Et les contre­pou­voirs ?

La Montagne (Vichy) - - Franéclec & Tiomnos - BERNARD STÉ­PHAN bernard.ste­phan@cen­tre­france.com

Le coup de maître d’Em­ma­nuel Ma­cron ne doit pas ca­cher la réa­li­té de son as­sise élec­to­rale en trompe­l’oeil, une vic­toire avec plus de 50 % d’abs­ten­tion ! Les can­di­dats ma­cro­niens to­ta­lisent au pre­mier tour seu­le­ment 15 % des élec­teurs ins­crits. C’est donc un ca­pi­tal re­la­ti­ve­ment faible, qui pour­tant dé­mul­ti­plie la pro­ba­bi­li­té du nombre d’élus en rai­son même de la démobilisation des classes po­pu­laires et no­tam­ment de l’élec­to­rat de Ma­rine Le Pen et de Jean­Luc Mé­len­chon, des jeunes et des habitants de la France dite « pé­ri­phé­rique », qui se sont mas­si­ve­ment abs­te­nus.

L’énorme vague va obli­ger Em­ma­nuel Ma­cron à te­nir compte de sa faible re­pré­sen­ta­ti­vi­té. Élu sur une coa­li­tion du rejet de Ma­rine Le Pen, il gagne une ma­jo­ri­té non pas sur un pro­jet de fond, mais sur un pro­jet de forme qui a deux fa­cettes prin­ci­pales : le dé­ga­gisme et la gé­né­ra­tion de par­le­men­taires ve­nus de la so­cié­té ci­vile. Mais ce rêve du dé­pu­té neuf dans une As­sem­blée qua­si­mo­no­co­lore oblige à nous in­ter­ro­ger sur l’exis­tence des contre­pou­voirs.

Em­ma­nuel Ma­cron avait ré­flé­chi à l’usure du sys­tème po­li­tique fran­çais et à l’ur­gence de le rem­pla­cer. Il est en passe de réus­sir son pro­jet. Il laisse sur le champ de bataille un PS en miettes, contraint à un très long che­min de re­cons­truc­tion. La droite LR est à peine mieux lo­tie, to­ta­le­ment en ruines après tant d’es­poirs. Alors oui, le sys­tème a ex­plo­sé, en­traî­nant une dé­bâcle des vieux par­tis qui né­ces­si­te­ra du temps pour que le pay­sage neuf rem­place le monde d’avant.

Ob­jec­tif at­teint pour Em­ma­nuel Ma­cron : faire naître une nou­velle France po­li­tique quand le vieux sys­tème par­ti­san s’ef­fondre sous un ef­fet de souffle. Mais ce grand coup de ba­lai n’a pas fait dis­pa­raître les in­quié­tudes, les contes­ta­tions, les at­tentes, les frus­tra­tions et les es­pé­rances dé­çues. Les abs­ten­tion­nistes sont pour une part des per­dants de la pré­si­den­tielle, ceux qui ont consi­dé­ré que c’était joué et ceux qui ne croient plus aux po­li­tiques. Quant aux vain­queurs, ils doivent évi­ter de trop at­tendre de l’homme pro­vi­den­tiel. L’As­sem­blée nationale est d’abord élue pour contrô­ler l’exé­cu­tif...

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