La droite dans de très basses eaux

La Montagne (Vichy) - - Elections Legislatives - Bru­no Mège bru­no.mege@cen­tre­france.com

Pour la droite LR-UDI, la sé­quence d’hier au­rait pu s’in­ti­tu­ler « Ch­ro­nique d’une claque an­non­cée ». Le mi­racle – au­quel au­cun de ses di­ri­geants ne fai­sait sem­blant de croire – n’a pas eu lieu, même si le dé­sastre fa­çon PS a été évi­té. Di­manche pro­chain, les ba­rons de la droite se­raient sans doute bien contents d’avoir 120 dé­pu­tés, soit 100 de moins que dans l’As­sem­blée sor­tante…

Avec des es­ti­ma­tions lui don­nant, hier à 21 h 30, entre 20,9 % et 21,5 % des suf­frages ex­pri­més, l’al­liance LR­UDI fe­rait donc un pe­tit peu mieux que le score de Fran­çois Fillon au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle (20,1 %). Très très maigre conso­la­tion pour un cou­rant qui dé­pas­sait les 30 % au pre­mier tour des lé­gis­la­tives de 2012. Le fait de se re­trou­ver sans doute, au soir du 18 juin, pre­mière force d’op­po­si­tion dans la nou­velle As­sem­blée se­ra aus­si une bien maigre conso­la­tion.

Pour­tant, la très forte abs­ten­tion (de dé­mo­bi­li­sa­tion) au­rait pu, en prin­cipe, faire mé­ca­ni­que­ment mon­ter le score de l’en­ FRAN­ÇOIS BA­ROIN. Il a de­man­dé d’évi­ter la concen­tra­tion des pou­voirs dans « un seul et même par­ti ».

tente LR­UDI, puisque le coeur de son élec­to­rat – les plus de 60 ans et les ca­té­go­ries les plus ai­sées – est tra­di­tion­nel­le­ment le moins tou­ché par le phé­no­mène abs­ten­tion­niste. Eh bien non ! Le gain, si gain il y a eu, est mi­cro­sco­pique. Face à un raz­de­ma­rée, au­cune digue ne tient…

Fran­çois Ba­roin, dont nul ne sait com­bien de temps en­core il fe­ra fi­gure

de lea­der de la droite, a ten­té, hier soir, de re­mo­bi­li­ser en aler­tant sur « le choc fis­cal à la Hol­lande » et « la hausse de la CSG », des thèmes ju­gés por­teurs bien au­de­là de l’élec­to­rat­type de LR et du centre droit.

Un pa­ra­doxe

Mais le maire de Troyes sait bien que, sauf ex­cep­tions ra­ris­simes, le se­cond tour des lé­gis­la­tives confirme tou­jours le pre­mier, voire l’am­pli­fie.

Ef­fec­ti­ve­ment, di­manche, tout can­di­dat LR­UDI qui se trou­ve­ra en si­tua­tion de duel face à un ma­cro­nien – et ce cas de fi­gure se­ra très fré­quent – par­ti­ra avec un han­di­cap cer­tain : son ad­ver­saire adou­bé par En Marche pour­ra comp­ter sur une par­tie au moins des voix de gauche du pre­mier tour, ce qui lui as­su­re­ra la vic­toire dans de très nom­breuses cir­cons­crip­tions.

La vague ma­cro­nienne en sièges (plus de 400 ?) pré­vue le 18 juin pour­rait néan­moins avoir une consé­quence pa­ra­doxale, celle d’évi­ter, au moins pen­dant un temps, la dis­lo­ca­tion an­non­cée de LR.

En ef­fet, la nou­velle ma­jo­ri­té par­le­men­taire, avec au bas mot 100 dé­pu­tés de plus que la ma­jo­ri­té ab­so­lue (289), n’au­ra pas vrai­ment be­soin d’une force d’ap­point ve­nue de la droite LR « construc­tive » (jup­péistes et cen­tristes Ma­cron­com­pa­tibles). À moins que le tac­ti­cien de l’Ély­sée ne juge cette scis­sion po­li­ti­que­ment et mé­dia­ti­que­ment sou­hai­table, bien sûr… ■

PHOTO AFP

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