May re­con­duit son gou­ver­ne­ment

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - PH. AFP

Sous le choc d’élec­tions qui lui ont fait perdre sa ma­jo­ri­té ab­so­lue et la fra­gi­lisent, la Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique, The­re­sa May, a re­con­duit hier dans leurs fonc­tions ses prin­ci­paux mi­nistres, à dix jours de l’ouverture des né­go­cia­tions du Brexit.

«Ce gou­ver­ne­ment gui­de­ra notre pays dans les dis­cus­sions cru­ciales sur le Brexit qui com­men­ce­ront dans dix jours et ré­pon­dra au sou­hait des Bri­tan­niques en me­nant à bien la sor­tie de l’Union eu­ro­péenne », a as­su­ré The­re­sa May. Elle a in­di­qué comp­ter sur le sou­tien du parti nord­ir­lan­dais unio­niste DUP, qui a rem­por­té dix sièges, pour gou­ver­ner. Un tel ap­pui lui donne une très courte ma­jo­ri­té ab­so­lue, alors qu’elle avait convo­qué ces lé­gis­la­tives an­ti­ci­pées afin d’avoir une ma­jo­ri­té ren­for­cée pour né­go­cier la sor­tie de l’Union eu­ro­péenne avec les 27 à par­tir du 19 juin.

Cor­byn ap­pelle May à la dé­mis­sion

Les conser­va­teurs sont en tête du scru­tin mais ont per­du une dou­zaine de sièges, tan­dis que l’op­po­si­tion tra­vailliste en a ga­gné une tren­taine, se­lon ces ré­sul­tats qua­si­dé­fi­ni­tifs. Le taux de par­ti­ci­pa­tion (68,72 %) est le plus éle­vé pour des lé­gis­la­tives au Royaume­Uni de­puis 1997, même s’il est in­fé­rieur à ce­lui du ré­fé­ren­dum sur la sor­tie de l’Union eu­ro­péenne de juin 2016.

Le parti eu­ro­phobe Ukip, qui s’ef­fondre, perd son unique siège. Son lea­der Paul Nut­tal en a ti­ré les DÉ­TER­MI­NÉE. Le nou­veau gou­ver­ne­ment « gui­de­ra notre pays dans les dis­cus­sions cru­ciales sur le Brexit », an­nonce May.

conclu­sions en an­non­çant sa dé­mis­sion.

Je­re­my Cor­byn, le chef des tra­vaillistes lar­ge­ment ré­élu dans sa cir­cons­crip­tion d’Is­ling­ton, au nord de Londres, a im­mé­dia­te­ment ap­pe­lé The­re­sa May De­puis les der­niers dé­ve­lop­pe­ments de l’af­faire Co­mey, le mot « des­ti­tu­tion » n’est plus ta­bou dans la bouche des dé­mo­crates. Le pré­sident des ÉtatsU­nis est ac­cu­sé par l’an­cien di­rec­teur du FBI de lui avoir de­man­dé, le 14 fé­vrier, de clas­ser une en­quête por­tant sur son conseiller à la sé­cu­ri­té na­tio­nale. De­vant le Sé­nat, James Co­mey est même al­lé plus loin en af­fir­mant : « J’es­time qu’il m’a li­mo­gé à cause de l’en­quête russe. »

Dans le droit américain, le dé­lit d’en­trave à la jus­tice est pas­sible d’une peine d’em­pri­son­ne­ment n’ex­cé­dant pas cinq ans. Reste en­core à le dé­mon­trer. « Le li­mo­geage de Co­mey est jus­qu’ici la meilleure preuve que Trump a agi de ma­nière cor­rup­trice », ex­plique Jo­shua Dess­ler, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té d’État d’Ohio. Pour au­tant, au­cun pro­cu­reur ne pren­drait le risque de le pour­suivre sur cette base, se­lon lui, car « on ne lance pas ce genre d’af­faire sans être sûr de ga­gner ».

Si l’en­quête ap­porte de nou­veaux élé­ments, le sys­tème ju­di­ciaire n’est de toute ma­nière pas com­pé­tent pour lan­cer une pro­cé­dure de des­ti­tu­tion contre

à la dé­mis­sion pour « lais­ser la place à un gou­ver­ne­ment vrai­ment re­pré­sen­ta­tif ». Ce vé­té­ran – il est âgé de 68 ans – a ap­pe­lé à « un Brexit qui pro­tège les em­plois », as­su­rant que le pro­ces­sus de sor­tie de l’Union eu­ro­péenne « de­vait se pour­suivre » et que son parti était « prêt à me­ner les né­go­cia­tions au nom du pays ».

