Com­mo­tions : Cud­more at­taque l’ASM

La Montagne (Vichy) - - Région - Faits Divers - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­noin@cen­tre­france.com

Di­manche, lors de la fi­nale du Top 14, cinq joueurs sont sor­tis du ter­rain en ti­tu­bant pour su­bir un pro­to­cole com­mo­tion. Du ja­mais vu. Dans ce contexte très par­ti­cu­lier, une ex-fi­gure em­blé­ma­tique de l’ASM en­gage une pro­cé­dure in­édite.

A38 ans, et alors qu’il vient de prendre sa re­traite spor­tive (*), Ja­mie Cud­more, alias le « Bû­che­ron », as­sène un der­nier coup de hache. Ce­lui­là est des­ti­né à l’ASM, club qu’il a quit­té en 2016. Et prend la forme d’une as­si­gna­tion en ré­fé­ré dé­po­sée au tri­bu­nal de grande ins­tance (TGI) cler­mon­tois.

« J’ai com­men­cé à vo­mir 1 dans les ves­tiaires ». Le li­tige porte sur trois chocs que le joueur a su­bis au prin­temps 2015. Le pre­mier re­monte au 18 avril, jour de de­mi­fi­nale de coupe d’Eu­rope. Au cours de la pre­mière mi­temps, la tête de Ja­mie Cud­more heurte celle de son vis­à­vis an­glais. Le Ca­na­dien de l’ASM sort du ter­rain pour un pro­to­cole com­mo­tion. Il est, se­lon LONDRES, LE 2 MAI 2015. Vic­time d’un choc à la tête, Ja­mie Cud­more quitte le ter­rain, ac­com­pa­gné par un soi­gneur de l’ASM.

ses dires, in­ca­pable de ré­pondre aux ques­tions ré­gle­men­taires po­sées par le mé­de­cin. Mais au­rait pour­tant été contraint de re­ve­nir en jeu.

Re­be­lote deux se­maines plus tard. Lors de la fi­nale de cette même Cham­pions Cup, Cud­more af­firme avoir été ra­pi­de­ment

« élec­tri­sé ». « Il n’y a pas eu de contact avec ma tête, mais la force de l’im­pact m’a ren­du tout mou », ex­plique­t­il dans une in­ter­view don­née à la presse an­glaise, re­prise dans l’as­si­gna­tion.

Le so­lide Ca­na­dien re­prend la par­tie. Avant de su­bir un nou­veau choc.

« Je suis sor­ti et j’ai com­men­cé à vo­mir dans les ves­tiaires. Je ne connais­sais rien du syn­drome du deuxième im­pact. Je ne sa­vais pas que j’au­rais pu mou­rir », a­t­il confié aux mé­dias bri­tan­niques. Huit mi­nutes plus tard, il est de re­tour sur le pré.

La suite est dou­lou­reuse. « Tête dans le co­ton », ver­tiges, cé­pha­lées. Et « trois mois de ga­lère ». « Je criais sur mes en­fants, je ne pou­vais plus re­gar­der la lu­mière ou écou­ter de la mu­sique. Je me dis que je gar­de­rai peut­être des sé­quelles », s’in­quié­tait Cud­more, hier, dans les co­lonnes du Pa­ri­sien.

Vers une ex­per­tise mé­di­cale 2 ? L’ex­poutre du pack cler­mon­tois est as­sis­tée par les avo­cats du ca­bi­net Por­te­joie. « Notre client a sou­hai­té at­tendre que la fi­nale ait lieu avant de ré­agir, pré­cisent ces der­niers. Sa seule mo­ti­va­tion, c’est la santé des joueurs et l’in­for­ma­tion qui doit leur être ap­por­tée ».

Si la chambre ci­vile du TGI ac­cède à sa de­mande, Ja­mie Cud­more fe­ra d’abord l’ob­jet d’une ex­per­tise mé­di­cale. La dé­ci­sion pour­rait être connue en juillet. « Cet exa­men de­vra dé­ter­mi­ner s’il a bien été vic­time de com­mo­tions lors de ces deux matches, in­diquent ses avo­cats. Dans l’af­fir­ma­tive, la res­pon­sa­bi­li­té de l’ASM se­ra sus­cep­tible d’être en­ga­gée. Il re­vien­dra alors à la jus­tice de chif­frer le pré­ju­dice su­bi ».

L’ASM « n’a rien à ca­cher 3 ». Le club cham­pion de France, re­pré­sen­té par Me Charles Fri­bourg, a ré­agi dès hier soir, sous la forme d’un com­mu­ni­qué cin­glant. « L’ASM n’a rien à ca­cher dans ce dos­sier et ne contes­te­ra pas cette de­mande (d’ex­per­tise, NDLR), bien qu’elle émane de per­sonnes n’ayant vi­si­ble­ment pas la maî­trise de ces ques­tions mé­di­cales très poin­tues. L’ASM ap­por­te­ra, dans la trans­pa­rence, tous les élé­ments fac­tuels et ob­jec­tifs que pour­rait éven­tuel­le­ment sol­li­ci­ter l’ex­pert dé­si­gné », est­il écrit.

« La pro­blé­ma­tique des com­mo­tions cé­ré­brales, pour­suit le texte, n’est pas une pré­oc­cu­pa­tion nou­velle pour le club », qui se dit même « à la pointe de l’in­no­va­tion dans ce do­maine » via le sui­vi sys­té­ma­tique de l’évo­lu­tion de la pro­téine S100, « mar­queur du trau­ma­tisme ». Un pro­to­cole « qui fait ré­fé­rence dans le rug­by na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal », conclut le com­mu­ni­qué. ■

(*) Il jouait cette sai­son à Oyon­nax et va in­té­grer le staff du club.

PHO­TO D’AR­CHIVES FRAN­CIS CAMPAGNONI

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