LE FEUILLE­TON

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

Il y a même un ma­ga­sin qui ne vend que des ac­cor­déons, des di­zaines d’ac­cor­déons de toutes les cou­leurs et de toutes les tailles. Un peu avant d’at­teindre le bou­le­vard du Mont­par­nasse, le dé­char­ge­ment de cha­riots de ma­té­riaux ali­men­tant un chan­tier pro­voque un em­bou­teillage. L’om­ni­bus ra­len­tit et s’im­mo­bi­lise. Émile repère un ma­ga­sin de jouets. – Des­cen­dons, dé­cide-t-il. Je veux rap­por­ter quelque chose à mon pe­tit-fils. Il achète une au­to­mo­bile pour Louis, et aus­si une pe­tite pou­pée avec une jo­lie tête en por­ce­laine pour Su­zanne, afin que ce sou­ve­nir de Pa­ris lui porte bon­heur. Puis tous deux gagnent la gare Mont­par­nasse à pied. À 15 h 47 pré­cises, un chef de gare siffle et le train dans le­quel ils ont pris place quitte la ca­pi­tale en di­rec­tion de Chartres et du Mans. Ce voyage à Pa­ris a épui­sé Émile. Bien avant d’at­teindre Ver­sailles, il s’en­dort. Ce n’est qu’une se­maine plus tard qu’un cour­sier de la poste de La Loupe ap­porte un pa­pier bleu à la ferme Fa­vel­lière. C’est un té­lé­gramme en­voyé de Nogent-le-Ro­trou par l’ins­pec­teur de l’agence pour don­ner des nou­velles de l’avan­ce­ment du dos­sier :

Ju­ge­ment se­ra ren­du lun­di 4 mai. Stop. Gar­dons tous es­poir. Stop. Si­gné : Jacques Ca­mize.

Pour Émile et les Pé­che­reau com­mence alors une nou­velle at­tente. Que dé­ci­de­ra le juge ? XXXIV Su­zanne « Pé­che­riau » Au fond de la cour de l’école, on a amé­na­gé une grande es­trade d’une cin­quan­taine de mètres car­rés avec des bal­lots de paille sur les­quels on a po­sé le par­quet du bal du 14 Juillet. Entre les deux po­teaux plan­tés de chaque cô­té, on a ten­du un fil de fer et en­fi­lé les an­neaux d’un ri­deau. La scène res­semble à celle d’un théâtre. – Qui n’a pas trou­vé sa place ? de­mande le maître d’école. Les en­fants des deux classes réunies sont tas­sés sur cinq ran­gées der­rière le ri­deau, les grands dans le fond, les pe­tits de­vant. Tous sont très in­ti­mi­dés. Dans quelques mi­nutes, le garde cham­pêtre va ti­rer le ri­deau et ils se re­trou­ve­ront de­vant tous les gens du vil­lage, ag­glu­ti­nés dans la cour de l’école dé­co­rée de guir­landes, de pe­tits dra­peaux et de fleurs mul­ti­co­lores dé­cou­pées par les en­fants. – Par­fait, dit M. De­lage après avoir pro­me­né son re­gard sur tous les élèves. Quand vous chan­te­rez, sui­vez bien la maî­tresse. C’est elle qu’il faut re­gar­der, pas vos pa­rents ou vos voi­sins. Main­te­nant, pas un bruit : je vais vous an­non­cer. M. De­lage écarte les deux moi­tiés du ri­deau et avance jus­qu’au bord de la scène. Tout Saint-Éliph est là, même les gens qui n’ont pas d’en­fants à l’école parce que la fête des prix c’est une date im­por­tante qui rythme la vie du vil­lage. Juste de­vant l’es­trade, po­sés sur les tables qui servent au ban­quet des pom­piers, s’alignent les livres de prix, de beaux livres rouges avec des titres do­rés. (à suivre)

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