Au sein même des To­ries, l’an­cienne mi­nistre An­na Sou­bry a es­ti­mé que la Pre­mière mi­nistre de­vait en­vi­sa­ger une dé­mis­sion, sou­li­gnant qu’elle se trou­vait « dans une si­tua­tion très dif­fi­cile ».

La « le­çon » des élec­teurs

Le com­mis­saire eu­ro­péen Pierre Mos­co­vi­ci a ju­gé que The­re­sa May avait « per­du son pa­ri », son ho­mo­logue al­le­mand, Gün­ther Oet­tin­ger, consi­dé­rant pour sa part que Londres était dé­sor­mais un par­te­naire « faible » pour né­go­cier la sor­tie de l’UE. Pour le mi­nistre al­le­mand des Af­faires étran­gères Sig­mar Ga­briel, le scru­tin consti­tue un désa­veu. À Pa­ris, le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, a ju­gé que ces ré­sul­tats étaient « une forme de sur­prise » mais qu’ils ne re­met­taient pas « en cause » la pro­cé­dure de di­vorce de la Grande­Bretagne d’avec l’UE.

Seul parti ré­so­lu­ment eu­ro­phile, les Li­bé­rauxDé­mo­crates, qui ont dé­sor­mais 12 sièges, soit quatre de plus, ont pré­ve­nu dès jeu­di soir qu’il n’y au­rait « pas de coa­li­tion ».

Après les sur­prises du ré­fé­ren­dum sur la sor­tie de l’UE et de l’élec­tion de Do­nald Trump, « c’est la le­çon des deux der­nières an­nées », ana­lyse Brian Klaas, de la Lon­don School of Eco­no­mics. « Les élec­teurs n’aiment pas qu’on prenne leur vote pour ac­quis. » ■ DO­NALD TUSK. « Ne pas perdre de temps. »

L’Union eu­ro­péenne juge « urgent » d’ou­vrir les né­go­cia­tions sur le Brexit, mal­gré la sur­prise des élec­tions lé­gis­la­tives bri­tan­niques, où les conser­va­teurs ont per­du leur ma­jo­ri­té ab­so­lue.

Le ca­len­drier im­po­sé par les trai­tés « ne nous per­met pas de perdre du temps », a in­sis­té le pré­sident du Con­seil eu­ro­péen Do­nald Tusk.

L’UE es­père com­men­cer à né­go­cier dès le 19 juin, mais l’échec de The­re­sa May dans ces élec­tions, a plon­gé Londres et Bruxelles dans l’in­cer­ti­tude. « J’es­père que nous ne se­rons pas confron­tés à un re­tard sup­plé­men­taire dans la con­clu­sion de ces né­go­cia­tions », a dé­cla­ré de­puis Prague le pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Jean­Claude Jun­cker. « J’es­père que le ré­sul­tat des élec­tions n’au­ra pas d’im­pact ma­jeur sur ces né­go­cia­tions que nous at­ten­dons dé­

ses­pé­ré­ment », a­t­il in­sis­té. « Avant de se po­ser la ques­tion de pro­lon­ger les né­go­cia­tions avec nos amis bri­tan­niques, il fau­drait qu’elles com­mencent. Je vou­drais qu’elles com­mencent. »

Le Royaume­Uni est sup­po­sé quit­ter l’UE fin mars 2019, soit deux ans tout juste, comme le pré­voient les textes, après le lan­ce­ment of­fi­ciel de la pro­cé­dure de sor­tie le 29 mars de cette an­née. Or, les pour­par­lers entre l’UE et Londres n’ont tou­jours pas com­men­cé sur le fond. Dans un tweet pu­blié en dé­but de ma­ti­née, le né­go­cia­teur en chef de l’UE sur le Brexit, le Fran­çais Mi­chel Bar­nier, a prô­né la sé­ré­ni­té : « Les né­go­cia­tions sur le Brexit de­vraient dé­bu­ter quand le Royaume­Uni se­ra prêt ; le ca­len­drier et les po­si­tions de l’UE sont clairs. Unis­sons nos ef­forts pour conclure un ac­cord. » ■

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