Elle se li­bère de son corps d’homme

La Montagne (Vichy) - - Al­lier Ac­tua­li­té - Se­her Turk­men se­her.turk­men@cen­tre­france.com

Ma­rion est née Fran­çois, un pré­nom qu’elle abhorre. À 42 ans, la Mont­lu­çon­naise pour­suit son par­cours de tran­si­tion vers son corps de femme.

Cu­rieu­se­ment, c’est quand elle s’est ins­tal­lée en Au­vergne en 2010 que cette fonc­tion­naire des fi­nances pu­bliques s’est as­su­mée en­tiè­re­ment. « Je suis née à Vin­cennes, j’ai fait mes études et tra­vaillé à Pa­ris. Comme les gens sont totalement in­di­vi­dua­listes dans cette ville, ça au­rait pu pas­ser, mais ça me blo­quait », ra­conte­t­elle.

Dé­mé­na­ger a été un acte de li­bé­ra­tion de la femme pié­gée dans le corps d’homme qu’elle traîne de­puis toute pe­tite. « J’ai pu vivre ce que j’étais » : Ma­rion, trans­genre de 42 ans au­jourd’hui, née Fran­çois.

Ce pré­nom, seule sa ma­man l’em­ploie en­core. « Je n’en parle pas avec elle. Ça la rend ma­lade. Elle me dit “j’ai eu un fils” ou “ar­rête de par­ler au fé­mi­nin”. Mais c’est ma mère, je l’ac­cepte. » Il y a un col­lègue aus­si, qui « in­siste bien sur ce pré­nom de mec. On se sent un peu vio­lée. C’est fort, mais c’est un peu ça. »

« Le re­gard des gens est par­fois bles­sant »

Si les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives sont lourdes, Ma­rion compte of­fi­cia­li­ser ce pa­tro­nyme qu’elle s’est choi­si. « Je re­çois dé­jà mon abon­ne­ment au jour­nal avec ce pré­nom. Ce­lui à l’élec­tri­ci­té aus­si. Quand j’ai des re­com­man­dés, ça ne pose pas de pro­blème. »

Son état ci­vil se conjugue tou­jours au mas­cu­lin, pour l’heure. Le chan­ge­ment de sexe est en­vi­sa­gé oui, seule­ment dans un ave­nir loin­tain. Un pas après l’autre. Ma­rion est en tran­si­tion.

Dé­jà, elle s’est dé­bar­ras­sée de sa garde­robe XY (*). « J’ai en­core quelques ha­bits pour le jar­din, pour ne pas abî­mer mes vê­te­ments. On dit que je m’ha­bille as­sez jeune », sou­rit Ma­rion, qui se dit vo­lon­tiers « co­quette ». Pe­tite robe rouge oran­gée dé­cou­vrant des jambes à faire pâ­lir d’en­vie n’im­porte quelle femme, es­car­pins ver­nis noirs, bo­lé­ro blanc sur les épaules. Un rouge à lèvres rose pour ha­biller sa bouche. Une per­ruque blonde pour mas­quer ses

che­veux qu’elle trouve « moches ». Elle n’est pas « une bête de foire » alors « le re­gard des gens est par­fois bles­sant. Mais il y a des per­sonnes su­per sym­pas », en de­hors de ses « co­pines » vi­vant la même si­tua­tion.

Par­cours de tran­si­tion

De­puis 2013, elle uti­lise aus­si des crèmes hor­mo­nales ache­tées « di­rec­te­ment en la­bo­ra­toire ». Ef­fi­caces mais pas as­sez pour faire ta­bu­la ra­sa de cette barbe qu’elle a en hor­reur. Ma­rion s’en ex­cuse presque…

L’étape sui­vante, ce sont les pi­lules hor­mo­nales. « J’ai ren­dez­vous avec un en­do­cri­no­logue en août à Vichy. J’ai ap­pe­lé en jan­vier. À Mont­lu­çon, on ne me pro­po­sait un cré­neau qu’en jan­vier 2018. J’ai de­man­dé une ALD (Af­fec­tion longue du­rée), comme ça les frais sont rem­bour­sés. » Elle voit aus­si un psy­cho­logue. Son attestation est né­ces­saire pour dé­mar­rer le trai­te­ment tant at­ten­du, qui af­fi­ne­ra son corps, dé­ve­lop­pe­ra sa poi­trine, agi­ra sur sa voix.

Celle­ci est dé­jà fluette. Elle l’a tou­jours été d’ailleurs. Car Ma­rion n’était pas ce que la norme at­tend d’un gar­çon : qu’il soit « vi­ril », entre autres. « J’ai eu des difficultés d’in­té­gra­tion so­ciale et sco­laire. Je me sen­tais mal, pas à ma place. J’ai fait deux classes de se­conde et trois de ter­mi­nale. Mes ca­ma­rades se mo­quaient de moi, car ils voyaient que j’étais dif­fé­rente. Mais je ne leur en veux pas. Dans les an­nées 1980, on n’en par­lait pas de tout ça. »

Af­fi­cher ses droits au­jourd’hui – « à mon ni­veau » –, c’est aus­si une ma­nière de faire avan­cer la cause LGBT (les­biennes, gays, bi­sexuels, trans). « Il faut mon­trer qu’on existe, pour bou­ger les mentalités. Je ne me consi­dère pas comme quel­qu’un de ma­lade. J’ai mes joies, mes peines, comme tout le monde. » Nor­male, en somme. ■

(*) Ce sont les chro­mo­somes mas­cu­lins. XX pour les femmes.

PHOTOS CÉ­CILE CHAMPAGNAT

AF­FIR­MA­TION. Ma­rion a dé­jà pas­sé l’étape de la tran­si­tion ves­ti­men­taire. Elle en­tame bien­tôt la tran­si­tion hor­mo­nale. L’opé­ra­tion est en­vi­sa­gée, mais dans un ave­nir loin­tain.

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