Une foule d’hexa­podes à pré­ser­ver

Une étude réa­li­sée sur les in­sectes pour éva­luer la qua­li­té des mi­lieux aqua­tiques de la ré­serve de Chas­treix San­cy pointe une faune riche et di­ver­si­fiée, en as­sez bon état de conser­va­tion.

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche - Yvan Guil­hot lo­cale@cen­tre­france.com

Les mi­lieux aqua­tiques de la ré­serve na­tu­relle Chas­treix San­cy sont en bon état. Fra­giles par en­droits mais en bon état gé­né­ral. C’est le ré­sul­tat d’une étude réa­li­sée par le spé­cia­liste des in­sectes de l’Of­fice pour les in­sectes et l’en­vi­ron­ne­ment (OPIE) Gen­na­ro Cop­pa, pour le compte de la ré­serve.

L’étude com­man­dée par le Syn­di­cat mixte du parc na­tu­rel ré­gio­nal des vol­cans d’Au­vergne de­vait dres­ser un in­ven­taire, jus­qu’à l’es­pèce de trois ordres d’in­sectes à larves aqua­tiques. « Les éphé­mères, plé­co­ptères et tri­cho­ptères in­ter­viennent qua­si­ment ex­clu­si­ve­ment dans les grilles qui per­mettent d’iden­ti­fier la qua­li­té des eaux », ex­plique Thier­ry Le­roy, conser­va­teur de la ré­serve de Chas­treix. Ces trois ordres ont ain­si fait l’ob­jet d’un grand re­cen­se­ment.

Ob­ser­va­tions

Pen­dant deux ans, 30 jours – et nuits – d’ob­ser­va­tion ont été réa­li­sés sur soixante­deux sta­tions dans la ré­serve et une ving­taine dans sa pé­ri­phé­rie. Une grande par­tie de ces ob­ser­va­tions a eu lieu de nuit et au stade lar­vaire. « Les adultes sont un moyen de re­pro­duc­tion. Ils per­mettent de co­lo­ni­ser alors qu’une larve peut vivre jus­qu’à deux ans », in­dique Gen­na­ro Cop­pa. Pour ces études de nuit, l’en­to­mo­lo­giste se mu­nit d’une lampe qui rayonne dans le bleu afin d’at­ti­rer les in­sectes avant de les ob­ser­ver sous une lampe bi­no. Se­lon les es­pèces, les larves peuvent me­su­rer de 3 à 45 mm.

Les 4.000 spé­ci­mens iden­ti­fiés ap­par­tiennent à 134 es­pèces, dont 16 éphé­mères, 35 plé­co­ptères et 83 tri­cho­ptères. « Une grande par­tie des es­pèces est spé­ci­fique des sources à eau froide à faible am­pli­tude ther­mique et en bon état », té­moigne Gen­na­ro Cop­pa. Des es­pèces spé­ci­fiques des mon­tagnes, dans des mi­lieux de 4 à 15°.

Par­mi elles, une tren­taine est consi­dé­rée comme rare à très rare et neuf sont en­dé­miques du Mas­sif cen­tral. Cer­taines, ori­gi­naires des Py­ré­nées sont pro­ba­ble­ment dues à une re­co­lo­ni­sa­tion post­gla­ciaire. « Les ré­sul­tats sont un ap­port énorme de connais­sances, ils per­met­tront d’éta­blir des pré­co­ni­sa­tions de ges­tion », pour­suit Thier­ry Le­roy.

In­jec­ter de la ma­tière car­bo­née

Le conser­va­teur ne pour­ra pas mo­di­fier la qua­li­té phy­si­co­chi­mique des mi­lieux, ni les quan­ti­tés de masse d’eau. En re­vanche, le pié­ti­ne­ment des zones proches de sources et la ri­pi­sylve (vé­gé­ta­tion bor­dant les mi­lieux aqua­tiques) sont des moyens d’ac­tion de la ré­serve.

Sur les 1.800 ha de la ré­serve, 1.000 sont sou­mis au pâ­tu­rage. La pose de clô­ture au­tour de sites sen­sibles, en concer­ta­tion avec les agri­cul­teurs, peut être en­vi­sa­gée. Aux abords des ruis­seaux, le re­boi­se­ment des rives per­met­trait, d’in­jec­ter de la ma­tière car­bo­née dont se nour­rissent les in­sectes.

En­fin, cet in­ven­taire de la faune aqua­tique ser­vi­ra d’éta­lon pour éva­luer les ef­fets du chan­ge­ment cli­ma­tique. ■

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