Le cé­page de Mont­lu­çon re­naît

Un vi­gne­ron de Châ­teau­meillant (Cher) a plan­té cette an­née du gou­get noir, un cé­page ori­gi­naire de la ré­gion de Mont­lu­çon qui s’était presque éteint. Une as­so­cia­tion tente en pa­ral­lèle de le sau­ve­gar­der.

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche - Guillaume Bel­la­voine guillaume.bel­la­voine@cen­tre­france.com

Àcô­té des rangs de ga­may et de char­don­nay, les pousses de gou­get noir sont en­core mi­nus­cules. Quatre cents pieds ont été plan­tés en avril par le vi­gne­ron Pierre Pi­cot sur ses terres de Ves­dun (Cher), près de Val­lon­en­Sul­ly (Al­lier), et quatre cents autres le se­ront l’an pro­chain.

L’ex­pé­rience est d’im­por­tance : plus per­sonne ne connaît exac­te­ment le goût de ce cé­page, qui sur­vit de fa­çon anec­do­tique dans des jar­dins de la ré­gion de Mont­lu­çon, mé­lan­gé avec d’autres pieds de ga­may et de pi­not noir.

Au dé­but du XIXe siècle, le gou­get noir était culti­vé sur des cen­taines d’hec­tares, de son ber­ceau de Mont­lu­çon jus­qu’à Bourges et Châ­teau­roux. Mais le phyl­loxé­ra a fait son oeuvre, ai­dé par la ra­ré­fac­tion des vi­gne­rons à l’ouest de l’Al­lier et la stan­dar­di­sa­tion des cultures.

Des sa­veurs et des arômes per­dus

Pour le mo­ment, seul un pied de gou­get noir a été au­then­ti­fié à Do­mé­rat à l’is­sue d’un tra­vail de re­cherche ef­fec­tué par le vi­gne­ron avec des élèves du ly­cée Jean­Mou­lin de Saint­Amand­Mon­trond (Cher) et l’Union pour les res­sources gé­né­tiques du Centre, une as­so­cia­tion qui vient de lan­cer un ap­pel aux Mont­lu­çon­nais pour qu’ils ré­vèlent d’autres pieds de ce cé­page (ci­contre).

Pierre Pi­cot, qui cultive sur le vi­gnoble de Châ­teau­meillant (Cher) de­puis 1993, voit dans ce pro­jet une fa­çon de re­trou­ver des sa­veurs et des arômes per­dus, mais aus­si un moyen de se dé­mar­quer des autres vi­gne­rons. « On as­

siste à une stan­dar­di­sa­tion du goût et de la com­mer­cia­li­sa­tion, il faut trou­ver des fa­çons d’at­ti­rer les gens chez nous ».

Ce n’est pas la pre­mière fois que ce pion­nier plante un cé­page rare. Il a ten­té l’ex­pé­rience du tres­sal­lier, ori­gi­naire du Bour­bon­nais, sur moins d’un hec­tare d’un ter­rain si­tué dans l’Al­lier, à Saint­Dé­si­ré. En bou­teille, il s’ap­pelle le Sainte­Agathe. Les dé­bou­chés sont li­mi­tés « Je le vends sur­tout à des gens pas­sion­nés ou à mes clients par­ti­cu­liers. »

Avec le gou­get noir, Pierre Pi­cot part dans l’in­con­nu. « J’avais dé­jà dé­gus­té du tres­sal­lier avant d’en plan­ter, ça n’est pas le cas pour le gou­get noir. On a re­trou­vé peu d’écrits des­sus. On sait qu’il est proche du ga­may. S’il a été aban­don­né, c’est qu’il y a une rai­son, c’est peut­être à cause de son aci­di­té. »

Il va fal­loir at­tendre un an pour que les ceps at­teignent une taille conve­nable puis trois ans pour qu’ils donnent leurs pre­miers fruits. La pre­mière cu­vée faite uni­que­ment de gou­get noir pour­ra donc être bue dans cinq ans. ■

PHOTOS FLO­RIAN SALESSE

TER­ROIR. À Ves­dun (Cher), Pierre Pi­cot a plan­té les ceps de gou­get noir sur des terres sa­bleuses, avec du mi­ca­schiste pour roche mère.

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