Co­cke­rill, cham­pion en huit se­maines ?

La Montagne (Vichy) - - Top 14 - Va­lé­ry Le­fort

C’est un pa­ra­doxe. Ap­pe­lé à sau­ver les meubles tou­lon­nais en avril, Ri­chard Co­cke­rill peut rap­por­ter le Bren­nus sur la Rade lun­di ! Avant de par­tir… car des contrats ont été si­gnés.

«Si je n’avais pas dé­jà si­gné Gal­thié, il au­rait été conser­vé. » Mou­rad Boud­jel­lal re­con­naît sans dé­tour la qua­li­té du tra­vail réa­li­sé par Ri­chard Co­cke­rill de­puis sa no­mi­na­tion, le 4 avril der­nier. Deux jours plus tôt, un Tou­lon sans ima­gi­na­tion avait bais­sé pa­villon à Cler­mont en Coupe d’Eu­rope (29­9).

La dé­faite de trop pour Mike Ford, in­ca­pable du moindre suc­cès en dé­pla­ce­ment pendant six mois. « J’étais un peu gê­né quand on m’a pro­po­sé le poste car c’est Mike qui m’avait pro­po­sé de ve­nir lui donner un coup de main » ici, glisse Co­cke­rill. Mais on est dans le monde pro…

De toute fa­çon, Co­cke­rill sa­vait qu’il ne res­te­rait pas très longtemps lui aus­si pour deux rai­sons. Un, Gal­thié avait dé­jà si­gné pour 2017­18. Et deux, la na­ture comme les en­traî­neurs ayant hor­reur du vide, l’homme de Lei­ces­ter avait lui aus­si vite pa­ra­phé un contrat pour Édim­bourg à comp­ter de l’été pro­chain. Dans ce mi­lieu, mieux vaut te­nir que cou­rir…

À peine huit se­maines après sa prise de pou­voir, l’an­cien ta­lon­neur de l’ASM (voir sa bio) est en passe de réus­sir un in­croyable pa­ri. Sans doute est­il dé­jà ga­gné d’ailleurs, avec cette place en fi­nale pro­ba­ble­ment in­es­pé­rée au re­gard de la sai­son

chao­tique du RCT. Car Co­cke­rill à la tête du club va­rois, c’est six matchs, six vic­toires ! Un 100 % tom­bé au meilleur mo­ment pour le club à la fleur de mu­guet.

Pour remettre son groupe sur les rails, avec le sou­tien des tau­liers du ves­tiaire, Co­cke­rill n’a pas ré­in­ven­té l’eau chaude pour le thé de 17 heures.

Un jeu simple, di­rect, vi­ril bien dans cette tra­di­tion va­roise et qui a sou­vent rap­por­té gros ces dernières sai­sons pour al­ler cher­cher des titres…

Ça tom­bait d’au­tant mieux que l’An­glais à l’air de bou­le­dogue adore ça. Et ce­la ne date pas d’au­jourd’hui… « Il y a quinze ans, quand il est ar­ri­vé à Cler­mont, il s’en­traî­nait comme il jouait !,

se sou­vient Gé­rald Mer­ce­ron, alors ou­vreur à l’ASM et lui aus­si an­cien Tou­lon­nais. Il ne tri­chait ja­mais, il avan­çait. Bim, bam… Ce­la en a sur­pris plus d’un. À l’époque, on avait droit au ru­cking et Ri­chard n’hé­si­tait pas à mar­cher sur la gueule des types, même à l’en­traî­ne­ment. Plu­sieurs fois, croyez­moi, ce­la a chauf­fé ! »

Comme ce fut le cas ven­dre­di à Mar­seille dans le ter­rible match à l’al­lure de « Su­per Bowl » face aux Ro­che­lais, Tou­lon a sor­ti les crocs. Un rug­by sans fio­ri­tures mais que Co­cke­rill maî­trise à la per­fec­tion. Lui qui sait que le temps lui est comp­té va donc à l’es­sen­tiel.

Et le voi­là en po­si­tion de réus­sir un pa­ri fou : « De­puis l’éli­mi­na­tion en Cou­ pe d’Eu­rope, on est re­ve­nu à un jeu plus simple. On gagne et c’est bon pour la confiance. » Chantre du clin­quant et du fan­dan­go, passez votre che­min.

De par son ca­rac­tère de tei­gneux en chef qui ne lâche ja­mais rien, Ri­chard Co­cke­rill dé­gage sur­tout une éner­gie po­si­tive qui s’est dif­fu­sée au coeur d’un RCT qui trim­ba­lait une sorte de gueule de bois per­ma­nente de­puis le dé­but de sai­son. « Ce­la a en­traî­né tout le monde dans la même spi­rale », note un confrère pro­ven­çal.

Iro­nie de l’his­toire, il va af­fron­ter de­main le seul autre club de sa car­rière de joueur avec Lei­ces­ter. « J’adore Cler­mont ! Mon fils Stan­ley y est né. J’y ai pas­sé de belles années mais là, je veux que le RCT soit cham­pion de France. »

Après quoi, il ira s’ins­tal­ler dans les brumes écos­saises pour deux ans. Contrat oblige. « Mais je re­vien­drai en­suite en France. C’est ici que je veux en­traî­ner. » À Tou­lon ou ailleurs. Les pro­po­si­tions ne de­vraient pas lui man­quer. ■

« Il s’en­traî­nait comme il jouait, mar­chant sur la gueule des mecs ! » (Mer­ce­ron)

FA­CÉ­TIEUX. À la veille du bar­rage contre Castres, Ri­chard Co­cke­rill a sur­gi dans la salle de presse et ser­vi le ca­fé aux jour­na­listes. L’An­glais sait jouer de toutes les cordes se­lon son au­di­toire. Sou­vent drôle, il est aus­si un énorme tra­vailleur.

PHOTOS F. CAMPAGNONI

2003. Co­cke­rill réa­lise une grosse sai­son avec l’ASM. La se­conde se­ra plus com­pli­quée face à Azam.

2005. De re­tour à Lei­ces­ter, il en­traîne et gagne en col­la­bo­ra­tion avec Pat Ho­ward, autre an­cien de l’ASM.

2016 La belle et longue his­toire avec Lei­ces­ter s’achève en dé­cembre. Il est ap­pe­lé par Ford à Tou­lon. On connaît la suite !

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