L’an­née va s’ac­cé­lé­rer

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche -

La Confé­rence de Stage, c’est le concours d’élo­quence des jeunes avo­cats. J’ai eu l’hon­neur de pré­si­der une ses­sion, où une brillante so­pra­no du bar­reau (*) nous a mis en garde : « L’an­née va s’ac­cé­lé­rer ». J’ai par­fai­te­ment vi­sua­li­sé 2017, qui mar­chait avec ses pe­tites jambes, qui ram­pait par­fois, et qui sou­dain dé­cide de ga­lo­per. « Ga­lope sa­lope ! », braillait un groupe punk dont j’ai ou­blié le nom. Eux aus­si l’ont ou­blié, trop dé­fon­cés. Car faut bien avouer qu’à mi­par­cours, c’est pas l’an­née du siècle. On a eu l’af­faire Fillon. Puis l’af­faire Fer­rand qui lui em­boîte le pas. Les at­ten­tats des Champs­Ély­sées, de Londres, de Man­ches­ter, et en­core de Londres. Le Brexit, Trump qui re­met en cause l’ac­cord de Pa­ris. William Ley­mer­gie qui aban­donne Té­lé­Ma­tin. La fin des Pé­pi­to en mi­ni­pa­quet souple. Les pro­chains mois au­ront-ils moins de jours ? Pas que je sache. Mais tout va plus vite. Une pu­bli­ci­té psal­mo­die que le mi­cro­pro­ces­seur GTX de l’or­di­na­teur tourne à 5.600 gi­gaF­lop, au­tre­ment dit 5.600 mil­liards d’opé­ra­tions par se­conde. En l’an 2000, les mi­cro­pro­ces­seurs ef­fec­tuaient dé­jà chaque se­conde des mil­lions d’opé­ra­tions. Au­jourd’hui des mil­liards. Mille fois plus vite. Mais alors pour­quoi faut­il tou­jours at­tendre que l’im­pri­mante im­prime, ou que Word s’ouvre ? Pour­quoi tout ne se passe pas en un mil­lième de se­conde ? Gé­nie du mar­ke­ting : on paye plus cher pour un ser­vice qui n’ar­rive pas. Le nou­veau TGV rap­proche Bor­deaux à 2 heures de Pa­ris, contre 2h30 au­pa­ra­vant. Quelle prouesse ! Dans le même temps, grâce au nou­veau plan de cir­cu­la­tion de la ca­pi­tale – ses feux rouges mul­ti­pliés, ses quais fer­més, ses rues bar­rées, ses dis­pen­dieux cou­loirs de bus, ses sens in­ter­dits sor­tis de nulle part –, il faut sou­vent ra­jou­ter une de­mi­heure pour par­ve­nir à la gare. Comme di­sait Co­luche : « ri­go­lez pas, c’est avec votre po­gnon ! » Les or­di­na­teurs de la SNCF se sont éga­le­ment fait re­mar­quer . Un client qui sou­haite faire Pa­ris­Bor­deaux le ma­tin se voit pro­po­ser un train à 8h52, pour ar­ri­ver à 10h56. Mais s’il pré­fère le train d’avant, à 8h27 (donc 25 mi­nutes plus tôt), il ar­ri­ve­ra à Bor­deaux à 11h37, donc 41 mi­nutes plus tard. Pour le même prix ! Au pas­sage, le TGV a chan­gé de nom. Ou­bliée la « très grande vi­tesse », place à In­ouï. In­ouï c’est le mot. La palme de l’ab­surde re­monte à l’été de la ca­ni­cule. La cli­ma­ti­sa­tion des TGV ris­quait de tom­ber en panne. Je n’in­vente rien. Le 22 juin 2003, la SNCF pu­bliait ce com­mu­ni­qué : « La cha­leur ex­cep­tion­nelle qui règne ac­tuel­le­ment sur le sud de la France en­traîne des pannes de cli­ma­ti­sa­tion sur les trains de voya­geurs. Trop sol­li­ci­tés, les sys­tèmes de re­froi­dis­se­ment des voi­tures ont ten­dance à dis­jonc­ter et ne peuvent être im­mé­dia­te­ment ré­en­clen­chés. » Et moi qui croyais que la clim’ était jus­te­ment conçue pour com­pen­ser les tem­pé­ra­tures trop éle­vées… Manque plus que la chau­dière qui gèle par grand froid. Les trans­ports nous trans­portent. L’aé­ro­port de Los An­geles vient d’ou­vrir un nou­veau ter­mi­nal pour grands pa­trons et cé­lé­bri­tés qui ne veulent pas être im­por­tu­nés. L’abon­ne­ment « Pri­vate Suite » s’élève à 7.500 $ l’an­née, à quoi il faut ra­jou­ter 2.700 $ pour un vol in­té­rieur et 3.000 $ pour un vol in­ter­na­tio­nal (en plus du billet). Pour la somme, vous dis­po­sez de 13 pièces où vous dé­tendre, avec salle de bain pri­va­tive, et tout le confort mo­derne (wifi, TV, buf­fet au champagne, etc). En­suite, vous ne pre­nez pas le bus ou le cou­loir avec la pié­taille : une li­mou­sine vous conduit sur le tar­mac au pied de l’avion. Je n’ou­blie pas la dis­trac­tion su­prême : un lo­gi­ciel qui vous per­met de re­gar­der en temps réel sur un IPad les pas­sa­gers or­di­naires qui font stu­pi­de­ment la queue en salle d’at­tente ou de­vant les por­tiques de sé­cu­ri­té. Sa­lauds de pauvres ! Mo­ra­li­té : il ne suf­fit pas d’être heu­reux ; en­core faut­il que les autres soient malheureux. In­utile de m’écrire pour me dire que c’est de Des­proges : il l’a pi­quée à Jules Renard. ■

(*) La so­pra­no du bar­reau est la fian­cée du té­nor du bar­reau

LA SE­MAINE PRO­CHAINE : Phi­lippe Meyer

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