La rup­ture en... dou­ceur

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Ac­tua­li­tés - BER­NARD STÉ­PHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Chaque mi­nistre de l’Édu­ca­tion na­tio­nale est­il condam­né à pré­sen­ter un train de ré­formes en rayant d’un trait de plume l’hé­ri­tage de son pré­dé­ces­seur ? Jean­Mi­chel Blan­quer veut se gar­der, dit­il, de ce mal fran­çais. Et pour­tant, lors­qu’on dresse la liste de ses pre­mières me­sures an­non­cées et de ses in­ten­tions, on est bien dans une sorte de re­mise à plat des chan­tiers de Vincent Peillon et de Na­jat Val­laud­Bel­ka­cem.

Per­sonne ne fe­ra pro­cès au nou­veau mi­nistre d’être un no­vice en sa ma­tière. C’est en ef­fet un pro­fes­sion­nel de l’Édu­ca­tion, il a été en­sei­gnant, rec­teur, haut fonc­tion­naire au mi­nis­tère. Mais on a pris l’ha­bi­tude en France de se mé­fier des pro­fes­sion­nels. Ain­si, se­lon une vieille for­mule, il ne faut pas confier la guerre aux mi­li­taires, alors fal­lait­il confier l’école à un en­sei­gnant ?

Jean-Mi­chel Blan­quer ne cache pas son at­ta­che­ment aux fon­da­men­taux, et fi­na­le­ment à un prin­cipe de bon sens : à l’école, l’en­sei­gnant en­seigne et l’élève ap­prend. Un vieux pré­cepte qu’il tra­duit dé­jà avec l’au­to­ri­sa­tion de re­dou­ble­ment pour don­ner une se­conde chance, avec le re­tour des classes bi­langues pour don­ner l’en­vie de l’ex­cel­lence, avec le dé­dou­ble­ment des classes des quar­tiers sen­sibles, mais aus­si avec un coup de ca­nif dans la re­li­gion des rythmes sco­laires uni­for­mi­sés. Là en­core, comme pour la ges­tion des éta­blis­se­ments, le mi­nistre pré­co­nise le prin­cipe de sub­si­dia­ri­té, à sa­voir tout ce qui peut se dé­ci­der lo­ca­le­ment (par les col­lec­ti­vi­tés ou par les éta­blis­se­ments) ne doit pas se dé­ci­der à Pa­ris.

L’école a été chez Em­ma­nuel Ma­cron, pen­dant sa cam­pagne élec­to­rale, mise au rang des prio­ri­tés du nou­vel exé­cu­tif, comme elle l’avait été d’ailleurs pour Fran­çois Hol­lande. La com­pa­rai­son s’ar­rête là. Le nou­veau mi­nistre a agi par pe­tites touches, mais à force de pe­tites touches, il ri­po­line du sol au pla­fond et re­met sur le chan­tier des pans en­tiers du sys­tème, sans at­tendre d’ailleurs une éva­lua­tion de ce qui était en cours. C’est donc bien dans un es­prit de rup­ture que se place la nou­velle po­li­tique édu­ca­tive, même si elle se veut ma­cro­nienne, c’est­à­dire tout en dou­ceur.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.