Des re­pas de plus en plus courts

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Lu­do­vic Au­ré­gan ig@cen­tre­france.com

Les Fran­çais mangent de moins en moins chez eux. Certes, le phé­no­mène reste mi­no­ri­taire (en­vi­ron 25 % des re­pas) et moins im­por­tant que chez nos voi­sins, mais cette ten­dance est gran­dis­sante dans l’Hexa­gone. Les pe­tits­dé­jeu­ners, le re­pas con­som­mé à do­mi­cile par ex­cel­lence (dans 97 % des cas), sont les pre­miers concer­nés, avec une hausse de 10 %.

Cette évo­lu­tion des pra­tiques, consta­tée par l’étude an­nuelle Kan­tar World­pa­nel sur les ha­bi­tudes ali­men­taires, im­pacte la struc­ture des re­pas. Les Fran­çais consomment de moins en moins d’en­trées (10,2 mil­lions de moins chaque se­maine par rap­port à 2014) et de des­serts (8,4 mil­lions de moins chaque se­maine).

Le tra­di­tion­nel qua­tuor en­trée, plat, fro­mage, des­sert s’en trouve mis à mal. « En cause, une re­cherche de plus de pra­ti­ci­té, qui en­traîne éga­le­ment un es­sor de l’apé­ri­tif, une ten­dance en­core plus mar­quée chez les Mille­nials », les per­sonnes nées entre 1980 et 2000, fait sa­voir Kan­tar World­pa­nel. Par pra­ti­ci­té, en­ten­dez « re­pas qui se mange plus ra­ pi­de­ment ». La mode est au sna­cking et au tout em­bal­lé.

À l’heure de la nour­ri­ture bio et du re­tour aux cir­cuits courts, ce constat peut sem­bler pa­ra­doxal. « Il faut y voir une double lo­gique », ana­lyse Ma­rieAude Le­rin­Joar­lette qui pi­lote l’étude. « Les gens cherchent aus­si à man­ger des pro­duits sains, “faits mai­son”. Mais il faut que ces ali­ments soient dé­jà en par­tie éla­bo­rés, qu’ils ne né­ces­sitent pas un grand temps de cuis­son. »

Les ques­tions de sé­cu­ri­té sa­ni­taire et de l’im­pact des achats sur l’en­vi­ron­ne­ment se ré­per­cutent dans les as­siettes. Après une hausse conti­nue de­puis 2009, la consom­ma­tion de viande et de char­cu­te­rie est elle aus­si concer­née par ces pertes de vi­tesse dans l’ali­men­ta­tion des Fran­çais. D’une ma­nière gé­né­rale, l’étude laisse en­tendre que tous les mar­chés concer­nés par les re­pas doivent se ré­in­ven­ter.

Le mar­ché des fruits a no­tam­ment réus­si cette mue. Pé­na­li­sé par la baisse de l’at­trait des des­serts, il a su se di­ver­si­fier. Les fruits se mangent à l’apé­ri­tif, servent à des mé­langes su­crés/sa­lés, se consomment lors d’en­cas ou en jus… « Les in­dus­triels peuvent igno­rer ces ten­dances ou alors les prendre en compte et avan­cer pro­gres­si­ve­ment », souffle Ma­rie­Aude Le­rin­Joar­lette.

La France suit un mo­dèle très nor­mé, sur le plan ali­men­taire, par rap­port à ses voi­sins an­glo­saxons no­tam­ment. Ses ha­bi­tants mangent très ma­jo­ri­tai­re­ment trois re­pas – le pe­tit­dé­jeu­ner, le dé­jeu­ner et le dî­ner –, ils res­pectent da­van­tage le qua­tuor en­trée, plat, fro­mage, des­sert que leurs ho­mo­logues es­pa­gnols et bri­tan­niques et ils sont aus­si plus nom­breux à man­ger à do­mi­cile.

Pour­tant, les ten­dances ac­tuelles de­vraient s’am­pli­fier au dé­tri­ment des usages tra­di­tion­nels. « Nous sommes dans une pé­riode char­nière. Je suis convain­cue que les dif­fé­rents phé­no­mènes consta­tés vont se pour­suivre », pense Ma­rie­Aude Le­rin­Joar­lette. Pour étayer ses propos, elle s’ap­puie sur des don­nées so­cio­lo­giques : leur im­pul­sion vient des ci­ta­dins et des jeunes.

Ce chan­ge­ment semble pro­fond :il concerne à la fois les modes de consom­ma­tion, la struc­ture et le conte­nu des re­pas. Toutes ces évo­lu­tions ont un point com­mun : ré­pondre au be­soin des consom­ma­teurs qui cherchent à op­ti­mi­ser leur temps de re­pas. ■

PHO­TO D’LLUSTRATION CH­RIS­TELLE BESSEYRE

APÉ­RI­TIF. Il rem­place l’en­trée.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.