L’ac­tion, ca­pi­tale pour l’éco­no­mie

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités La Bourse - Alexandre Cha­te­net alexandre.cha­te­net@cen­tre­france.com

Sans une forte re­lance de l’ac­tion­na­riat et une re­fonte de sa fis­ca­li­té, l’es­poir d’une crois­sance du­rable en France semble com­pro­mis, se­lon le pré­sident de l’AN­SA.

Mi­chel Rol­lier, pré­sident du conseil de sur­veillance du groupe Mi­che­lin, est aus­si le pré­sident de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des so­cié­tés par ac­tions (AN­SA). Il évoque ici la né­ces­si­té de re­lan­cer l’in­ves­tis­se­ment ac­tion­na­rial en France. ■ Comment ex­pli­quez-vous le désa­mour des Fran­çais pour l’ac­tion­na­riat ? C’est en pre­mier lieu de l’in­com­pré­hen­sion. On a dit beau­coup de mal des so­cié­tés par ac­tions, donc il y a un manque de confiance. Je pense qu’on a créé, au fil des dé­cen­nies, une es­pèce d’hos­ti­li­té à l’égard de l’ac­tion­na­riat. Un phé­no­mène propre à la France d’ailleurs.

Ce qui est pa­ra­doxal, c’est que les Fran­çais sont très at­ta­chés à leurs en­tre­prises, mais ils ne cernent pas bien le lien exis­tant entre une en­tre­prise et son ca­pi­tal. En­suite, les Fran­çais ont

éga­le­ment l’im­pres­sion que l’ac­tion­na­riat, ce sont seule­ment les so­cié­tés co­tées, mais c’est faux ! Une PME de Cler­mont­Fer­rand, avec 20 sa­la­riés, fonc­tionne elle aus­si grâce aux ac­tions. Les ac­tions sont vi­tales pour le dé­ve­lop­pe­ment de toutes les en­tre­prises fran­çaises, pe­tites ou grandes, co­tées ou non. Le désa­mour des Fran­çais pour l’ac­tion­na­riat s’ex­plique éga­le­ment par notre fis­ca­li­té qui les a dé­tour­nés de l’ac­tion­na­riat. ■ Une fis­ca­li­té pour les ac­tion­naires trop lourde et trop com­pli­quée… La fis­ca­li­té sur les ac­tions a chan­gé

sept fois en huit ans… Je pense que c’est un re­cord du monde. Comment vou­lez­vous vous pro­je­ter ! La fis­ca­li­té en France est to­ta­le­ment dé­ca­lée par rap­port aux autres pays eu­ro­péens. À cô­té de nous, la Suède est un pa­ra­dis fis­cal ! Chez nous, la fis­ca­li­té sur les ac­tions est confis­ca­toire. Par exemple, quand une so­cié­té dé­gage un ré­sul­tat brut de 100 eu­ros, le di­vi­dende net de l’ac­tion­naire, pour un contri­buable im­po­sé à l’im­pôt sur le re­ve­nu au taux d’im­po­si­tion de 30 %, est de 40,9 en France contre plus de 53 en Gran­deB­re­tagne et en Al­le­magne. Quand on ajoute l’ISF, l’im­pôt de­vient confis­ca­toire, pou­vant at­teindre 100 % d’im­po­si­tion, voire plus ! La fis­ca­li­té est en­core confis­ca­toire dans la trans­mis­sion des ac­tions aux hé­ri­tiers et en­fants, sans ou­blier la taxe sur les plus­va­lues quand vous ven­dez.

