Un exer­cice pour se pré­pa­rer au pire

CLER­MONT-FER­RAND ■ Une cen­taine de per­sonnes mo­bi­li­sées pour une si­mu­la­tion de tue­rie de masse

La Montagne (Vichy) - - Région Actualité - Sté­phane Bar­noin

Parce que l’ex­cep­tion­nel peut mal­heu­reu­se­ment sur­gir à tout mo­ment, les équipes du Sa­mu 63 se forment et se pré­parent. Re­por­tage au coeur d’un drame fic­tif.

Der­rière les murs d’en­ceinte d’un an­cien site mi­li­taire cler­mon­tois (*), des corps sont épar­pillés un peu par­tout sur le sol. Scène de car­nage. Quelques se­condes plus tôt, le chauf­feur d’un ca­mion a pro­je­té son vé­hi­cule dans la foule des ba­dauds et des ex­po­sants ras­sem­blés pour une bro­cante. Le bi­lan (vir­tuel) est lourd : quatre morts et vingt­trois bles­sés.

Les pre­mières équipes mé­di­cales sont in­jec­tées sur le ter­rain. L’une d’elles s’age­nouille près d’une femme in­cons­ciente, le vi­sage en sang. « Ma­dame, ma­dame, vous m’en­ten­dez ? ».

« Pour­quoi on a été pris pour cible ? », crie une autre vic­time, in­demne phy­si­que­ment mais en état de choc. Elle se­ra orien­tée vers le poste d’ur­gence mé­di­co­psy­cho­lo­gique im­pro­vi­sé dans un

han­gar voi­sin, où l’at­tendent des spé­cia­listes.

Au fil des mi­nutes, la prise en charge s’or­ga­nise. Un point de ras­semble­

ment des vic­times est mis en place pour opé­rer un pre­mier tri. Un poste mé­di­cal avan­cé, équi­pé de ma­té­riel dé­dié, est aus­si

dres­sé dans un vaste en­tre­pôt. Les ur­gences re­la­tives d’un cô­té ; les ur­gences ab­so­lues de l’autre. Les bles­sés ar­rivent à un rythme sou­te­nu, por­tés sur des bran­cards. Cha­cun porte un bra­ce­let qui as­sure son iden­ti­fi­ca­tion et son sui­vi via un nou­veau lo­gi­ciel.

« Là, j’ai un trau­ma crâ­nien grave », pré­vient un am­bu­lan­cier. « Ce mon­sieur est brû­lé, at­ten­tion ! », alerte un se­cond. Au mi­lieu de la co­hue, le di­rec­teur des se­cours mé­di­caux or­ga­nise, dis­tri­bue, ré­par­tit. Jus­qu’à la zone dite « d’éva­cua­tion », lieu du dé­part des am­bu­lances vers le CHU.

L’exer­cice gran­deur na­ture va s’étaler sur deux heures pleines, dans une cha­leur lourde, et mo­bi­li­ser une cen­taine de per­sonnes : qua­rante fi­gu­rants bé­né­voles dû­ment ma­quillés pour « jouer » les bles­sés ; une cin­quan­taine de mé­de­cins, in­fir­miers et am­bu­lan­ciers des Smur de Cler­mont­ Fer­rand, Thiers, Issoire et Riom, ren­for­cés par des sta­giaires et des as­sis­tants de ré­gu­la­tion du Sa­mu 63 ; et en­fin des « fa­ci­li­ta­teurs », char­gés de scru­ter les failles dans le dis­po­si­tif mais aus­si de dis­til­ler des conseils aux équipes.

« L’ob­jec­tif est de for­mer nos per­son­nels, no­tam­ment les plus jeunes, à des si­tua­tions sa­ni­taires ex­cep­tion­nelles », ex­plique Ma­rie­So­phie Vial­lard, mé­de­cin res­pon­sable du Ce­su, le centre d’en­sei­gne­ment du Sa­mu 63.

« Nous ne sommes pas là pour no­ter ou éva­luer, pour­suit l’or­ga­ni­sa­trice de l’exer­cice, mais plu­tôt pour per­mettre à chaque maillon de la chaîne de s’amé­lio­rer, de cher­cher des so­lu­tions. On en re­parle en­suite en dé­tail lors du dé­brie­fing. C’est in­dis­pen­sable d’en pas­ser par là pour pou­voir être ef­fi­cace en condi­tions réelles ».

L’exi­gence n’est pas nou­velle. Mais elle prend for­cé­ment un sens par­ti­cu­lier dans le contexte ac­tuel de me­nace ter­ro­riste… ■

(*) La si­mu­la­tion a eu lieu aux Gra­vanches, dans les lo­caux de l’as­so­cia­tion Phar­ma­ciens hu­ma­ni­taires d’Au­vergne ma­té­riel mé­di­cal.

Les fa­ci­li­ta­teurs scrutent les failles dans le dis­po­si­tif

PHO­TO FRED MAR­QUET

UR­GENCE. L’en­semble des Smur du Puy-de-Dôme ont été mo­bi­li­sés, mar­di, pour prendre en charge les vic­times fic­tives au plus près de la réa­li­té.

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