Mi­chel Ber­nar­daud, PDG de Ber­nar­daud : « Nous nous sommes dé­pas­sés »

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités La Bourse -

■ Comment est née la col­la­bo­ra­tion avec Jeff Koons ? J’ai ren­con­tré Jeff Koons lors d’un ga­la de cha­ri­té à New­York. Il nous a ex­pli­qué qu’il nous connais­sait de ré­pu­ta­tion, qu’il nous ap­pré­ciait et qu’il était même client : il ache­tait de la por­ce­laine chez nous pour lui et pour sa ma­man ! Il a alors pro­po­sé que nous tra­vail­lions en­semble. Je ne de­man­dais pas mieux ! Notre col­la­bo­ra­tion a alors pu com­men­cer. ■ Vous êtes cou­tu­mier du tra­vail avec des ar­tistes… C’est une tra­di­tion qui est par­ta­gée à Li­moges par beau­coup de fa­bri­cants. Il y a tou­jours eu une riche co­opé­ra­tion entre le monde de la créa­tion et les ma­nu­fac­tures de la ville. Pour notre part, nous tra­vaillons ain­si avec des ar­tis­ tes ou des de­si­gners qua­si­ment de­puis nos ori­gines… Et notre mai­son a au­jourd’hui 154 ans ! Jeff Koons n’est donc pas le pre­mier à tra­vailler avec nous… Et cer­tai­ne­ment pas le der­nier.. ■ Cette dé­marche d’ou­ver­ture créa­trice a-t-elle éga­le­ment une im­por­tance stra­té­gique sur le plan éco­no­mique ? Bien sûr, c’est na­tu­rel­le­ment l’oc­ca­sion pour nous de tou­cher des per­sonnes in­té­res­sées par l’art, par la créa­tion. C’est une clien­tèle qui n’est pas for­cé­ment celle qui achète ha­bi­tuel­le­ment nos pro­duc­tions. ■ Comment s’est dé­rou­lée la col­la­bo­ra­tion avec Jeff Koons au­tour de ses créa­tions mo­nu­men­tales ? Ce­la a été vé­ri­ta­ble­ment un dé­fi pour nous. Plu­sieurs années de mise au point ont été né­ces­saires pour ces pièces. Et ce d’au­tant plus que l’ar­tiste est très per­fec­tion­niste. C’est d’ailleurs pour ce­la qu’il est un gé­nie. Il est ca­pable de dé­ce­ler des choses que le com­mun des mor­tels ar­rive dif­fi­ci­le­ment à voir. C’est quel­ qu’un qui de­mande l’ex­cel­lence. Ce­la nous conve­nait, l’ex­cel­lence est jus­te­ment dans l’ADN de notre mai­son… Re­con­nais­sons tou­te­fois qu’il a fal­lu « fouet­ter » quelque peu le­dit ADN pour y par­ve­nir ! ■ Une telle col­la­bo­ra­tion im­pose-telle de faire évo­luer ses pra­tiques ? Oui, ce­la a été l’oc­ca­sion de nous dé­pas­ser sur un plan tech­nique, d’in­ven­ter de nou­veaux sa­voir­faire, de nou­veaux tours de main. Ces Bal­loons sont des ob­jets com­plexes. Pour les re­pro­duire, nous avons dû ré­flé­chir à tous nos pro­ces­sus de mises en forme, nos tech­niques de fa­çon­nage, de cuis­son, nos mé­thodes de dé­co­ra­tion… Une ex­pé­rience po­si­tive : nous avons ain­si fait des dé­cou­vertes qui pour­ront ser­vir et re­jaillir sur nos pro­duc­tions plus tra­di­tion­nelles, no­tam­ment de ser­vices de table. ■ Ces re­pro­duc­tions des oeuvres de Jeff Koons illus­trent aus­si le tra­vail de di­ver­si­fi­ca­tion du sec­teur de la por­ce­laine… Ef­fec­ti­ve­ment, et il en a tou­jours été ain­si. Notre but est de mettre en scène notre ma­té­riau dans toutes ses pro­prié­tés, à la fois comme ob­jet uti­li­taire (avec les ser­vices de tables), mais aus­si ob­jet de dé­co­ra­tion, vase, lu­mi­naire, mo­bi­lier, bi­jou, ou même ob­jet d’art. Nous tra­vaillons au­jourd’hui sur d’autres dé­ve­lop­pe­ments, par exemple comme conte­nant pour des par­fums, des cos­mé­tiques, des al­cools… Le blin­dage en cé­ra­mique est éga­le­ment l’ob­jet de re­cherches. Ce ma­té­riau mène vrai­ment à tout ! ■

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