Bref, on l’a bien com­pris, pour beau­coup d’ac­tion­naires, ce­la ne rap­porte plus rien ! Et ce­la ex­plique en grande par­tie que les Fran­çais tournent le dos à l’ac­tion­na­riat. On peut aus­si rai­son­ner au­tre­ment : beau­coup de gens se sont émus des 45 mil­liards de di­vi­dendes ver­sés par les en­tre­prises du CAC 40… Mais la vraie gêne, c’est de voir que la moi­tié de cette somme est par­tie fi­nan­cer les re­traites des Amé­ri­cains, des An­glais, des Nor­vé­giens et des Sin­ga­pou­riens… Ce se­rait quand même mieux que cet ar­gent contri­bue à fi­nan­cer les re­traites des Fran­çais. Mais pour ce­la, il faut per­mettre aux Fran­çais de ré­in­ves­tir dans l’ac­tion­na­riat. ■ Quelles sont les consé­quences de ce dés­in­té­rêt ? L’em­ploi. Notre pays a be­soin des en­tre­prises de taille in­ter­mé­diaire gé­né­ra­ trices d’em­plois. Il en existe 9.000 en Ita­lie, 12.000 en Al­le­magne… Seule­ment 4.500 en France. Si nous étions ne se­rait­ce qu’au ni­veau de l’Ita­lie, il y au­rait trois mil­lions d’em­plois sup­plé­men­taires en France. Ce type d’en­tre­prises n’existe que grâce à l’ac­tion­na­riat. Certes il y a une pe­tite re­prise éco­no­mique, mais nous en pro­fi­tons moins que les autres. Comme on le voit, c’est un dés­in­té­rêt qui pèse lourd et qui est ex­trê­me­ment pé­na­li­sant pour l’éco­no­mie fran­çaise. ■ Quelles sont les pro­po­si­tions pré­co­ni­sées par l’AN­SA, no­tam­ment à l’adresse du nou­veau pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron et de son gou­ver­ne­ment ? D’abord, sup­pri­mer l’ISF. Cet im­pôt est une ab­sur­di­té. Il n’y a que la France qui le pra­tique. Les consé­quences de cet im­pôt, qui ne pèse que sur quelques cen­taines de mil­liers de contri­buables, sont ca­tas­tro­phiques pour l’éco­no­mie : vente d’en­tre­prises à des ca­pi­taux étran­gers, dé­lo­ca­li­sa­tions d’em­plois… Le pré­sident sou­haite certes sup­pri­mer l’ISF qui s’ap­plique aux ac­tifs qui concourent au fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie, c’est­à­dire no­tam­ment les ac­tions. C’est bien, mais in­suf­fi­sant. En­suite, il faut re­ve­nir à un pré­lè­ve­ment for­fai­taire rai­son­nable in­cluant les pré­lè­ve­ments so­ciaux sur les di­vi­dendes et sur les plus­va­lues, en pre­nant en compte no­tam­ment la du­rée de dé­ten­tion des ac­tions. Ce­lui qui garde des ac­tions dix ans est au­tant taxé que ce­lui qui les vend le len­de­main, alors qu’il faut en­cou­ra­ger une dé­ten­tion pé­renne. Troi­siè­me­ment, il faut mieux or­ga­ni­ser la trans­mis­sion des en­tre­prises, no­tam­ment de taille in­ter­mé­diaire. N’ou­blions pas que la grande force de l’Al­le­magne est d’avoir des so­cié­tés qui se suc­cèdent de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion.

Avec ces trois me­sures, les ef­fets sur l’em­ploi se­raient consi­dé­rables, avec un re­tour de l’in­ves­tis­se­ment et une crois­sance de nos en­tre­prises. Dès lors, les condi­tions de­vien­draient fa­vo­rables pour que les Fran­çais se re­mettent à in­ves­tir dans les ac­tions, dans les en­tre­prises, dans leurs en­tre­prises. ■

➔ AN­SA. L’AN­SA exerce de­puis 1930 une mis­sion d’in­té­rêt gé­né­ral au­près de ses 230 adhé­rents, so­cié­tés co­tées et non co­tées, ain­si qu’en­vi­ron 185 membres as­so­ciés (ca­bi­nets d’avo­cats, ex­perts comp­tables…).

PHO­TO D’AR­CHIVES PAS­CAL CHAREYRON

MI­CHEL ROL­LIER. Pré­sident du Conseil de sur­veillance de Mi­che­lin et pré­sident de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des so­cié­tés par ac­tions.

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