Vers une dé­fer­lante pro­Ma­cron ?

La Montagne (Vichy) - - Elections Legislatives -

Les Fran­çais se pré­parent à élire une As­sem­blée na­tio­nale où La Ré­pu­blique en Marche d’Em­ma­nuel Ma­cron semble en passe d’ob­te­nir une large ma­jo­ri­té, lors de lé­gis­la­tives in­édites par l’am­pleur du re­nou­vel­le­ment.

Un mois après la vic­toire d’Em­ma­nuel Ma­cron à la pré­si­den­tielle, les son­dages semblent don­ner une confor­table avance à son jeune mou­ve­ment, avec au­tour de 30 % des in­ten­tions de vote de­main. À l’is­sue du se­cond tour le 18 juin, La Ré­pu­blique en Marche pour­rait ap­pro­cher, voire at­teindre, les 400 dé­pu­tés, bien au­de­là de la ma­jo­ri­té ab­so­lue de 289 sièges.

Pour­tant, le Pre­mier mi­nistre s’est vou­lu « pru­dent » hier sur l’is­sue du vote, évo­quant les élec­tions en Grande­Bretagne, où les conser­va­teurs ont per­du la ma­jo­ri­té ab­so­lue, et la dé­faite d’Alain Jup­pé à la pri­maire de la droite en 2016, alors qu’il était fa­vo­ri. Édouard Phi­lippe a ap­pe­lé sur Eu­rope 1 les élec­teurs à lui don­ner « une ma­jo­ri­té stable et puis­sante », per­met­tant de me­ner la po­li­tique de ré­formes vou­lue par le chef de l’État.

« La ques­tion que les Fran­çais doivent tran­cher di­manche (de­main) c’est : est­ce qu’ils veulent don­ner au pré­sident de la Ré­pu­blique et au gou­ver­ne­ment qu’il a nom­mé une ma­jo­ri­té le

met­tant en me­sure de lan­cer cette opé­ra­tion de re­dres­se­ment du pays ? », a­t­il lan­cé.

Car pour Em­ma­nuel Ma­cron, le dé­fi est à pré­sent de se don­ner les ou­tils pour me­ner ses ré­formes. À com­men­cer par la mo­ra­li­sa­tion de la vie pu­blique, mi­née par les af­faires, et par la dé­li­cate ré­forme du Code du tra­vail.

La vague pro­Ma­cron a trou­vé sur son che­min une op­po­si­tion en lam­beaux : une droite frac­tu­

rée après la no­mi­na­tion à Ma­ti­gnon d’Édouard Phi­lippe, is­su de Les Ré­pu­bli­cains, un Parti so­cia­liste la­mi­né, un Front na­tio­nal ris­quant de ne pas at­teindre le seuil de 15 dé­pu­tés né­ces­saire pour for­mer un groupe par­le­men­taire.

À tel point que la pers­pec­tive d’un « parti unique » et d’une concen­tra­tion des pou­voirs entre les mains du chef de l’État in­quiète, à gauche comme à droite. Le chef de file LR pour

les lé­gis­la­tives, Fran­çois Ba­roin, a mis en garde hier contre la « stra­té­gie de do­mi­na­tion hé­gé­mo­nique » d’Em­ma­nuel Ma­cron et de La Ré­pu­blique en marche. « Je ne pense pas que ce soit sain pour le dé­bat dé­mo­cra­tique pour les cinq an­nées à ve­nir », a­t­il aver­ti sur RTL.

Por­tée par l’élan de la pré­si­den­tielle, La Ré­pu­blique en Marche, al­liée aux cen­tristes du MoDem, a in­ves­ti en­vi­ron 530 can­di­dats. Par­mi eux, seule­ment 28 par­le­men­taires sor­tants cô­toient des citoyens is­sus de la so­cié­té ci­vile et des per­son­na­li­tés d’ho­ri­zons va­riés.

À en croire les son­dages, ce dé­fi­cit de no­to­rié­té ou d’ex­pé­rience ne semble pas leur nuire, pas plus que les soup­çons de fa­vo­ri­tisme à l’en­contre du mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires Ri­chard Fer­rand, ou d’em­plois fic­tifs dans les rangs du MoDem.

Se don­ner les ou­tils pour me­ner à bien les ré­formes

Abs­ten­tion éle­vée ?

L’en­trée en vi­gueur de la loi de 2014 sur le non­cu­mul des man­dats contri­bue­ra aus­si à don­ner à l’As­sem­blée un nou­veau vi­sage. Au­tour de 225 dé­pu­tés sor­tants ne se re­pré­sentent pas, cer­tains ayant choi­si de gar­der leur man­dat lo­cal. Le bou­le­ver­se­ment pour­rait être d’une am­pleur com­pa­rable à ce­lui de 1958 : 310 nou­veaux dé­pu­tés avaient été élus lors des pre­mières lé­gis­la­tives de la Ve Ré­pu­blique.

Par­mi les 7.877 can­di­dats, âgés en moyenne de 48 ans et de­mi, un peu plus de 42 % sont des femmes : le che­min vers la pa­ri­té de­vrait connaître un coup d’ac­cé­lé­ra­teur cette an­née, sous l’ef­fet no­tam­ment d’une loi de 2014 qui double les pé­na­li­tés fi­nan­cières pour les par­tis pré­sen­tant moins de 50 % de femmes. Ce vent de re­nou­veau pour­rait ne pas suf­fire à mo­bi­li­ser les élec­teurs et plu­sieurs son­dages an­noncent une abs­ten­tion plus forte que lors des pré­cé­dentes lé­gis­la­tives. La par­ti­ci­pa­tion au pre­mier tour est ain­si éva­luée à 49 %, se­lon un son­dage Elabe pu­blié hier. En 2012, elle s’était éle­vée à 57,22 %. ■

PHOTO AFP

RE­NOU­VEAU. La Ré­pu­blique en marche a in­ves­ti 530 can­di­dats dont la plu­part viennent de la so­cié­té ci­vile, comme l’an­cienne to­re­ra Marie Sa­ra. Et à en croire les son­dages, le dé­fi­cit de no­to­rié­té ne semble pas leur nuire.

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