Le geste libre d’une force de vie

La Montagne (Vichy) - - Vichy Vivre Sa Ville - Fa­bienne Fau­rie

Ré­bel­lion, ré­sis­tance, flux de vie ha­bitent les toiles de Es­maël Bah­ra­ni. La pein­ture de cet ar­tiste ira­nien ne s’em­bar­rasse pas de su­per­flu. Pour dire l’hu­ma­ni­té.

ÀTé­hé­ran, il pei­gnait la nuit clan­des­ti­ne­ment dans des zones ur­baines aban­don­nées. Pas de si­gna­tures sur ses graf­fi­tis qui sont au­tant de griffes face à un ré­gime qui cultive la ré­pres­sion tous azi­muts. « C’était trop dan­ge­reux ! » énonce Es­maël Bah­ra­ni. Ré­fu­gié po­li­tique en France de­puis deux ans, l’ex étu­diant de l’uni­ver­si­té d’art et d’ar­chi­tec­ture à Téhéran a dé­lais­sé la rue, en grande par­tie, pour oeu­vrer dans son ate­lier.

Au­pa­ra­vant il s’était fait un nom dans son pays, avec une ex­po­si­tion col­lec­tive. Sou­te­nu dé­sor­mais par la ga­le­rie Ber­théas les Tour­ne­sols, après avoir connu ré­cem­ment les ci­maises de l’Ur­ban Art Fair (foire in­ter­na­tio­nale de Pa­ris) avec suc­cès, le peintre pré­sente 60 oeuvres jus­qu’au 30 juin à Vichy.

Es­maël Bah­ra­ni n’a rien

per­du de cette adrénaline qui l’en­va­hit quand il peint dans la rue. Elle l’ha­bite avec la même force dans son ate­lier Il su­per­pose des couches, pro­

jette de l’eau, fait sien ce qui l’ap­pelle ses ac­ci­dents L’ar­tiste a un rap­port très phy­sique avec la ma­tière, acry­lique par­fois mê­lée de cire. Ici, il gratte, glisse sa

main sur la pein­ture. Il aime conser­ver la trace de son geste pictural. Comme dans l’un de ses grands for­mats Keep loo­king où le noir et le blanc ac­cueillent

une cou­lure rouge sang. « On est rem­pli de cette cou­leur­là ! » Quand au re­gard im­mense qui re­hausse le tout qui in­ter­pelle « parce que c’est dit il, im­ por­tant, de re­gar­der ». BB, cette toile laisse libre cours à une sé­rie lettres B en per­san. « C’est comme une lame de cou­teau. » Es­maël Bah­ra­ni ne concep­tua­lise pas son art. Il laisse libre cours à son ex­pres­sion par­fois ex­plo­sive. Brute. Sans su­per­flu.

Bouche béante

Ses per­son­nages sont pour la plu­part so­li­taires. Le corps y est sou­vent ab­sent, seul un vi­sage ex­prime cette force de vie, la bouche béante dans un cri de ré­volte in­fi­ni comme dans ses sé­ries Blood Wax ; Blue Wax et Gol­den Wax. L’oeil peut être unique, les dents es­pa­cées ou ab­sentes et tou­jours ces grat­tages dans la ma­tière telles des ci­ca­trices de vie. Par­fois ses per­son­nages lèvent les bras : en signe de me­nace ou d’es­poir. « Je n’aime pas peindre des vi­sages par­faits ». Ça et là, il ins­crit des mots en fran­çais, en an­glais en far­si ou un nu­mé­ro dans ses toiles. L’es­thé­tique ne l’in­té­resse pas. Es­maël Bah­ra­ni fait re­jaillir la vio­lence des émo­tions, de ce qui contraint ou ré­vèle une hu­ma­ni­té lu­mi­neuse. ■

PHOTO EMERIC ENAUD

KEEP LOO­KING. Comme dans cette toile, Es­maël Bah­ra­ni laisse libre cours à une ex­pres­sion où « se té­les­copent Orient et Oc­ci­dent ; mythes an­ces­traux et ré­bel­lion punk, art brut et street art ».

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