Le Qa­tar iso­lé au Moyen­Orient

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - AFP

L’Ara­bie saou­dite et ses al­liés ont rom­pu, hier, avec le Qa­tar qu’ils ac­cusent de sou­te­nir le « ter­ro­risme », pro­vo­quant une crise di­plo­ma­tique au Moyen-Orient

Le Qa­tar a ré­agi avec co­lère à cette dé­ci­sion an­non­cée à l’aube en ac­cu­sant ses voi­sins du Golfe (Ara­bie Saou­dite, Émi­rats arabes unis, Bah­reïn, ain­si que l’Égypte) de vou­loir le mettre « sous tu­telle » et de l’étouf­fer éco­no­mi­que­ment.

La rup­ture des re­la­tions avec le Qa­tar in­ter­vient deux se­maines après une vi­site à Ryad du pré­sident des Etats­Unis qui a ex­hor­té les Arabes et les mu­sul­mans à se mo­bi­li­ser contre l’ex­tré­misme. Elle a pro­vo­qué une ré­ac­tion me­su­rée de Washington, al­lié à la fois de Ryad et de Do­ha, qui a in­vi­té les pays du Golfe à res­ter « unis ».

La Tur­quie et l’Iran ont ap­pe­lé au dialogue. An­ka­ra, très proche du Qa­tar, a pro­po­sé son aide alors que Té­hé­ran, dont le rap­pro­che­ment avec le Qa­tar exas­père ses voi­sins, es­ti­mait que seuls « des moyens po­li­tiques et pa­ci­fiques et un dialogue franc entre les par­ties » pou­vaient ré­soudre le dif­fé­rend.

Pour son « sou­tien au ter­ro­risme »

Cette crise est la plus grave de­puis la créa­tion en 1981 du Conseil de co­opé­ra­tion du Golfe (CCG), qui re­groupe l’Ara­bie saou­dite, Bah­reïn, les Émi­rats arabes unis, le Ko­weït, Oman et le Qa­tar. PRÉ­OC­CU­PÉ. Le Qa­tar du cheikh Ta­mim ben Ha­mad Al-Tha­ni s’es­time vic­time d’une ten­ta­tive de mise « sous tu­telle ».

Ce der­nier y a tou­jours oc­cu­pé une place à part, pour­sui­vant sa propre po­li­tique ré­gio­nale et af­fir­mant son in­fluence par le sport, grâce no­tam­ment à l’or­ga­ni­sa­tion du Mon­dial 2022 de foot­ball.

Outre la rup­ture des re­la­tions et le rap­pel des di­plo­mates, les trois pays du Golfe ont pris des me­sures de ré­tor­sion sans pré­cé­dent : fer­me­ture des es­paces aé­riens, des ac­cès ter­restres et ma­ri­times, in­ter­dic­tion de voya­ger au Qa­tar et d’en­trée pour les res­sor­tis­sants du Qa­tar.

Ryad, Abou Dha­bi et Ma­na­ma ont jus­ti­fié la rup­ture avec Do­ha par son « sou­tien au ter­ro­risme », y com­pris Al­Qaï­da, le groupe Etat is­la­mique (EI) « Agres­sion ca­rac­té­ri­sée » pour cer­tains, « at­taque pré­ven­tive » pour d’autres : la guerre des Six Jours a écla­té il y a tout juste 50 ans. Ou comment un conflit éclair – du 5 au 10 juin 1967 – a du­ra­ble­ment ébran­lé le Pro­cheO­rient, mo­di­fié le mode de vie de ses ha­bi­tants et lais­sé dans son sillage vio­lences, plans de paix avor­tés et at­tentes dé­çues.

Juin 1967. L’Égypte de Nas­ser vient de fer­mer le dé­troit de Ti­ran aux em­bar­ca­tions is­raé­liennes, les pri­vant ain­si d’ac­cès à la mer Rouge. Ce coup de force vient s’ajou­ter à une ten­sion la­tente avec ses autres voi­sins arabes et – les né­go­cia­tions diplomatiques n’ayant pas abou­ti – four­nit à Is­raël un pré­texte pour at­ta­quer.

Le 5 juin, l’avia­tion égyp­tienne est dé­truite en quelques heures. Le len­de­main, l’ar­mée is­raé­lienne s’em­pare de Ga­za. Le 7 juin, les forces is­raé­liennes entrent dans la Vieille Ville de Jé­ru­sa­lem et re­prennent le mur des La­men­ta­tions, sous contrôle jor­da­nien de­puis la guerre de 1948. Le 8, alors que la ba­taille sur le front du Si­naï est ter­mi­née,

et les Frères mu­sul­mans, confré­rie clas­sée « ter­ro­riste » par l’Égypte et des pays du Golfe.

