Les mots Justes d’un écri­vain amé­ri­cain

La Montagne (Vichy) - - Région Actualité - Pierre-Oli­vier Feb­vret

Le Cham­bon-sur-Li­gnon, Broût-Vernet, Saint-Ju­liende-Cop­pel hier. Alice Hoff­man, qui pré­pare un nou­veau ro­man sur les Justes, s’est ren­due sur les lieux où, en Au­vergne, les hommes et les femmes se sont dres­sés face à la bar­ba­rie.

L’écri­vain amé­ri­cain Alice Hoff­man tra­vaille à un nou­veau ro­man. Ses pre­mières re­cherches au­tour des Justes l’en­traînent ces jours­ci en France. Elle va de ren­contres en vi­sites entre Au­vergne et Rhône­Alpes, pour com­prendre ceux qui ont ca­ché et sau­vés des juifs pen­dant la guerre. D’Izieu au Cham­bon­sur­Li­gnon en pas­sant, hier, par le châ­teau de la Tou­relle, à Saint­Ju­lien­de­Cop­pel (*).

Pour­quoi les Justes ? « C’est une his­toire qui est fas­ci­nante, qui ap­prend tel­le­ment sur l’Homme et qui n’est pas ar­rê­tée dans le temps… » Elle n’en di­ra pas plus dans les cou­loirs de ce châ­teau, concen­trée sur une am­biance… L’écri­ture n’a rien de scien­ti­fique. Alice Hoff­man est là pour sen­tir et TÉ­MOI­GNAGE. Alice Hoff­man (veste bleue) a éga­le­ment ren­con­tré le doc­teur Gil­bert Ser­pin, ad­mi­nis­tra­teur du centre cultu­rel Jules-Isaac, lui aus­si « en­fant ca­ché ».

res­sen­tir pour cap­ter l’émo­tion juste du lieu et la trans­crire.

Elle pose des questions très pré­cises et note les sons : une porte qui claque, un par­quet qui grin­

ce. Elle est at­ten­tive au der­nier étage du châ­teau, res­té en l’état. Elle écoute aus­si Char­line et Pierre Mon­net, pro­prié­taires de­puis vingt­quatre ans et très at­ten­tifs à ho­no­rer sa

mé­moire et, à tra­vers elle, celles d’Isa­belle et An­neMa­rie Go­ry. Deux des 197 Justes d’Au­vergne.

Les soeurs Go­ry et leur mère, Ma­rie­Cé­les­tine Gau­dry, avaient ache­té la Tou­relle après la Pre­mière Guerre mon­diale pour y créer une mai­son d’en­fants. Cette mai­son re­ce­vait des en­fants dé­fi­cients à l’an­née et d’autres pen­dant les va­cances.

À par­tir de 1940, les deux in­fir­mières prirent aus­si en charge des or­phe­lins de l’As­sis­tance pu­blique, des en­fants de pri­son­niers, de réfugiés et de juifs. Ces der­niers n’étaient pas dé­cla­rés en tant que tels. Ils al­laient à l’école du vil­lage et, pour les plus grands, pas­saient leur cer­ti­fi­cat d’études à Billom, lo­ca­li­té proche. Ils al­laient éga­le­ment à la messe du di­manche : au­cune ten­ta­tive de conver­sion n’a eu lieu.

Huit en­fants furent ain­si sau­vés. Ca­chés dans un grand lierre un jour de fouille des Al­le­mands. Les autres en­fants avaient su gar­der le si­lence. Un autre jour sombre, le pré­texte d’une épi­dé­mie d’oreillons avait réus­si à faire fuir le son des bottes…

Qu’en fe­ra Alice Hoff­man ? Il fau­dra at­tendre son pro­chain ro­man, voire son adap­ta­tion ci­né­ma­to­gra­phique. ■

(*) Cette ren­contre a été or­ga­ni­sée par Hen­ri Ben­ha­mou, dé­lé­gué ré­gio­nal du co­mi­té fran­çais pour Yad Va­shem, mé­mo­rial is­raé­lien construit en mé­moire des vic­times juives de la Shoah per­pé­trée par les na­zis.

L’épi­dé­mie d’oreillons fait fuir les Al­le­mands

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