gnan ou à Cler­mont ou qu’ils aient col­la­bo­ré avec lui sur le banc de touche, ceux qui font par­tie de la ga­laxie Azé­ma nous livrent leur re­gard sur le boss spor­tif de l’ASM, à deux jours de la fi­nale de Top 14.

Azé­ma est bien de son pays. Comme Gui­ra­do, qu’il re­trou­ve­ra di­manche soir dans le camp d’en face, ou en­core Mar­ty, qui a long­temps brillé sous ses ordres à Per­pi­gnan, les Ca­ta­lans sont plus en­clins à prou­ver par le geste que par la pa­role. Évi­dem­ment, de part ses fonc­tions – qui l’ont na­tu­rel­le­ment pous­sé vers la lu­mière – « Sa­bine », comme le sur­nom­maient ses coéquipiers à l’ASM à la fin des an­nées 90 en ré­fé­rence à l’ac­trice, a pris du coffre. De l’as­su­rance aus­si.

Mais le per­son­nage a aus­si cette droi­ture na­tu­relle. Alors ad­joint de Vern Cot­ter, il ne se sé­pa­rait ja­mais de cette ligne de conduite, fi­dèle en diable à la hié­rar­chie. Et alors que la ru­meur an­non­çait les plus fines gâ­chettes mon­diales en Au­vergne, Aze­ma avait re­çu l’ex­trême­onc­tion pu­blique du Ki­wi : « Franck est par­fai­te­ment qua­li­fié pour le poste ».

Il n’em­pêche, la fa­çon dont il s’est fon­du dans le moule der­rière le « Dark Va­dor néo­zé­lan­dais » en épate plus d’un. « Sin­cè­re­ment, je suis bluf­fé par son évo­lu­tion, juge son ancien co­équi­pier Gilles Dar­let. À l’époque, je n’au­rais pas pa­rié sur sa ca­pa­ci­té à im­po­ser cette au­to­ri­té na­tu­relle ». Ce qui étonne le plus « la Ber­lingue » ?

« Qu’il soit de­ve­nu ex­pert en­traî­neur ! L’ASM, c’était bien sous Cot­ter. Mais je trouve que l’ani­ma­tion of­fen­sive, c’est en­core mieux avec lui. Il ose aus­si des choses que d’autres ne fe­raient que sous la contrainte, comme lan­cer ses jeunes en de­mie ».

Autre homme « im­pres­sion­né par son par­cours », Pa­trick Ar­let­taz. L’ami ca­ta­lan, ac­tuel­le­ment en train de re­le­ver l’USAP, et avec qui il a joué dès les ju­niors puis à Nar­bonne, trouve « fi­na­le­ment une cer­taine lo­gique dans sa réus­site, dans la mesure où Franck est un homme de pro­jets qui sait fé­dé­rer. Dé­jà, lors des soi­rées étu­diantes, il était par­mi les me­neurs

sans for­cé­ment à avoir à éle­ver la voix (il rit) ». Il des­sine le por­trait « d’un type tra­vailleur, qui, s’il a su se nour­rir du meilleur de Bru­nel et Cot­ter, a sur­tout écrit sa propre his­toire ».

Sur le ter­rain, Azé­ma était un centre plu­tôt dé­fen­sif, har­gneux, ai­mant da­van­tage pla­quer que re­lan­cer à tout va. « Et pour­tant il prône un su­perbe rug­by of­fen­sif, s’en­thou­siasme en­core Ar­let­taz. Tout le monde est fan du jeu de Mont­fer­rand ! (sic). C’est la preuve qu’il sait s’adap­ter. Franck a tou­jours vou­lu un rug­by de pos­ses­sion. Pour lui, quand on a le bal­lon, on est plus à même de faire ce que l’on veut. Plu­tôt qu’être can­ton­né en dé­fense et at­tendre la fau­

B. GOUT­TA « Franck s’est construit par le tra­vail. C’est une obs­ti­na­tion chez lui. C’est d’ailleurs de fa­mille, les Azé­ma ont une culture de bos­seurs » (*).

