Com­bat fi­nal entre la Belle et la Bête

La Montagne (Vichy) - - Top 14 Finale - Ch­ris­tophe Bu­ron Équipe flam­boyante dont le jeu est van­té par tous, l’ASM de­vra se dé­faire des griffes d’un RCT bes­tial et fron­tal pour sou­le­ver le se­cond Bren­nus de son his­toire. Si Tou­lon reste une re­dou­table bête de concours, Cler­mont n’a ja­mais eu aut

Le rug­by n’est ni un jeu de ha­sard ni une lo­te­rie. Ce­la n’em­pê­che­ra pas ce bon Mou­rad Boud­jel­lal, à l’en croire hier après­mi­di au Stade de France, « de mi­ser un billet de 100 eu­ros sur la vic­toire de Cler­mont. Comme ça, je lè­ve­rai les bras quoi qu’il ar­rive à l’is­sue de cette fi­nale que j’aborde très tran­quille­ment. Pour tout dire, je m’en fous com­plè­te­ment même ».

Après avoir re­dit qu’il était dé­jà content d’être là et que même en cas de dé­faite il ne se­rait pas dé­çu de la sai­son de son club « car quand on voit ce qui se passe dans le monde, il y a bien plus grave », le pré­sident tou­lon­nais sait bien que Ri­chard Co­cke­rill a pré­pa­ré ses hommes à un af­fron­te­ment bru­tal et sans conces­sion.

Franck Azé­ma, lui, ne se laisse plus ber­ner par la pres­sion mise par l’icône tou­lon­naise et n’est pas sur­pris de la pré­sence du RCT en fi­nale. « C’est un club qui a be­soin de ce conflit in­terne, de cette si­tua­tion in­con­for­table pour sti­mu­ler les joueurs ». Ce­ci étant dit, cette fi­nale, his­to­rique entre ces deux clubs en cham­pion­nat ­ la 13e pour Cler­mont et Tou­lon ­, se joue­ra très pro­ba­ble­ment sur un sec­teur clé. Avec, cô­té ASM, des si­gnaux par­ti­cu­liè­re­ment po­si­tifs sur cette fin de sai­son.

1 Le point chaud des rucks. Les Cler­mon­tois ont dé­rou­lé leur rug­by lé­ché, fait de vi­tesse et de prises d’ini­tia­tives en de­mi­fi­nale, grâce, en très grande par­tie, à la qua­li­té de leurs li­bé­ra­tions de balle et de la ba­taille des rucks qu’ils ont su ga­gner. Face aux Bas­ta­reaud, Gill, Ver­meu­len, Gui­ra­do… il fau­dra aux hom­ mes d’Azé­ma être aus­si propres que dis­ci­pli­nés et ex­trê­me­ment agres­sifs. Ils savent faire. L’ar­bitre, Ro­main Poite, joue­ra éga­le­ment un rôle non né­gli­geable.

2 Dy­na­mique re­lan­cée après Édim­bourg. Se re­le­ver d’une dé­faite en fi­nale n’a pas tou­jours été une qua­li­té de l’ASM. Sou­vent, elle a pi­qué du nez en sui­vant. Là, en dix jours, le groupe s’est re­cons­truit après avoir ana­ly­sé par­fai­te­ment les sco­ries d’Édim­bourg. Les choses ont été dites, les ex­pli­ca­tions ont eu lieu et les le­çons semblent avoir été ti­rées. Plus ques­tion de sor­tir d’un match sans avoir ten­té…

3 Des bles­sés… ou­bliés. Il y a deux ans, Cler­mont per­dait des joueurs cadres juste avant la fi­nale du Top 14 contre le Stade Fran­çais (Fo­fa­na et Na­kai­ta­ci, dé­jà). Pas le temps d’en faire le deuil et de don­ner confiance à ceux qui les ont rem­pla­cés à l’époque. Cette fois­ci, les ab­sences dé­fi­ni­tives des Fo­fa­na, Na­kai­ta­ci, Toea­va et Va­haa­ma­hi­na ont été di­gé­rées et bien gé­rées. Leurs sup­pléants ont eu le temps de s’ins­tal­ler dans le quinze et ont su ti­rer leur épingle du jeu.

4 Des lea­ders sur une forme as­cen­dante. Sou­vent cuits au mo­ment de fran­chir la ligne, les Cler­mon­tois dé­gagent au­jourd’hui une dy­na­mique in­dé­niable. Les cadres ont ré­pon­du pré­sent et ont as­su­mé leur rôle sur les phases fi­nales des deux com­pé­ti­tions.

La char­nière, et no­tam­ment Lo­pez, a fran­chi un cap dans la ges­tion et la conduite du jeu. On at­tend aus­si de Par­ra qu’il soit pré­cis et mé­tro­no­mique dans son rôle de bu­teur et d’ani­ma­teur. Zi­ra­ka­sh­vi­li n’a ja­mais pa­ru aus­si fort, Kay­ser a en­dos­sé un cos­tume de guer­rier et lea­der qui doit lui per­mettre de se com­por­ter en pa­tron du pack. Quant à Aben­da­non, un des joueurs phares de la de­mie mar­seillaise, il n’est plus très loin du ni­veau ex­cep­tion­nel qui était le sien lors de sa pre­mière sai­son en Au­vergne.

5 Une jeune classe sans com­plexe. Franck Azé­ma nous en fai­sait la confi­dence cette se­maine, il n’a pas ali­gné sur la de­mi­fi­nale les Can­co­riet, Pe­ naud ou Ra­ka juste pour cas­ser la rou­tine qui au­rait pu guet­ter après l’échec d’Édim­bourg. C’est juste qu’il consi­dère cette équipe comme la meilleure du mo­ment.

Les jeunes lui ont plei­ne­ment ren­voyé cette confiance, sans ou­blier Itur­ria, lors du match de sa­me­di der­nier au Vé­lo­drome. Ils ont prou­vé sur­tout qu’ils étaient her­mé­tiques à la pres­sion, qu’ils ne traî­naient au­cun far­deau der­rière eux. Et plus ques­tion, pour les jeunes comme les autres, de nour­rir un quel­conque com­plexe face à Tou­lon, le quart de fi­nale eu­ro­péen au Mi­che­lin l’a confir­mé.

Main­te­nant, on sait comment Tou­lon va jouer, on sait aus­si quel rug­by est ca­pable de pro­duire Cler­mont. Pour que la fête soit belle, que la « bête » tou­lon­naise rende les armes, les hommes d’Azé­ma ne de­vront pas ou­blier de li­vrer com­bat. C’est à ce prix que l’ASM dé­cro­che­ra une deuxième fois la lune et que le peuple « jaune et bleu » pour­ra re­vivre les émo­tions in­croyables de 2010. Que la vic­toire fi­nale ne reste pas une ex­cep­tion. ■

PHO­TO RI­CHARD BRUNEL

ATOUTS. Les jeunes (Can­co­riet et Itur­ria) se sentent pous­ser des ailes à Cler­mont en cette fin de sai­son. Plus qu’un ob­jec­tif : dé­cro­cher le Bou­clier de Bren­nus.

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