La « French touch » triomphe

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Ac­tua­li­tés - Pau­line Ma­reix (avec AFP) ig@cen­tre­france.com

En France, le ci­né­ma d’ani­ma­tion est une va­leur sûre. Qu’elles soient in­dus­trielles ou plus ar­ti­sa­nales, les créa­tions fran­çaises font preuve d’une vi­ta­li­té ex­cep­tion­nelle. Avec dix films d’ani­ma­tion mis en pro­duc­tion (contre trois en 2015), 2016 fut une an­née re­cord, an­nonce le Centre na­tio­nal du ci­né­ma et de l’image ani­mée dans son bi­lan an­nuel, à quatre jours de l’ou­ver­ture du « Cannes du des­sin ani­mé », le Fes­ti­val d’ani­ma­tion d’An­ne­cy, qui se tien­dra du 12 au 17 juin.

En 2015, dé­jà, le Pe­tit Prince fut une énorme sur­prise : 2 mil­lions d’en­trées en France, 18 mil­lions à l’étran­ger, un Cé­sar et une no­mi­na­tion aux Os­cars… L’adap­ta­tion du conte d’An­toine de Saint­Exu­pé­ry est tout sim­ple­ment le plus gros suc­cès in­ter­na­tio­nal pour un film fran­çais de­puis 20 ans. En 2016, Ma Vie de Cour­gette (815.000 en­trées et sé­lec­tion­né aux Os­cars) et Bal­le­ri­na (1,8 mil­lion d’en­trées) ont été de beaux suc­cès. 2017 ne de­vrait pas être en reste. La mise en pro­duc­tion de Zom­billé­nium – en com­pé­ti­tion la se­maine pro­chaine à An­ne­cy –, Les As de la Jungle et La fa­meuse in­va­sion de la Si­cile par les Ours laisse pré­sa­ger de beaux mil­lé­simes.

Il faut dire que le sec­teur a bé­né­fi­cié d’un pe­tit coup de pouce. Le fonds de sou­tien à l’ani­ma­tion a été ren­for­cé, avec 20 mil­lions d’eu­ros sup­plé­men­taires, et les cré­dits d’im­pôts ont été re­va­lo­ri­sés dès jan­vier 2016. La po­li­tique vo­lon­ta­riste de l’État a por­té ses fruits : des pro­duc­teurs comme Gau­mont ont ra­pa­trié leur pro­duc­tion dans l’Hexa­gone et plu­sieurs stu­dios ont été créés à Lyon, Va­lence, Pa­ris ou en­core An­gou­lême. Ces ré­formes ont per­mis « de gé­né­rer 167 mil­lions d’ac­ti­vi­té sup­plé­men­taire », dé­taille Fré­dé­rique Bre­din, pré­sident du Fes­ti­val d’ani­ma­tion d’An­ne­cy. Quant aux dé­penses en France liées à l’ani­ma­tion, elles ont dou­blé, pas­sant de 165 mil­lions d’eu­ros en 2015 à 332 mil­lions.

Si l’ani­ma­tion à la fran­çaise fait fi­gure de Pe­tit Pou­cet par rap­port au géant amé­ri­cain – 2,8 mil­lions d’en­trées en salle contre 30,1 mil­lions pour les films d’ani­ma­tion pro­duits outre­At­lan­tique – elle se dif­fé­ren­cie par son in­dé­pen­dance et sa pa­lette gra­phique ex­trê­me­ment large : entre la poé­sie d’Er­nest et Cé­les­tine, la sim­pli­ci­té du trait de Per­sé­po­lis et les des­sins en 3D des Mi­nions , il y a un monde.

Là ré­side la spé­ci­fi­ci­té fran­çaise. Ne rien s’in­ter­dire. Pui­ser des in­fluences au Ja­pon comme dans les bandes­des­si­ nées. Se don­ner le droit de sur­prendre, aus­si. À sa sor­tie en 1998, Ki­ri­kou et la sor­cière, de Mi­chel Oce­lot (à qui l’on doit aus­si Azur et Asmar, sor­ti en 2006), fai­sait fi­gure d’ov­ni face aux pro­duc­tions clas­siques de chez Dis­ney, qui avait le mo­no­pole de l’ani­ma­tion mon­diale. Mais le des­sin ani­mé adap­té d’un conte afri­cain a fi­na­le­ment ac­cu­mu­lé 1,4 mil­lion d’en­trées et son suc­cès a été tel que deux suites sont sor­ties en 2005 et 2012. Convain­cus qu’un long­mé­trage d’ani­ma­tion fran­çais pou­vait être ren­table, les réa­li­sa­teurs ont eu, grâce à Ki­ri­kou, plus de fa­ci­li­té à fi­nan­cer leurs pro­jets.

Preuve de l’ex­cel­lence du mo­dèle, l’ani­ma­tion est le pre­mier genre té­lé­vi­suel ex­por­té, de­vant les sé­ries et les do­cu­men­taires : 25 % de fi­nan­ce­ment étran­ger, deux tiers des en­trées réa­li­sées à l’in­ter­na­tio­nal. Le sa­voir­faire fran­çais dans les nou­velles tech­no­lo­gies et la qua­li­té des for­ma­tions sont ré­pu­tés dans le monde en­tier. Moi, moche et mé­chant, Ra­ta­touille, Kung­Fu Pan­da, Wall­E, Un monstre à Pa­ris ou en­core As­té­rix, le do­maine des dieux ont un point com­mun : ils sont sor­tis des murs de l’école pa­ri­sienne des Go­be­lins. Les plus grands suc­cès mon­diaux sont nés dans cette ins­ti­tu­tion du 13e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Et à voir le bi­lan an­nuel du CNC, la re­lève est as­su­rée. ■

AFP

LES MI­NIONS. Des pe­tits bon­hommes mon­dia­le­ment connus… bien de chez nous.

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