(*) Ber­nard Gout­ta se­ra l’ad­joint de Franck Azé­ma à Cler­mont la sai­son pro­chaine.

te de l’ad­ver­saire, il pré­fère être ac­teur ».

Autre proche, Ber­nard Gout­ta, qui se­ra son ad­joint la sai­son pro­chaine. Ac­tion­ner la touche Azé­ma avec Gout­ta, c’est comme ou­vrir un livre tant les deux hommes sont liés… Le dé­bit du fu­tur­ex Co­lu­mé­rin s’em­balle même quand il évoque son ami. « Franck s’est construit par le tra­vail. Il est presque ob­sé­dé par ce­la. C’est d’ailleurs de fa­mille. Son père est le même. Les Azé­ma ont une culture de bos­seurs ». En­semble, sous le haut pa­tro­nage de Jacques Bru­nel, les deux potes ont rem­por­té le Bren­nus en 2009 face à… Cler­mont.

Gout­ta dé­peint un « per­fec­ tion­niste avec qui travailler est fa­cile. Il se ques­tionne tout le temps, à la re­cherche de nou­veau­tés. Mais là où je trouve qu’il est de­ve­nu très fort, c’est dans sa ca­pa­ci­té à me­ner les hommes. Tu as des ma­na­gers me­neur d’hommes, d’autres tac­ti­ciens, d’autres en­core plus tech­ni­ciens. Lui, il a tout ! ».

J. BRU­NEL « Quand je suis ar­ri­vé à l’USAP, il était dé­jà là. J’ai vou­lu le gar­der. On sen­tait dé­jà chez lui cette ap­pli­ca­tion au tra­vail. Il ne lais­sait rien au ha­sard ». (*)

(*) Jacques Bru­nel était le ma­na­ger de Per­pi­gnan, et donc le su­pé­rieur hié­rar­chique de Franck Azé­ma à l’USAP. Il est au­jourd’hui ma­na­ger de Bor­deaux. « Franck a tou­jours vou­lu un rug­by de pos­ses­sion. Il pré­fère être ac­teur ». Ar­let­taz, Per­pi­gnan

Un con­cert de louanges que Jacques Bru­nel, le « Cot­ter de Per­pi­gnan » à la fin de la dé­cen­nie pré­dé­cente, ne re­nie pas. Si la voix est en­core fa­ti­guée par une ré­cente opé­ra­tion chi­rur­gi­cale, le timbre tra­hit une réelle em­pa­thie pour ce qu’Azé­ma fait à l’ASM. « Il était dé­jà en place quand je suis ar­ri­vé à l’USAP. J’ai ap­pris à le connaître. On m’avait de­man­dé mon avis. J’ai vou­lu le gar­der et ajou­ter Gout­ta. On sen­tait dé­jà chez lui cette ap­pli­ca­tion au tra­vail. Il ne lais­sait rien au ha­sard pour ses en­traî­ne­ments. Franck, c’est le sens de la pré­ci­sion, du dé­tail ».

L’humour en ban­douillère, Bru­nel lui trouve quand même un gros dé­faut : « Il nous a beau­coup trop bat­tus avec l’ASM de­puis que je suis à Bor­deaux ! » Avant de re­de­ve­nir sé­rieux pour lui sou­hai­ter ce que toute l’Au­vergne at­tend de­puis sept ans : « Il est bien dans ce club. Ça se sent. J’es­père qu’il se­ra cham­pion de France ». ■

PHO­TO P. COUBLE

LÉ­GI­TI­MI­TÉ. Celle de Franck Azé­ma, qui achève sa troi­sième sai­son, ne prête pas à dis­cus­sion. Mais elle a aus­si be­soin de titres pour al­ler plus haut. En at­ten­dant le ver­dict de di­manche, ceux qui l’ont cô­toyé sa­luent la qua­li­té de son tra­vail.

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