Qui ani­me­ra l’opposition ? Un cham­boule­tout à l’is­sue as­sez in­cer­taine

La Montagne (Vichy) - - Franéclec & Tiomnos - AFP

Face à la main­mise de La Ré­pu­blique en Marche, une opposition au­ra du mal à faire en­tendre sa voix, entre une droite af­fai­blie et frac­tu­rée, un FN et une France in­sou­mise avec peu de sièges, et un PS la­mi­né.

Se­lon les pro­jec­tions en sièges, LREM et MoDem ra­vi­raient au se­cond tour des lé­gis­la­tives entre 400 et 455 des 577 sièges, une des ma­jo­ri­tés les plus im­po­santes de la Ve Ré­pu­blique, très au­des­sus de la ma­jo­ri­té ab­so­lue (289 élus). Ce « big bang » sus­cite de­puis dimanche soir des craintes am­pli­fiées dans les autres for­ma­tions po­li­tiques contre une chambre basse « mo­no­li­thique », « une ma­jo­ri­té dé­me­su­rée », voire une « me­nace pour la dé­mo­cra­tie ».

« Co­lère dans la rue »

« Rien ne se­rait pire pour le fonc­tion­ne­ment de notre dé­mo­cra­tie qu’un par­ti do­té d’une ma­jo­ri­té écra­sante et une opposition ré­duite à sa plus simple ex­pres­sion », a no­tam­ment plai­dé le pré­sident du Sé­nat, Gérard Lar­cher (LR). Avant le scru­tin, il avait aver­ti qu’avec une large ma­jo­ri­té, Em­ma­nuel LEA­DER­SHIP. Face au groupe ma­jo­ri­taire, des par­tis bat­tus et écla­tés au­ront des dif­fi­cul­tés à se faire en­tendre.

Ma­cron fe­rait « peut­être ce qu’il veut pen­dant un temps », mais que le risque d’une « co­lère dans la rue » vien­drait « très vite ».

Les dé­pu­tés de gauche risquent de ne pas pou­voir, pen­dant cinq ans, sai­sir le Con­seil consti­tu­tion­nel (60 si­gna­tures mi­ni­mum), ob­serve Do­mi­nique Rous­seau, pro­fes­seur de droit consti­tu­tion­nel. Pour le consti­tu­tion­na­liste Di­dier Maus, « la ré­ponse

théo­rique » écarte tout risque dé­mo­cra­tique lié à une telle force de frappe LREM, dès lors que les élus sont ré­pu­bli­cains, mais « il y a toujours un risque d’hé­gé­mo­nie avec des groupes trop im­por­tants ». Il re­lève no­tam­ment l’« ex­tra­or­di­naire in­con­nue » du com­por­te­ment de no­vices sans « culture de par­ti » : « fi­dèles dis­ciples » ou « foi­son­ne­ment d’idées » ?

« Un des pa­ra­doxes de cette pro­chaine As­sem­blée est que le prin­ci­pal groupe qu’on pour­rait qua­li­fier d’opposition se­ra LR, dont une par­tie des com­pa­gnons de route sont au gou­ver­ne­ment » et une par­tie prête à le sou­te­nir, ob­serve Di­dier Maus.

Au plan so­cié­tal

Jus­qu’alors, les res­pon­sables LR veulent « faire bloc » et re­pous­ser le dé­bat sur l’at­ti­tude face au pou­voir, mais une rup­ture entre « construc­tifs » et an­ti­Ma­cron pour­rait sur­ve­nir. Pour Luc Rou­ban, cher­cheur au CNRS (Cevipof), les élus LR au­ront « la masse la plus im­por­tante » chez les op­po­sants, mais pour­ront sur­tout s’op­po­ser au plan so­cié­tal (fa­mille, laï­ci­té…), car ils se sont en­core rap­pro­chés de LREM sur l’éco­no­mie en aban­don­nant le pro­gramme Fillon.

La France in­sou­mise pour­ra peut­être « op­po­ser un peu de ré­sis­tance » avec un groupe (15 dé­pu­tés), juge ce cher­cheur, malgré son « dé­clin très sen­sible » de­puis la pré­si­den­tielle, comme ce­lui du FN, dont l’ob­jec­tif d’un groupe pa­raît in­at­tei­gnable. ■ À Mar­seille, au-de­là du très mé­dia­tique match Mé­len­chon-Men­nuc­ci, le 1er tour des lé­gis­la­tives a illus­tré la per­cée des can­di­dats de La Ré­pu­blique en Marche, qui ont de­van­cé les so­cia­listes sor­tants, tous éli­mi­nés, et me­nacent même la droite LR dans ses bas­tions.

Des fi­gures de la droite mar­seillaise ne s’en sont pas tel­le­ment bien sor­ties : Va­lé­rie Boyer, dé­pu­tée sor­tante de la 1 cir­cons­crip­tion des Bou­ches­du­Rhône et ex­por­te­pa­role de François Fillon à la pré­si­den­tielle, est de­van­cée par une can­di­date REM.

Pour Yves Mo­raine, pré­sident du groupe LR au con­seil mu­ni­ci­pal, la claque est d’au­tant plus cruelle qu’il est pré­sen­té comme pos­sible dau­phin du maire de Mar­seille, Jean­Claude Gau­din : dans la 5 cir­cons­crip­tion, il a été de­van­cé par deux néo­phytes en po­li­tique, une can­di­date En Marche et un In­sou­mis.

Et les re­ports ?

À gauche, à l’ins­tar de ce qui s’est pas­sé au ni­veau na­tio­nal, le PS a, sans sur­prise, su­bi une dé­bâcle à Mar­seille et plus gé­né­ra­le­ment les Bouches­du­Rhône, avec la perte des 8 siè­ MÉ­LEN­CHON. Ap­pel aux élec­teurs de Men­nuc­ci.

ges qu’il avait ga­gnés en 2012, dont ses quatre de la ci­té pho­céenne.

Vic­time la plus mé­dia­tique, le dé­pu­té sor­tant Pa­trick Men­nuc­ci, qui avait lui­même ra­vi le siège à la droite en 2012, est éli­mi­né dès le pre­mier tour dans la 4e cir­cons­crip­tion, de­van­cé très lar­ge­ment par le lea­der de La France In­sou­mise, Jean­Luc Mé­len­chon, et par la can­di­date REM, Co­rinne Ver­si­ni, qui finit 9 points de­vant lui.

Sur le pa­pier, Jean­Luc Mé­len­chon est en po­si­tion fa­vo­rable, mais malgré son ap­pel du pied aux élec­teurs de Pa­trick Men­nuc­ci, les re­ports de voix res­tent très incertains. ■

PHO­TO AFP

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