Pe­tit mais ma­lin

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Alexandre Mo­rel

Ap­pa­ru en 1949, le Jour­nal té­lé­vi­sé reste une ins­ti­tu­tion, même si l’on a beau­coup pro­nos­ti­qué sa dis­pa­ri­tion avec In­ter­net et les ré­seaux so­ciaux et les chaînes d’in­for­ma­tion en conti­nu. Il a dé­jà sur­vé­cu, il y a quelques dé­cen­nies, à la ri­poste des ra­dios et de leurs bul­le­tins d’info toutes les heures, et a bien ré­sis­té aux for­mules rac­cour­cies comme sur M6 ou Ca­nal +.

Alors que l’in­dé­pen­dance de la té­lé­vi­sion fran­çaise re­monte – en prin­cipe – à la pré­si­dence de Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing qui avait sou­hai­té lâ­cher la bride aux chaînes, après l’écla­te­ment de l’ORTF le 31 dé­cembre 1974 – voire un peu plus tôt, à l’époque où Jacques Cha­ban Del­mas est le Pre­mier mi­nistre de Georges Pom­pi­dou (1969­1972) et des­serre le lien gaul­lien qui liait l’ins­ti­tu­tion et le gou­ver­ne­ment – il est constant de voir fleu­rir les com­men­taires sur la main du pou­voir à chaque ré­vo­lu­tion de pa­lais dans les 20 Heures.

Quand PPDA est dé­bar­qué, en 2008, on évoque la ven­geance de Ni­co­las Sar­ko­zy com­pa­ré, lors d’une interview, à un « pe­tit gar­çon ». Au­jourd’hui, le SNJ de France Té­lé­vi­sions condamne le Plus un État est pe­tit, plus ses chances d’exis­ter re­lèvent de son en­tre­gent. C’est ce que prouve le Qa­tar de­puis que l’émir Ha­mad Al-Tha­ni, en 1995, a des­ti­tué son père, se­lon lui trop dé­pour­vu d’am­bi­tions pour ce confet­ti à la li­sière du Golfe ara­bo-per­sique. En deux dé­cen­nies, grâce à l’ex­ploi­ta­tion de ses res­sources ga­zières, l’émi­rat est de­ve­nu in­con­tour­nable en fon­dant son ac­tion ex­té­rieure sur un « soft po­wer » agres­sif : créa­tion de la chaîne AlJa­zi­ra, in­ves­tis­se­ments mas­sifs dans l’in­dus­trie, l’hô­tel­le­rie et le luxe, créa­tion de mu­sées de di­men­sion in­ter­na­tio­nale, ra­chat du PSG, or­ga­ni­sa­tion du Mon­dial de foot de 2022. À quoi s’ajoute une di­plo­ma­tie tous azi­muts, cour­ti­sant les États-Unis en hé­ber­geant le quar­tier gé­né­ral des forces amé­ri­caines au Proche-Orient et mul­ti­pliant les ca­naux de com­mu­ni­ca­tion avec tous les ac­teurs du monde arabe, y com­pris les is­la­mistes les moins re­com­man­dables. Cet ac­ti­visme est de­ve­nu d’au­tant plus in­sup­por­table aux Saou­diens que le Qa­tar joue la conci­lia­tion avec l’Iran pour la simple rai­son que les deux pays pompent le même gi­se­ment sous-ma­rin. Du temps d’Obama, Riyad ron­geait son frein. L’ar­ri­vée de Trump lui a en­le­vé tout scru­pule. choix de la date où est an­non­cé le dé­part de Da­vid Pu­ja­das, le jour même de la for­ma­tion du gou­ver­ne­ment d’Em­ma­nuel Ma­cron, « ca­tas­tro­phique » « puis­qu’il jette sur le ser­vice pu­blic un nou­veau doute quant au lien po­li­tique entre des dé­ci­sions et le chan­ge­ment d’ac­tion­naire (le pré­sident de la Ré­pu­blique) ». Une an­tienne qu’on pour­rait dé­jà ap­pli­quer à la té­lé­vi­sion de 1981 à l’ar­ri­vée (la première sous la Ve Ré­pu­blique) de la gauche au pou­voir.

En fait, celle qui de­vrait suc­cé­der à Da­vid Pu­ja­das Anne­So­phie La­pix (LCI, M6, TFI, Ca­nal +, France 5), n’a guère de le­çon de jour­na­lisme et d’in­dé­pen­dance à re­ce­voir. Le pu­blic re­trou­ve­ra pro­ba­ble­ment très vite ses marques, comme le montrent les exemples pas­sés sur TF1 ou France 2, où le 13 Heures a sur­vé­cu au choix d’Élise Lu­cet de se consa­crer à l’in­ves­ti­ga­tion.

Quoi qu’il en soit, Da­vid Pu­ja­das a été l’ar­ti­san de la re­mon­tée fan­tas­tique des au­diences du JT de France 2, qui ta­lonne de plus en plus ce­lui de TF1, avec une moyenne cette sai­son à 4,9 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs pour 20,5 % de part d’au­dience. Et la re­con­nais­sance de la pro­fes­sion reste forte puisque les mal­adresses de la di­rec­tion de la chaîne ont coû­té sa place au di­rec­teur de l’in­for­ma­tion, Mi­chel Field.

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