« Lyon 1987, le pro­cès Klaus Bar­bie » au Mé­mo­rial de la Shoah à Pa­ris

« Au­dience spec­tacle », le pro­cès Bar­bie à Lyon en 1987 est en­tré dans la mé­moire col­lec­tive de la France. Un évé­ne­ment qui marque un bas­cu­le­ment nous dit une ex­po­si­tion au Mé­mo­rial de la Shoah à Pa­ris.

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche -

Le 11 mai 1987 s’ouvre de­vant la cour d’as­sises du Rhône le pro­cès de Klaus Bar­bie, an­cien chef de la Ges­ta­po de Lyon du­rant l’Oc­cu­pa­tion. 800 jour­na­listes sont pré­sents, 42 avo­cats, 107 té­moins dé­filent dans la salle des pas­per­dus du Pa­lais de Jus­tice de Lyon trans­for­mé en salle d’au­dience. Au terme de 8 se­maines de pro­cès, Bar­bie se­ra condam­né le 4 juillet à la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té.

Ce pro­cès était le pre­mier en­ga­gé pour crime contre l’hu­ma­ni­té en France. Pour la pre­mière fois aus­si, en ver­tu d’une loi vou­lue par Ro­bert Ba­din­ter, alors garde des Sceaux, un pro­cès d’as­sises était fil­mé.

À l’oc­ca­sion du 30e an­ni­ver­saire de cet évé­ne­ment re­ten­tis­sant, le Mé­mo­rial de la Shoah à Pa­ris re­trace dans une ex­po­si­tion pré­sen­tée jus­qu’au 15 oc­tobre le dé­rou­le­ment du pro­cès qui a mar­qué un tour­nant dans l’éveil de la mé­moire de la Se­conde Guerre mon­diale et a li­bé­ré la pa­role des vic­times.

157 heures d’images

L’ex­po­si­tion pro­pose de dé­cou­vrir l’in­té­gra­li­té des images fil­mées du pro­cès, grâce à l’ac­cord du Tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris et au par­te­na­riat de l’Ina. 157 heures d’images ja­mais dif­fu­sées jus­qu’à au­jourd’hui dans leur in­té­gra­li­té.

L’ex­po­si­tion ras­semble éga­le­ment de nom­breux do­cu­ments in­édits, dont ceux qui ont ser­vi à Serge et Beate Klars­feld pour tra­quer Bar­bie, les en­quêtes des ser­vices se­crets, les in­ter­ro­ga­toires de l’ac­cu­sé, les notes du pré­sident de la cour d’as­sises, mais aus­si les moyens d’en­re­gis­tre­ment des dé­bats (ap­pa­reil de sté­no­ty­pie, em­pla­ce­ment des ca­mé­ras, cas­settes d’en­re­gis­tre­ment, etc..).

On peut éga­le­ment dé­cou­vrir la pièce maî­tresse de l’ac­cu­sa­tion, ja­mais mon­trée dans une ex­po­si­tion, l’ori­gi­nal du té­lé­gramme en­voyé par Bar­bie après la rafle des 44 en­fants d’Izieu, conser­vé au Mé­mo­rial de la Shoah. Il y an­nonce à la Ges­ta­po la li­qui­da­tion de ce foyer d’en­fants juifs dans ce ha­meau de l’Ain et leur trans­fert à Dran­cy, d’où ils par­ti­ront pour Au­sch­witz.

De larges ex­traits des au­diences et des jour­naux té­lé­vi­sés de l’époque rendent compte de l’onde de choc pro­vo­quée en France et à l’étran­ger et mettent en lu­mière ce que l’ex­po­si­tion qua­li­fie de « ré­veil de la mé­moire juive et ré­sis­tante après le pro­cès ».

« Ce pro­cès a bra­qué la lu­mière sur les vic­times juives et moins sur les ré­sis­tants, pré­cise Do­mi­nique Mis­si­ka, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion. La France en­tière est bou­le­ver­sée par la rafle des en­fants d’Izieu et le ré­cit des res­ca­pés d’Au­sch­witz. Le ré­cit des tor­tures in­fli­gées par Bar­bie aux ré­sis­tants et en par­ti­cu­lier aux femmes, frappe. L’onde de choc pro­vo­qué par ce pro­cès est si forte qu’elle donne lieu à une sé­rie de livres, de dé­bats, et de films, tout en en­cou­ra­geant le té­moi­gnage des sur­vi­vants dans les écoles et les ly­cées. C’est un tour­nant dans la mé­moire de l’Oc­cu­pa­tion. »

Longue traque

Mi­li­taire al­le­mand, of­fi­cier SS sous le ré­gime na­zi, Klaus Bar­bie était en­tré en no­vembre 1942 au Kom­man­do de la SIPOSD de Lyon, dont il avait pris ra­pi­de­ment la di­rec­tion. Il est alors res­pon­sable du dé­par­te­ment IV, la po­lice se­crète d’État, qui dé­pend du RSHA, l’Of­fice cen­tral de sé­cu­ri­té du Reich. À Lyon, il fait ré­gner la ter­reur, com­mande des exé­cu­tions, des ar­res­ta­tions et des rafles de Juifs, ce qui lui vaut à l’époque le sur­nom de « bou­cher de Lyon ».

Le 21 juin 1943, il ar­rête à Ca­luire Jean Mou­lin et le tor­ture à mort. Re­fu­gié en Bo­li­vie après­guerre, il se­ra li­vré à la jus­tice fran­çaise le 5 fé­vrier 1983. Les charges re­le­vées contre lui se­ront : la rafle de l’Ugif rue Sainte­

Ca­the­rine du 9 fé­vrier 1943 (86 per­sonnes ar­rê­tées dont 79 dé­por­tées à Au­sch­witz), la rafle des en­fants d’Izieu du 6 avril 1944 (44 en­fants de 4 à 17 ans ga­zés dès leur ar­ri­vée à Au­sch­witz), et le der­nier convoi des dé­por­tés du 11 août 1944.

L’ex­po­si­tion consacre une large place à la traque de l’an­cien cri­mi­nel na­zi par les époux Klars­feld lan­cés à sa pour­suite de juin 1971 jus­qu’à son in­car­cé­ra­tion à la pri­son Mont­luc en fé­vrier 1983. Elle montre le pé­riple ac­com­pli par Beate Klars­feld et les deux mères, For­tu­née Ben­gui­gui et ItaRo­sa Ha­laun­bren­ner dont les en­fants ont été ra­flés et dé­por­tés par Bar­bie, pour ré­cla­mer l’ex­tra­di­tion de Klaus Bar­bie, qui se cache en Bo­li­vie sous l’iden­ti­té de Klaus Alt­mann.

« Le 4 juillet 1987, à toutes les ques­tions por­tant sur la culpa­bi­li­té, il a été ré­pon­du oui à la ma­jo­ri­té d’au moins huit voix ». An­dré Cer­di­ni, pré­sident lit le ver­dict : « Klaus Bar­bie est condam­né à la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té ».

Klaus Bar­bie mour­ra à la pri­son Saint­Jo­seph de Lyon le 25 sep­tembre 1991. ■

© AR­CHIVES PHO­TO LE PRO­GRÈS

PA­LAIS DE JUS­TICE DE LYON. La salle des pas per­dus a été amé­na­gée en salle d’au­dience pour ac­cueillir les par­ties ci­viles, les jour­na­listes et le pu­blic en grand nombre.

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