De­puis la mon­tée en puis­sance du Qa­tar sur les scènes ré­gio­nale et in­ter­na­tio­nale à la fin des an­nées 1990, ce riche émi­rat ga­zier, al­lié des États­Unis, a en­cou­ra­gé des cou­rants is­la­miques, qu’il a sou­te­nus di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment dans les pays du Prin­temps arabe. Ces ac­cu­sa­tions de sou­tien sont donc ré­cur­rentes.

Le Qa­tar est consi­dé­ré comme l’un des prin­ci­paux bailleurs de fonds des Frères mu­sul­mans en Égypte et des groupes proches de cette confré­rie dans les États voi­sins. Le riche émi­rat ga­zier avait sou­te­nu avec force l’an­cien pré­sident égyp­tien Mo­ha­med Mor­si, is­su des Frères mu­sul­mans, et a qua­li­fié de « coup d’État » son évic­tion par Ab­del Fat­tah al­Sis­si en 2013.

Le pays « lutte contre le ter­ro­risme »

Après neuf mois de crise di­plo­ma­tique, il a ac­cep­té, sous la pres­sion des autres mo­nar­chies du Golfe, de tem­pé­rer for­mel­le­ment les cri­tiques contre Sis­si mais sans ja­mais les ar­rê­ter. Le Qa­tar ac­cueille tou­jours des di­ri­geants de pre­mier plan des Frères mu­sul­mans, comme Youssef alQa­ra­daoui, consi­dé­ré comme l’un de ses chefs spi­ri­tuels.

Le Qa­tar a qua­li­fié d’« in­jus­ti­fiée » et « sans fon­de­ment » la dé­ci­sion de cer­tains pays du Golfe, prise « en co­or­di­na­tion avec l’Égypte ». Elle a un « ob­jec­tif clair : pla­cer l’État (du Qa­tar) sous tu­telle, ce qui marque une vio­la­tion de sa sou­ve­rai­ne­té » et est « to­ta­le­ment in­ac­cep­table », a af­fir­mé le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères à Do­ha.

Di­ri­gé par le jeune émir cheikh Ta­mim ben Ha­mad Al­Tha­ni, l’émi­rat « n’in­ter­fère pas dans les af­faires d’au­trui » et « lutte contre le ter­ro­risme et l’ex­tré­misme », a­t­il as­su­ré. ■

➔ Flo­rian Phi­lip­pot. Le vi­ce­pré­sident du Front Na­tio­nal a de­man­dé à la France d’imi­ter les trois États du Golfe et l’Égypte, en rom­pant à son tour avec le Qa­tar qu’il es­time « dan­ge­reux » et de­vant être « trai­té comme tel dans la lutte contre le ter­ro­risme is­la­mique ». PSG. Le sym­bole du dé­ve­lop­pe­ment du Qa­tar.

Avec un re­ve­nu an­nuel par ha­bi­tant de 138.480 dol­lars en 2015 (se­lon la Banque mon­diale), l’un des plus éle­vés au monde, le Qa­tar s’est his­sé sur la scène in­ter­na­tio­nale – y com­pris fran­çaise – par des investissements tous azi­muts.

Il dé­tient ain­si 17 % du ca­pi­tal de Volks­wa­gen et 10 % de l’Em­pire State Buil­ding de New York. Il a in­ves­ti près de 40 mil­liards de livres (46 mil­liards d’eu­ros) au Royaume­Uni ces der­nières an­nées, avec no­tam­ment les ma­ga­sins haut de gamme Har­rods et la deuxième chaîne de su­per­mar­chés du pays, Sains­bu­ry’s.

Très ac­tif en France de­puis une di­zaine d’an­nées, no­tam­ment via son fonds sou­ve­rain Qa­tar In­vest­ment Au­tho­ri­ty (QIA), le riche émi­rat ga­zier a lar­ge­ment in­ves­ti sous les quin­quen­nats

Sar­ko­zy et Hol­lande, mal­gré des cri­tiques ré­cur­rentes.

Le Qa­tar a ra­che­té en 2011 le club de foot­ball du Pa­ris Saint­Ger­main, vi­trine du pays en France, qu’il a pro­pul­sé en haut de l’af­fiche – quatre fois cham­pion de France de­puis – grâce à des moyens co­los­saux.

En plus de le do­ter d’une « lo­co­mo­tive » spor­tive, le pays du Golfe avait don­né une bouf­fée d’air frais au cham­pion­nat de France de foot­ball, en ra­che­tant en 2012 une par­tie de ses droits té­lé­vi­sés, via sa chaîne BeIn Sports.

BeIn Sports a tou­te­fois su­bi un coup d’ar­rêt en mai, lorsque SFR a ra­che­té les droits de dif­fu­sion de la pres­ti­gieuse Ligue des cham­pions de foot­ball pour la pé­riode 2018­2021. Le Qa­tar est éga­le­ment pré­sent dans le groupe de mé­dias La­gar­dère (13,03 %). ■

PHO­TO AFP

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