SI C’EST VOTRE AN­NI­VER­SAIRE AU­JOURD’HUI

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Lais­sez-vous al­ler ! Ap­pre­nez à vous amu­ser et à vous dé­tendre en jouant à fond la carte de l’ori­gi­na­li­té. Les en­fants nés au­jourd’hui se­ront at­ta­chants. Mal­gré eux, les trois hommes sont en­traî­nés dans l’his­toire du jour. La vente de la Dame de fer, c’est l’ar­naque du siècle. Les in­ter­pel­la­tions entre tables ai­dant, ils tendent l’oreille pen­dant quelques mi­nutes puis re­viennent au sujet de leur conver­sa­tion. – À Pa­ris, il se passe tou­jours des choses in­croyables, com­mente M. Pé­rouas. Pen­dant ce temps-là, on ne parle pas des dif­fi­cul­tés de notre mi­nistre. – Pour en re­ve­nir à notre af­faire, re­centre Émile, le juge qui nous a re­çus, vous le connais­sez ? – Oui. Il est spé­cia­li­sé dans le droit de la fa­mille. En 1916, il a été dé­si­gné pour tran­cher dans les af­faires de no­mi­na­tion des tu­teurs d’or­phe­lins de guerre. C’est donc tout na­tu­rel­le­ment que, de­puis le vote de la nou­velle loi, il est char­gé des dos­siers de de­mande d’adop­tion. – Et tu en penses quoi, de ce juge ? in­ter­roge Jacques. – Ju­riste ex­pé­ri­men­té, gla­cial en ap­pa­rence, fin psy­cho­logue, ré­pond Al­bert. La nou­velle loi est toute ré­cente. Peu de ju­ge­ments d’adop­tion ont été ren­dus de­puis sa pro­mul­ga­tion mais ceux qu’il a ren­dus n’ont pas fait l’ob­jet d’ap­pel. Vous m’op­po­se­rez que, en gé­né­ral, il n’y a qu’un seul couple de can­di­dats pour un pu­pille et que, dans la plu­part des cas, il s’agit de bé­bés très jeunes qui sont dans une pou­pon­nière à la suite d’aban­dons se­crets. Le juge n’a pas grand-chose à tran­cher tant l’in­té­rêt de l’en­fant semble évident. – Il n’a pas fixé de dé­lai pour le ju­ge­ment, dit Jacques. – Il n’y a pas de règle. Les choses peuvent al­ler vite ou, au contraire, traî­ner pen­dant des an­nées. Je connais un gref­fier. J’es­saie­rai de sa­voir. – L’autre couple qui a aus­si dé­po­sé une de­mande, in­ter­roge Émile, vous le connais­sez ? Al­bert baisse la tête et, de la pointe de son cou­teau, re­pousse un pe­tit dé­chet sur le bord de son as­siette. À la table voi­sine, un homme fume et conti­nue à ex­pli­quer que l’ar­na­queur ven­deur de la tour Eif­fel avait réuni plu­sieurs fer­railleurs dans le cadre du pres­ti­gieux Hô­tel de Crillon pour les mettre en confiance et mieux les en­dor­mir. – For­cé­ment, un fonc­tion­naire mis­sion­né par le ministère don­nant ren­dez-vous dans les sa­lons de l’Hô­tel de Crillon pour leur pro­po­ser le mar­ché, ça fait sé­rieux. – Les dos­siers sont confi­den­tiels, re­prend Al­bert, et in­sis­ter pour connaître le nom des can­di­dats se­rait mettre un col­lègue dans l’em­bar­ras. Je ne peux pas me per­mettre… – Le se­cret pro­fes­sion­nel, ajoute Jacques en se tour­nant vers Émile. – Néan­moins, confie Al­bert, je crois sa­voir que c’est un mon­sieur in­fluent qui a des re­la­tions et des ap­puis… – Vous vou­lez dire que le juge pour­rait cé­der à des pres­sions ? de­mande Émile. Si­lence. Al­bert pince les lèvres et ouvre les mains en un signe qui peut tout au­tant si­gni­fier « Je ne sais pas » que « C’est un risque ». Le vi­sage d’Émile s’as­som­brit : il craint que l’in­té­rêt de ces per­sonnes passe avant l’in­té­rêt de la pe­tite Su­zanne. Jacques aus­si est rê­veur. Certes, il a bien sou­li­gné qu’en dé­fen­dant l’in­té­rêt de l’en­fant il par­lait de son équi­libre af­fec­tif, de son épa­nouis­se­ment hu­main et de son bon­heur.

(à suivre) © Edi­tions

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